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(cliquez sur une image pour l'agrandir)

Une petite sortie à Paris:
le musée de la préfecture de police

by Murielle Wenger
 

English translation

Lors de ma dernière sortie à Paris le week-end passé, j'ai eu l'occasion de visiter le musée de la préfecture de police, qui s'impose pour qui veut en savoir plus sur le métier de Maigret.

Ce musée, situé au numéro 4 de la rue de la Montagne Sainte-Geneviève, est abrité dans les locaux mêmes de l'hôtel de police du Ve arrondissement. Pour y accéder, il faut "montrer patte blanche", car l'immeuble est surveillé, comme tous les endroits officiels, par des policiers "en arme". Le jour de notre visite, c'est une charmante agente de police qui nous accueille devant l'entrée du bâtiment. Elle demande qu'on lui montre le contenu de notre sac à dos, et une fois qu'elle s'est assurée que nous ne détenons ni couteau, ni tout autre objet susceptible de servir d'arme, elle nous laisse pénétrer dans la cour, et nous rendre à l'accueil, d'où l'on nous envoie au troisième étage.

Le musée, gratuit d'accès, se présente en cinq parties: histoire de la police parisienne, crimes et châtiments, Paris en guerre, métiers de la préfecture de police, police technique et scientifique. Chacune de ces parties est richement documentée, avec des textes explicatifs et des objets divers.

  • Dans la partie concernant l'histoire, on trouve une somme d'informations sur la fondation de la police parisienne, depuis ses origines au XVIIe siècle, lorsque Louis XIV nomma Gabriel Nicolas, seigneur de La Reynie, à la lieutenance de police, en passant par tous les avatars dans les siècles suivants, jusqu'aux derniers développements des années 2000. Je ne vais pas vous retracer en détails toutes ces péripéties, mais je mentionnerai ici quelques éléments qui intéressent plus particulièrement les maigretphiles.

    Ainsi, en 1790 sont créés les commissariats de police, un pour chacune des 48 sections de la capitale. La fonction de préfet de police est établie en 1800, et en 1811 on institue une brigade de sûreté, chargée de la répression des crimes; la brigade est confiée à Vidoq, un ancien bagnard, personnage dont s'inspirera Balzac pour créer Vautrin. En 1871, lors de la Commune, les locaux de la préfecture, situés rue de Jérusalem (qui se trouvait près de l'actuel emplacement du Quai des Orfèvres) sont réduits en cendres. Les services sont alors hébergés dans la caserne des sapeurs-pompiers de l'île de la Cité, où ils se trouvent encore (un chantier de rénovation des locaux est actuellement en cours). En 1887 on crée un service de l'identification judiciaire (qui deviendra l'Identité judiciaire), qui est confié à Alphonse Bertillon, inventeur du système de mesure anthropométrique appelé "bertillonnage", utilisé dans le monde entier. En 1893, Louis Lépine est nommé préfet de police, et en 1900, il met en place une brigade de policiers qui patrouillent à vélo, des bicyclettes de modèle "Hirondelle", nom dont on désignera ces agents cyclistes. En 1907, le directeur de la Sûreté, Célestin Hennion, fonde, à la demande de Clemenceau, alors président du Conseil, les Brigades mobiles, appelées "Brigades du Tigre", d'après le surnom donné à cet homme politique, qui se désignait lui-même comme "le premier flic de France". En 1909, Lépine propose de créer un musée de la préfecture de police, dont les premières collections sont constituées par des pièces réunies pour l'exposition universelle de 1900. En 1913, Hennion devient préfet de police, et il crée la direction des renseignements généraux et celle de la police judiciaire.

    On trouve aussi, dans cette partie, des informations sur Marcel Guillaume, un des policiers qui ont inspiré Simenon pour créer Maigret. Marcel Guillaume débute comme inspecteur de police au commissariat du quartier de la Chapelle en 1900, puis il entre à la Sûreté en 1909. En 1912, le chef de la Sûreté, Xavier Guichard, le prend à ses côtés, ce qui lui permet de suivre l'affaire Bonnot. En 1913, il devient commissaire. En 1919, il prend la tête des "brigades actives de la préfecture de police", en 1928 il est promu commissaire divisionnaire, et en 1930, Guichard, qui vient d'être nommé directeur de la PJ, le place à la tête de la "brigade spéciale", la brigade des homicides. C'est à cette époque qu'il rencontre Simenon. Guillaume aura mené les enquêtes sur des affaires célèbres, comme celles de Landru, Violette Nozières, Mestorino, Stavisky. En 1937, ayant atteint la limite d'âge, il quitte le Quai des Orfèvres, et Simenon lui rend hommage dans le magazine Confessions. Quelques semaines plus tard, le quotidien Paris-Soir commence la publication des Mémoires de Guillaume. Ces textes ont fait ensuite l'objet de plusieurs éditions en volume, dont la dernière a paru en 2010. C'est un livre très intéressant, non seulement parce qu'il raconte les grandes enquêtes que Guillaume a menées, mais aussi parce qu'il est parsemé de réflexions sur le métier de policier, qui nous rappellent plus d'une fois ce qu'en aurait pu dire Maigret. Pour exemple, ces quelques phrases: "Pour ma part, je me suis toujours efforcé de ne pas perdre de vue qu'il ne m'était pas interdit, tout en faisant mon devoir, de rester humain."; "je me suis toujours attaché à découvrir chez le plus endurci ou le plus cynique des assassins la corde sensible – si l'on peut dire ainsi – qu'il suffirait de savoir faire vibrer pour obtenir, sans brutalités et sans brimades, non seulement des aveux, mais aussi des confidences qui contiennent bien souvent l'explication d'un crime et, sans l'excuser, peuvent parfois en diminuer l'horreur."

  • Dans la partie traitant des crimes, on trouve des informations, avec des "pièces à conviction", sur les grandes affaires criminelles, que ce soit l'affaire Landru ou l'affaire Petiot, les attentats anarchistes ou régicides. Il y a encore de nombreuses "armes du crime", armes blanches ou armes à feu, qui font partie de la collection léguée par Gustave Macé, chef de la Sûreté de 1879 à 1884 (Maigret l'évoque dans ses Mémoires). Mais on apprend aussi en quoi consiste une enquête de police, et qui est habilité à mener une telle enquête.

  • La partie "Paris en guerre" nous rappelle quel fut le travail des policiers pendant les grands conflits, mais aussi pendant les révolutions qui secouèrent la capitale, de 1830 à mai 1968.

  • Dans la partie qui concerne les métiers de la préfecture de police, on trouve des renseignements sur la police des marchés, les commissariats de Paris, les sapeurs pompiers, les femmes dans la police, ou encore les équipements et les véhicules. On y voit, par exemple, un des bornes d'appel qui permettaient de demander du secours à la police, installées dès 1928 dans les rues de la capitales, et auxquelles il est fait plusieurs fois allusion dans les Maigret, et dans la nouvelle, hors cycle, Sept petites croix dans un carnet.

  • Enfin, dans la partie concernant les aspects techniques et scientifiques, on nous parle de Bertillon et de son "système": identification des criminels par une photographie de face et de profil, par diverses mesures corporelles (longueur de l'avant-bras gauche, longueur de l'oreille droite, etc.), "portrait parlé" décrivant la morphologie du visage (voir le début du premier chapitre de Pietr le Letton), ou signes particuliers, comme des cicatrices ou des tatouages. On y découvre aussi l'utilisation des empreintes digitales, le quadrillage photographique précis des scènes de crime, ou encore l'organisation des fichiers sur les criminels, et la morgue et l'institut médico-légal.

En résumé, ce musée nous offre une foule d'informations sur les diverses facettes de la police et nous montre les dures réalités et les risques du métier de policier.

Et, pour qui veut creuser le sujet, il suffit de se rendre, à quelques pas de là, à la Bilipo (bibliothèque de littérature policière), qui propose de nombreux ouvrages sur les domaines concernés, depuis des encyclopédies sur l'histoire de la littérature policière, jusqu'aux ouvrages sur les grandes affaires criminelles, sans oublier un rayon important qui présente les diverses publications consacrées à Simenon.

Et, parce que la visite ne saurait se conclure sans faire un détour par le mythique "36", je vous propose encore quelques images du Quai des Orfèvres, prises à divers moments de mon séjour à Paris:


le QdO vu depuis le pont Saint-Michel; on voit à droite la partie plus claire qui a déjà été rénovée; au fond, le Pont-Neuf
 
deux vues du QdO depuis l'autre côté

le QdO vu depuis la berge de l'autre côté de la Seine

le QdO vu du même endroit, à droite le pont Saint-Michel

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