La Guerre du Feu Contextes

La Guerre du feu: Documents annexes

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VISIONS DU FEU ET DE LA PRÉHISTOIRE
(TEXTES DE NATURE SCIENTIFIQUE)

Extraits choisis et commentés par Éric LYSØE
illustrant La Guerre du feu de J.-H. Rosny aîné

2. AUTOUR DE ROSNY


2.1. Ernest d'Hervilly

Ainsi que les présente la note des éditeurs, les Aventures d'un petit garçon préhistorique en France, «résume, en les effleurant, ou en se jouant, sans insister, toutes les notions nouvelles dont s'est enrichie la science moderne, depuis un demi-siècle» (p. 11) De ce fait, l'ouvrage n'échappe aux habitudes du roman préhistorique tel qu'on le conçoit avant Rosny. Visiblement conçu pour la jeunesse, il affiche sa portée didactique par le recours à un narrataire représenté, aussi naïf que les jeunes gens auxquels est destiné l'ouvrage: Georginet, petit garçon de l'époque moderne auquel son père, narrateur savant, révèle les mystères de la préhistoire. Voici quelques exemples des interventions du père dans le récit:

Au début de cette histoire dont toutes les scènes se déroulent, ne l'oublions pas, mon cher Georginet, au coeur de notre propre pays, -- mais il y a des milliers d'années, -- où rencontrons-nous, pour la première fois, l'enfant qui va revivre devant tes yeux, avec ses frères et ses soeurs, ainsi que tous ses grands parents ? Nous le rencontrons, par un matin très froid, sombre et pluvieux, au bord d'un fleuve d'une largeur extraordinaire, houleux et bruyant comme l'Océan, qui roule et emporte à la surface de ses rapides flots jaunes, avec de grands arbres tout entiers et des végétaux de toute espèce, des pierres d'un poids considérable incrustée dasn d'énormes bancs de glaces flottantes. L'enfant est là, seul accroupi devant un paquet de jonc qu'il vient d'arracher ; son petit corps paraît cependant aussi insensible au froid que son oreille à l'horrible clameur des glaces qui s'entr -choquent sur la terrible rivière

Aventures d'un petit garçon préhistorique en France, 1887, p. 31-32

Ou encore, évoquant un repas préhistorique:

Apre et coriace régal (à propos du repas prtéhistorique), n'est ce pas mon petit Geroginet ? triste festin auquel tu préférerais évidemment, sans hésitation, la punition de pain sec des temps modernes ? (Ibid., p. 47)

Ou encore:

En ces vieux, vieux temps, vois-tu Georginet, les impressions morales les plus vives n'étaient que momentanées chez ces pauvres hommes en bute à toutes les angoisses physiques, et leurs rudes coeurs ne restaient pas longtemps affligés
La pensée du lendemain, du seul lendemain, car les idées de préovyance et d'avenir étaient encore bien rudimentaires en eux, effaçait rapidement les souvenirs de la veille, même les plus cuisants...(Ibid., p 251).

On notera cependant que l'histoire est enctrée sur "La Mort du feu" (c'est le titre du chapitre V, p. 109-126). Crek, le jeune héros qui doit garder le brasier primitif, laisse celui-ci s'éteindre:


... l'idée de la fin du feu, du feu consolateur, aux crépitements joyeux, les remplissait d'épouvante et d'agoisse.
Le feu éteint, ils allaient mourir à leur tour, ils le devinaient. Pendant leurs expéditions, la privation du feu, quoique momentanée, était pour eux la plus cruelle des souffrances. S'ils devaient l'avoir perdu pour toujours, c'en était fait d'eux cette fois. Jamais ils ne s'étaient trouvés, ni leurs ancêtres, ni eux, dans un péril semblable. Le feux vivait dans la caverne depuis des siècles, fidèle et rouge, apporté autrefois on ne savait pas qui ni comment.
Où aller conquérir de nouveau le feu, par cet hiver sans fin, alors que les prairires et les arbres qui s'embrasent aux éclairs du ciel, l'été, -- comme plusieurs //d'entre les chasseurs l'avaient constaté parfois jadis, -- étaient à présent recouverts de neige et de boue glacées ? Où aller demander l'aumône d'un tidson enflammé, alors quel peuplades voisines, cofinées dans des abris inconnus, étaient peut-être elles-mêmes sans feun, ou résolues dans leur sauvage égoïsme à ne partager avec personne se trésor sans égal, s'il était en leur possession ? (Ibid., pp. 122-123)

Crek, condamné à mort par la tribu, se souvient alors du secret qu'un étranger, aujourd'hui disparu, lui avait confié et qui permettait de fair le feu de deux manières. Il suffit de retrouver les objets nécessaires de cet étranger aujourd'hui mort... Banni, Crek finira par rejoindre les siens. Mais ce sera retrouver une famille décimée, sa tribu ayant été anéantie lors de l'attaque d'une autre horde. On retrouve donc là encore des thèmes développés dans La Guerre du feu, mais il faudra attendre Rosny pour les voir s'oganiser au sein d'une intrigue cohérente, dans toute leur force symbolique.


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