Marc MADOURAUD
in: Bulletin des Amateurs d'Anticipation Ancienne, ca. 1998

LA CITÉ DANS LES GLACES

d'Yves DERMEZE

  1. Sous le titre La Cité dans les glaces, signé Yves DERMEZE. in «Journal de Mickey» Iere série n° 380 à 400, du 3 mai au 20 septembre1942. ill. Marguerite Fiora.
  2. Sous le titre La Cité des glaces, signé Paul MYSTERE. in «Coq Hardi» 2eme série n° 13 à 29, du 22 février au 14 juin 1951. ill. anonyme.

Résumé : Dans le Grand Nord, et plus précisément au Klondike, quatre amis se sont associés pour faire de la prospection : le jeune Maxime Dubreuil, James Stenson, Serge Valine et Hector Praslin. Au cours de leurs randonnées, ils rencontrent un frère et une sœur. May et Edward Hawkings, dont le but parait mystérieux, mais qu'ils consentent à protéger. Un accident de traîneau coûte la vie à Hector et cause une grave blessure à Edward. Un inconnu vient chercher les deux jeunes gens, et les trois rescapés sont bientôt rejoints par la police... qui les arrête ! May les a en effet dénonces comme étant responsables de l'accident !

Enfermés cri prison, Max, James et Serge sont toujours sous le coup de l'accusation de la jeune fille, qui maintient ses dires à leur grande incompréhension. Pourtant, peu de temps après, leur évasion est orchestrée de main de maître par le frère de May, qui semble miraculeusement remis de ses blessures. Sans vouloir leur donner d'explications, le jeune homme les envoie à Vancouver, avec une lettre a porter a un certain Smith.

A Vancouver, hélas, les trois hommes, apprennent que Smith est déjà parti; désireux de retrouver le Grand Nord, ils s'embarquent à bord d'un navire louche, le Santa Madre, commandé par le rébarbatif Herbert Fylco. Ils ne mettent pas longtemps à s'apercevoir que son équipage est constitué de pirates, et que Fylco attend d'eux qu'ils participent à ses exactions. Quand Max apprend que l'affreux personnage a l'intention d'attaquer le Bombay, bateau du fameux Smith, il force ses amis à faire semblant d'accepter les vues du pirate et propose même qu'ils soient l'avant-garde. Se débarrassant de leurs cerbères, le trio alerte Smith et le sauve ainsi du carnage.

Reconnaissant, Smith leur explique enfin le mystère : John Hawkings, le père de May et d'Edward. A disparu voilà trois ans alors qu'ils participaient à une expédition dans le cercle arctique; Smith le regardait avancer sur la banquise, puis Hawkings, pris dans une tempête de neige, est tombé dans un gouffre sans fond, tout comme une partie de la mission. Pourtant, récemment, un énigmatique message radio a été capté, annonçant que l'explorateur est toujours vivant, et prisonnier. Mais, mis au courant du message et de la fortune qui y était fait mention, des hommes sans scrupule, comme Fylco, qui ont pourchassé impitoyablement May et ses frères... ses deux frères, car le jeune homme qui les a sauvés est en fait le jumeau d'Edward, Edgar.

A leur arrivée sur la banquise, Smith et ses hommes retrouvent la fameuse crevasse et, incapables d'y pénétrer autrement, posent des explosifs pour faire sauter la roche. L'équipage de Fylco survient, les menaçant avec des armes, mais les charges explosent et toute l'équipe de Smith bascule dans le gouffre. Mais la chute des hommes est amortie au fond par une épaisse couche d'algues, qui tapisse la caverne. Stupeur, l'atmosphère de la grotte est tiède: pour chercher leur direction dans les galeries. ils suivent un courant d'air chaud mais, au bout d'un moment, sont obligés de se séparer en deux groupes pour augmenter leurs chances : sept personnes de chaque coté. Max et May dans l'un. Smith et les deux autres prospecteurs dans l'autre.

Le groupe de Max traverse une vraie forêt, mais de couleur gris clair; la végétation est cassante et n'offre aucune résistance à la tension. Soudain, un adolescent se porte à leur rencontre : il s'agit du mousse Vermoec, appartenant à l'équipe de Hawkings. L'adolescent les met en garde contre les indigènes, qu'il appelle les «Hommes gris», fort nombreux mais sans force et ayant peur de la lumière.

Max imagine leur histoire. «Autrefois, la région devait être tempérée : les savants n'ont-ils pas d'ailleurs admis la possibilité d'un déplacement des zones polaire ? A l'époque où les grands végétaux arborescents s'épanouissaient sur notre zone de vie actuelle, plus tard, même lorsque les glaciers dévalaient les Alpes et le Massif Central, envahissant l'Europe préhistorique, cette région maintenant glacée clair habitée. Il y faisait doux. Les hommes vivaient tranquilles.

Puis, le froid avait fait son apparition. Semblables en cela à leurs successeurs de l'Europe, les habitants du Pôles s'étaient réfugiés dans les cavernes. Il y avait eu des années, des siècles peut-être, de vie à flanc de montagne; ne connaissait-on pas, en France même, les hommes des cavernes de la période glaciaire ?

Mais, alors qu'en Europe le froid avait décru, il avait ici augmenté sans cesse. Il était devenu intenable : L'océan devait s'opposer à toute migration. Des hommes étaient morts de froid.

D'autres, au cours de leur incessante recherche d'un abri procurant la tiédeur nécessaire avaient reconnu qu'en s'enfonçant en dessous du niveau de la mer, il ne gelait plus. Découverte qui devait donner cette civilisation étrange, en régression constante !

Car, enfin, le dilemme était terrible ! Rester sur le sol glacé, dans l'état de la science primitive des premiers hommes, c'était mourir ! Mais s'enfoncer dans ces cavernes découvertes par hasard, conséquences probables d'éruptions volcaniques, c'était quitter le soleil, la lumière !

Il fallait vivre !

Ils s'étaient réfugiés là, ne pouvant supporter le froid intense. Or, par la suite, leur organisme s'était accoutumé, non seulement à l'obscurité, mais aussi à cette température, toujours la même. Et sans nul doute, pour eux, non habitués aux changements de température, revenir à la surface c'était mourir ! »

Vermoec leur explique aussi que Hawkings et ses hommes ont retrouvé une cité abandonnée, qu'ils ont baptisé Espéranville, et qu'ils ont investi. Hawkings a même réussi à produire de l'électricité grâce a la combinaison chimique de différents produits extraits des mines locales. En chemin, le petit groupe est assailli par un parti d'hommes gris qui enlèvent May; mais les intrus de la surface arrivent à reprendre la jeune fille sans trop de mal.

Ils découvrent ensuite la ville, qui n'est en fait qu'un ensemble de constructions grossières en pierre, entourée d'une énorme muraille. Hawkings, content de voir que son message a été bien reçu. mais déçu de constater que les supposés sauveteurs se trouvent dans la même situation que lui, avoue aux nouveaux arrivants que la mine est bientôt épuisée, provoquant à court terme un arrêt de leur production d'électricité, qui leur était indispensable pour tenir à distance leurs assaillants grâce à la lumière.

Comme pour lui donner raison, les hommes gris font peu de temps après le siège de la ville, et, malgré une résistance héroïques, tous les habitants de la surface sont capturés, sans qu'aucun ne leur soit d'ailleurs fait. Seul le mousse, Vermoec, s'échappe. En parcourant les galeries, il tombe sur le deuxième groupe, qui comprend notamment Smith et les amis de Max. Ils sont bientôt rejoints par les prisonniers, qui n'ont pas eu trop de mal à s'évader, mais qui sont poursuivis par les indigènes. Acculés, les terrestres mettent le feu a la forêt grise pour éloigner leurs agresseurs. Mais la végétation est si inflammable qu'un véritable incendie se propage, incendie qui les tuerait s'il ne luisait pas fondre la glace du haut, les inondant d'un torrent salvateur.

Arrivés en bas du gouffre, ils trouvent sur son bord Edward Hawkins, qui, assisté des autres marins du Bombay, les ramène à la surface. Les pirates d'Herbert Fylco ne sont plus là : las d'attendre, ils se sont mutinés, ont tué leurs chefs et se sont enfuis. Tout le monde repart, certains ayant dans l'idée de revenir dans le monde souterrain pour exploiter une mine de diamants qui y a été découverte. Max, lui, a déjà déniché son propre trésor en la personne de May.

Remarques : La Cité dans les glaces constitue probablement le premier essai de Paul Bérato, alias Yves Dermèze, alias pas mal d'autres noms imaginaires (Mystère, Janvier, Avril, Béra, Gascogne, Evans, etc.), dans ce qui constitua sa spécialité pendant les années quarante : le monde perdu souterrain (voir la petite biblio, qui ne se veut absolument pas exhaustive). Mais il faut bien avouer qu'il s'agit sans aucun doute du plus mauvais du lot - quoique Les Robinsons de l'abîme ne soit guère palpitant non plus, et lui ressemble étrangement quant au scénario (quête du père perdu dans un monde souterrain, assaut de la ville des «gentils» par une bande de brutes).

L'intrigue accumule les incongruités et l'action est superbement répétitive; quant au thème de l'humanité souterraine régressive, il a été maintes fois traité auparavant, dans des «lost-race novels» ou des anticipations, souvent beaucoup mieux, comme dans Le Robinson du Maroc de Charles Malato.

Objet historique, notamment pour les fans de Marguerite Fiora (je me demande d'ailleurs bien ce qu'ils peuvent lui trouver, a part ressusciter leurs souvenirs d'enfance) mais à oublier sagement...

LES MONDES PERDUS
SOUTERRAINS
d'Yves DERMEZE

  1. La Cité dans les glaces, alias La Cité des glaces (signé Yves Dermèze, puis Paul Mystère, Cf. références).
  2. Les Robinsons de l'abîme (anonyme, puis signé Alain Janvier et enfin Paul Mystère, in «Siroco» n° 34 à 60, du 4 septembre 1943 au 15 juin 1944. ill. Marijac; réédité en fac-similé par Apex, «Périodica», 1997, sous le titre erroné de Les Robinsons souterrains).
  3. L'Ile de l'épouvante (signé André Gascogne, Éditions du Chardon, «L'Incroyable», couv. ill., 1945).
  4. Le Pays sans soleil (signé Yves Dermèze, S.E.L.P.A., «Coq Hardi» n° 20, ill, 1948).
  5. Le Messager du soleil (signé Yves Dermèze, S.T.A.E.L., «Junior» n° 51, ill. Carrère, 1949).

Marc MADOURAUD