P.W.
in: Bulletin des Amateurs d'Anticipation Ancienne, ca. 1990

LA MISSION DE QUATRE SAVANTS

de René TROTET de BARGIS

  • Première édition : «Les Romans d'Aventures» (2eme série) Ferenczi éditeurs. 1925. Fascicule in-8° couverture illustrée par Armengol.
  • Seconde édition : «Le Livre de l'Aventure» Ferenczi éditeurs. 1930. Broché in-12° couverture illustrée du même.

Afrique. Début du siècle.
Un bled paumé quelque part au Congo Belge.

Dans un petit village isolé du reste du monde, l'administrateur local disserte avec quatre savants sur l'immense désert marécageux ceinturant la région. Toute la portion sauvage jouxte avec une forêt sans fin et inexplorée qui est inondée lorsque la saison des pluies fait déborder les marais qui atteignent alors une taille gigantesque.

L'administrateur signale aux quatre hommes, que ces derniers temps, ses «nègres» lui ont rapporté de ce désert humide et luxuriant pleins d'ossements datant de l'époque du pléistocène. Mieux même ils lui ont ramené des plantes vivantes que l'on croyaient éteintes depuis l'époque jurassique. La mission des 4 savants sera donc, dans la mesure du possible, de faire toute la lumière sur cette mystérieuse affaire. Karl Schifft, le très désagréable professeur Allemand émet l'hypothèse, assez logique d'ailleurs, que si quelques plantes ont survécues et se sont reproduites jusqu'à a nos jours, pourquoi pas des animaux ? Et même, au dépôt, il découvre un crâne d'anthropopithèque un peu «frais» et qui n'a certainement pas ses millions d'années d'usage.

Une expédition est envisagée et organisée. Les 4 hommes s'enfoncent dans la forêt marécageuse sans fin. L'administrateur en voyant partir les 4 hommes se demande si il les reverra un jour. (Il n'est pourtant pas précise dans le texte qu'il leur ait prêté de l'argent)

Au début de l'expédition, un courrier dépêché par les 4 aventuriers, signale que leur progression est normale. Puis l'on a plus aucune nouvelles d'eux.

Neuf semaines passent, quand surgit un jeune chasseur, Léon Bérand, qui se propose de se mettre à recherche de l'expédition perdue. Au moment du départ une des pirogues parti revient avec deux des quatre hommes à bord. En fait, seul le savant Allemand et l'Anglais sont revenus. L'Allemand délire un maximum et est même complètement cinglé, quant à l'Anglais il est beaucoup plus calme, on peu même dire qu'il est complètement mort (voir l'illustration de couverture).

Le temps passe et un peu plus tard Léon Bérand, flanqué de Mademba son «fidèle nègre» s'enfoncent à leur tour dans le marécage.

Deuxième partie : A travers la nuit des siècles (joli titre, non !)

Les deux hommes progressent et à partir du troisième jour de leur périple la végétation change assez rapidement et devient de plus en plus majestueuse.

Un jour des «oiseaux» leur foncent dessus: Bérand stupéfait identifie des «ptérosauriens» espèce disparue depuis belle-lurette, qui dés qu'ils apperçoivent les deux hommes décident de les mettre à leur plat du jour. Bérand épaule son fusil, mais le fidèle Mademba lui conseille plutôt d'utiliser des torches enflammées pour éloigner les prédateurs. Dont acte, les monstres ailés n'avant pas l'habitude de dîner chaud s'enfuient en faisant la gueule.

Le périple se poursuit dans une étouffante chaleur. Leur chemin croise celui de mouches géantes, de champignons aussi massifs que des habitations et d'un glyptodon, sorte d'immense tortue ressemblant à un char d'assaut. Plus loin ils découvrent les armes de la précédente expédition et des bouts de tissus. provenant probablement des tenues de brousse des explorateurs disparus. L'état des fusils en dit long sur l'inquiétant adversaire que les savants ont du affronter : les armes sont tordues et brisées comme de simples allumettes.

Ils croisent en chemin un dinocéras ? (une sorte de tricératops), un felis spelaca (qui ressemble à un tigre aux dents de sabre) et un machedorus (sic). Pour ce mastodonte une balle explosive sera nécessaire toutefois pour pouvoir poursuivre son chemin. Bérand est victime d'une grave intoxication pour avoir séjourné trop longtemps sous un tulipier aux émanations vénéneuses et il se tire de sa torpeur mortelle grâce a un moustique qui le pique douloureusement et le réveille. Vu la taille des moustiques de la contrée je serais le héros de cette aventure je commencerais sérieusement à m'inquiéter des suites médicales de cette affaire.

Un troupeau de mammouths est dispersé à l'aide du feu. Décidément toutes les ères géologique sont représentées par leur faune.

Cette histoire n'étant pas à un délire près nos deux aventuriers rencontrent Metcha une délicieuse créature préhistorique femelle aux formes parfaites.

«- Elle parle ! Pensa le Belge; c'est donc bien une femme... !» J'avais oublié de vous préciser que Bérand est Belge; ce qui ne lui retire pas pour autant sa perspicacité.

Ils tirent Metcha des mains d'une horde de brutes primitives poilues qui voulaient faire la peau de la belle pour manger sa chair (c'est logique).

Bérand et Mademba sont capturé par la tribu de la sauvageonne Celle-ci a l'air de plaider leur cause à ce qui semble être le chef, mais rien n'y fait et les deux hommes sont solidement ficelé et transporté dans une caverne. Là. ils retrouvent les deux savants survivants de la première expédition.

Finalement les quatre hommes ne sont pas trop maltraité et font même l'objet d'une curiosité populaire bienséante. Les deux anciens racontent leurs aventures aux deux «nouveaux» qui en font de même. L'auteur nous conte alors les coutumes millénaires des habitants de la région.

Arrive la troisième partie : La Fin d'un monde dont le titre nous dispense d'un résumé que tous les amateurs de «mondes perdus» peuvent aisément imaginer. Il est amusant de constater qu'une fois encore il suffit que des blancs débarquent dans un coin inconnu de la planète pour que cet endroit soit détruit par les éléments. Ici tout le marais est absorbé dans le sol suite à un inévitable cataclysme. Nos héros s'en sortiront in-extrémis dans le dernier chapitre intitulé fort à propos : Le Salut Inespéré.

Reste un bon peut roman d'aventures sans grand suspense. Les monstres préhistoriques ne sont pas très réalistes et me font penser aux films de Kevin Connor : Centre Terre Septième continent et Les Sept Cités d'Atlantis, j'ai perdu le titre des autres (NDLR : Le Continent perdu et Le Sixième continent, jeune ignare). En Afrique le Blanc est roi et l'Autochtone n'est qu'un moyen de transport comme un autre, le compagnon du héros n'est après tout qu'on «fidèle» Nègre

La Mission de Quatre Savants à le charme désuet d'une bonne série B des années 30, Tarzan en personne pourrait surgir à tout instant du roman avec sa liane sans que l'intrigue ne soit chamboulée, intrigue d'ailleurs qui ressemble plus à une histoire Anglo-Saxonne qu'à un roman français. II ne serait idiot de penser également que ce texte ait été écrit plus tôt, mais ce n'est qu'une impression.

P.W.