Icare:   Saint-Exupéry

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Icare #69, Saint-Exupéry :
Première époque 1900-1930

Tome 1, été-automne 1974
la jeunesse, l'adolescence, l'uniforme, des débuts aéronautiques et littéraires : « Courrier Sud »

Editorial - Tome 1

Le 31 juillet 1944, un pilote de Lockheed Lightning comme les autres ne revenait pas d'une mission de grande reconnaissance sur la France encore occupée : c'était Antoine de Saint-Exupéry dont la disparition est apparue, pour beaucoup, « accidentelle », non parce qu'il s'agissait d'un drame aérien, mais parce que certains se sont demandé ce qu'un écrivain de quarante-quatre ans pouvait bien faire dans un avion de combat, alors que les places ne manquaient probablement pas comme correspondant de guerre.

Que de fois a-t-on entendu dire que Saint-Exupéry était un écrivain, pilote à ses heures. Mais, comme on l'a répété, il est vrai que le pilote Antoine de Saint-Exupéry avait aussi conquis un grand renom d'écrivain et que les foules éprouvent de la difficulté à se mettre dans la tête deux choses à la fois. On avait complètement oublié qu'il était d'abord pilote de ligne et que c'est à cette origine qu'il avait dû d'avoir pu développer ses talents de poète et d'homme de lettres. Saint-Ex n'était pas un mauvais pilote. Il a assuré la Ligne comme ses camarades, avec les difficultés et les pannes que comportait cette époque de pionniers où chaque vol était un raid et un exploit. Peut-on reprocher à ces hommes d'avoir été sans cesse trahis par des moteurs peu endurants, sur des appareils aux instruments rudimentaires et au milieu de péripéties innombrables?

Avant de devenir un homme connu dans la littérature, celui à qui ce volume est consacré a effectué 6 500 heures de vol et il fut l'un des tout premiers bâtisseurs des lignes aériennes françaises. Comment oublier qu'il a été le directeur de la filiale argentine de l'Aéropostale et que, pendant des années, il a transporté le courrier et des passagers avant que les circonstances ne le mettent à l'écart après que l'Aéropostale eut été victime de manœuvres politiques et financières qui sont encore dans toutes les mémoires? Est-il imaginable qu'un homme, comme son chef, Didier Daurat, lui ait confié des avions et de telles responsabilités s'il n'avait pas été capable de les assumer?

Après ses premiers succès littéraires, la jalousie des hommes n'est peut-être pas étrangère aux calomnies qui furent complaisamment colportées sur ses qualités professionnelles. On a aussi beaucoup parlé de sa distraction et de son désordre apparent. Il faudrait peut-être dire ici que ses idées, elles, étaient parfaitement rangées et que le détachement qu'il avait des choses matérielles et de l'argent procédait de son sens inné de mettre à leur place les vraies valeurs; c'est probablement pourquoi il a pu subir de telles épreuves avec autant d'apparente insouciance.

Pour le trentième anniversaire de cette disparition, Icare a pu retrouver la plupart des témoins vivants de sa fabuleuse existence. Les lecteurs seront sans doute surpris d'apprendre que beaucoup d'entre eux ne se connaissaient pas. Saint-Exupéry avait, comme on dit, des amitiés « à tiroirs ». Nous sommes ainsi arrivés à reconstituer et à faire revivre peu à peu les différentes étapes de sa vie. Mais le propos d'Icare n'est pas littéraire, c'est une revue de pilotes. Nous avions seulement l'ambition de vous présenter une chronologie animée avec l'aide des témoins de chaque époque importante. Les lecteurs jugeront si nous avons ou non réussi.

Ce premier volume retrace la jeunesse, l'adolescence, l'uniforme, les années folles et les débuts aéronautiques et littéraires.

Le deuxième, la fin de l'Aéropostale, l'entre-deux-guerres avec ses raids et la confirmation de son talent d'écrivain jusqu'à l'approche de la Deuxième Guerre mondiale.

Le troisième volume, sa vie en escadrille au II/33 jusqu'à l'armistice.

Le quatrième justifie à lui seul un ouvrage : Saint-Exupéry aux U.S.A., période à peu près inconnue de nos compatriotes et que l'équipe d'Icare a réussi à faire revivre après de minutieuses recherches en Amérique : c'est alors, en 1942, la publication de Pilote de guerre, à New York, pour expliquer « comment 40 millions d'agriculteurs ont été battus par 80 millions d'industriels », puis Le Petit prince, qu'on persiste à croire destiné aux tous jeunes enfants.

Enfin un dernier ouvrage sur le retour en Afrique du Nord en 1943 et sa disparition pendant l'été 1944. Qu'il me soit permis, pour conclure, de remercier le Syndicat national des pilotes de ligne d'avoir donné à Icare les moyens financiers et matériels pour faire revivre trente ans après, sous tous ses aspects, le visage d'Antoine de Saint-Exupéry, pilote de l'Aéropostale.

Jean LASSERRE


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