Icare:   Saint-Exupéry

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Icare #96, Saint-Exupéry :
Sixième époque 1943-1944

Tome 6, printemps 1981
Retour au combat, Alger, la disparition le 31 juillet 1944

Editorial - Tome 6

C'est trois années après la publication du cinquième volume (époque 1941 / 1943), consacré au séjour d'Antoine de Saint-Exupéry aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale que nous vous présentons enfin la sixième époque (1943 / 1944) marquant son retour des U.S.A en Afrique du Nord pour reprendre le combat jusqu'à ce qu'il disparaisse en mission le 31 juillet 1944.

Cette dernière époque comprendra elle-même trois périodes : il est de retour auprès de son groupe, il vole, il est heureux, mais à la suite d'un incident mineur il est interdit de vol. Il est à Alger, près du désespoir. Il fait des pieds et des mains, écrit partout et enfin il repart en unité combattante : il est de nouveau heureux.

Plusieurs réflexions s'imposent : tout d'abord, fidèle à ses principes, Saint-Ex, qui avait été accusé de « se planquer » aux Etats-Unis, montre que ce n'est pas par manque de courage qu'il ne s'était pas engagé plus tôt, mais parce qu'il pensait être beaucoup plus utile dans le combat intellectuel qu'il menait aux U.S.A. On a beaucoup épilogué sur l'incident qui lui a fait quitter son escadrille et qui l'a obligé à rester au sol pendant une trop longue période à son gré. Redisons, une fois de plus, combien il est injuste et inexact d'affirmer que Saint-Ex était un mauvais pilote. Il avait, en 1940, piloté des machines comme le Bloch 174 qui n'était pas un avion de tourisme du dimanche, seulement voilà, il était resté trois années sans entraînement et il n'est pas surprenant qu'il ait commis une maladresse sur un P 38 Lightning qui était un véritable pur sang.

Grâce à un faisceau d'interventions parmi lesquelles on peut citer: John Phillips auprès du colonel Elliott Roosevelt, le général René Chambe auprès du général Giraud qui téléphone lui-même au général Eisenhower, Fernand Grenier commissaire à l'Air de l'époque, Henri Frenay commissaire aux prisonniers, déportés et réfugiés, le général Lionel-Max Chassin, le général René Bouscat qui prend contact avec le général américain Ira Clarence Eaker, et j'en oublie probablement. Enfin Saint-Ex revole et il pilote de nouveau le P 38 Lightning. Il refuse d'être correspondant de guerre, sa place est parmi ses camarades d'escadrille. Il est « du 11/33 ».

Pendant les trois années séparant notre dernière publication de ce sixième volume, nous n'étions pas restés inactifs. Nous continuions nos recherches et, il y a quelques mois, une piste est apparue particulièrement intéressante. Nous avons appris qu'une revue allemande « Der Landser » avait fait paraître un numéro spécial sur le débarquement allié du sud de la France en août 1944. Ce document contient des révélations sur le 31 juillet 1944. Vous les trouverez dans les pages qui suivent. Ce jour-là, Antoine de Saint-Exupéry quittait la terre des hommes pour s'envoler définitivement dans le ciel de la légende. Il rejoignait le Petit Prince et tout-à-coup, le monde se sentait concerné par la disparition de cet être fraternel qui avait encore tant de choses à dire aux hommes.

Si, ce 31 juillet à midi, dans le ciel de Provence, un pilote allemand a vraiment rencontré l'avion de l'auteur de « Terre des Hommes », comme nous aurions aimé, comme vous auriez aimé dire à l'aspirant Robert Heichele : « Ne tirez pas, c'est Saint-Ex ».

La rédaction d'ICARE tient à exprimer tout spécialement sa vive gratitude à John Phillips, grand reporter et photographe, dont certaines photos de Saint-Ex, prises en Sardaigne, ont été utilisées depuis de nombreuses années, alors qu'on a souvent oublié de mentionner son nom. Pour la circonstance il a bien voulu enrichir notre iconographie par des clichés inédits.

Nous devons aussi beaucoup au général René Gavoille dont la ténacité et les informations nous ont permis de suivre le chemin qui nous a conduits jusqu'à la revue « Der Landser », publication allemande, dont l'auteur Hans Martin et le rédacteur en Chef Bertold Jochim nous ont aimablement autorisés à vous présenter un document trop longtemps ignoré. A cet égard la contribution de Daniel Décot et de Vital Ferry nous a été également très précieuse.

Enfin, il faut que vous sachiez qu'Edmond Petit et Philippe Mitschké se sont dépensés sans compter pendant des semaines pour réaliser et achever la mise en œuvre de cet ouvrage qui devrait faire date dans l'histoire d'ICARE.

Jean LASSERRE


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