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REGARDS SUR L'HUMANITÉ PRIMITIVE
(TEXTES LITTÉRAIRES)
Extraits choisis et commentés par Éric LYSØE
illustrant La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné
2. AUTOUR DE ROSNY
| «A Story of the Stone Age» (1897), recueilli en 1899 dans Tales of Space and Time, constitue l'un des rares essais que Wells a consacrés à la préhistoire. Si, comme dans Vamireh ou dans Eyrimah les luttes pour le pouvoir, les combats contre les fauves ou les enlèvements de vierges forment la trame du récit, c'est pour donner libre cours à un humour et une ironie plus proches des to- nalités du conte philosophique ou même de la fable que de celles des romans qu'écrit Rosny à la même époque . .. En voici pour preuve ce passage, où l'ours des cavernes et sa femelle se trouvent confrontés à un bien étrange animal, l'homme, représenté ici par le héros, Ugh-lomi, et sa compagne Eudena : |
| L'ours s'approche des intrus. Mais ceux-ci le blessent et le mettent en fuite. Il se réfugie dans son antre, auprès de sa femelle. |
Dans la grotte, cet après-midi là, la conversation languissait. L'ourse
somnolait, boudeuse, dans son coin, car elle adorait le cochon et le singe, et Andoo
s'occupait à se lécher la patte et à se barbouiller le museau pour
apaiser la douleur cuisante de ses blessures. Puis il alla s'asseoir exactement à
l'entrée de la grotte et, clignant de son oeil indemne sous le soleil déclinant,
il se mit à réfléchir.
-- Jamais je n'ai eu aussi peur de ma vie, dit-il enfin. Voilà des bêtes
tout à fait extraordinaires. M'attaquer, moi !
-- Elles ne me plaisent pas, dit l'ourse derrière lui, noyée dans l'obscurité.
-- Une espèce aussi débile, jamais je n'en ai vu. Je n'ose imaginer ce
que le monde va devenir. Des jambes malingres, décharnées... Je me demande
bien comment ils peuvent avoir chaud l'hiver. -- Sans aucun doute ne le peuvent-ils
pas, dit l'ourse. -- Il doit s'agir, je suppose, d'une sorte de singe dégénéré.
-- C'est une mutation, dit l'ourse.
Une pause.
-- S'il a eu l'avantage, c'était purement accidentel, dit Andoo. Il faut bien
que cela arrive de temps en temps.
-- Moi, je n'arrive pas à comprendre pourquoi tu as abandonné, dit l'ourse.
Ils avaient déjà suffisamment discuté de ce sujet auparavant. Aussi
Andoo, en ours d'expérience, garda un moment le silence. Puis il reprit la question
sous un autre angle. -- Il a une sorte de griffe -- une longue griffe qu'il semble
faire passer d'une patte à l'autre. Seulement une griffe. Voilà des créatures
bien étranges. La chose brillante, aussi, qu'ils semblent avoir, pareille à
ce rayonnement qui apparaît dans le ciel durant le jour -- sauf qu'elle saute
partout... Vraiment, cela vaut la peine d'être vu ! C'est une chose qui a une
racine aussi, comme l'herbe quand il fait du vent.
-- Est-ce que cela mord, demanda l'ourse. Si cela mord, ce ne peut être une
plante. -- Non... je ne sais pas, dit Andoo. Mais c'est bizarre, de toute façon.
-- Je me demande s'ils sont vraiment bons à manger, dit l'ourse. -- Ils en ont
l'air, dit Andoo alléché, car l'ours des cavernes, comme l'ours polaire
était un carnivore invétéré. Pour lui, pas de racines ni de miel.
Tales of Space and Time , 1899 (trad. Éric LYSØE).