Photo de Jean Richard prise en septembre 1969, dans le rôle du commissaire Maigret
Comédien de cinéma et de télévision - premier Maigret du petit écran -, homme de cirque, Jean Richard est mort des suites d'un cancer, mercredi 12 décembre, à l'hôpital de Senlis. Il était âgé de quatre-vingts ans. En 1968, il reconnaissait "nourrir ses lions avec des navets", résumant ainsi une carrière cinématographique sans grand éclat, qui avait servi à financer sa passion, le cirque. L'année précédente, il venait de tourner, pour l'ORTF, le premier épisode de la série des Maigret, adaptée des romans de Simenon. Ce rôle, repris quatre-vingt-douze fois, devait lui donner une immense popularité, à un moment où la télévision capturait le public des autres arts populaires, au premier rang desquels le cirque.
Jean Richard est né le 18 avril 1921 à Bessines, près de Niort. Pendant la seconde guerre mondiale, il fait ses débuts sur scène en dessinant des caricatures. A la Libération, il s'associe avec un imprésario et obtient le marché du théâtre aux armées pour les troupes françaises d'occupation en Allemagne : "Personne ne pouvait mettre le pied en Allemagne sans ma signature", se souvenait-il dans une interview au Monde, en 1970. Ces succès en affaires ne lui suffisent sans doute pas puisqu'il abandonne le métier d'imprésario en 1950 pour revenir sur scène.
Il se produit au cabaret L'Amiral, côtoie Roger Pierre et Jean-Marc Thibault, Louis de Funès, la troupe des Branquignols de Robert Dhéry.
Ce sont ces accointances de cabaret qui serviront de repères à son parcours au cinéma. A de très rares exceptions près (des collaborations régulières avec Yves Robert, dont La Guerre des boutons, le rôle de l'ordonnance dans Elena et les hommes, de Jean Renoir, aux côtés d'Ingrid Bergman et de Jean Marais, des rôles chez René Clair - Les Fêtes galantes - et Marcel Carné - Du mouron pour les petits oiseaux -, Jean Richard se cantonne dans de grosses comédies populaires dont la série des Champignol où son personnage de Claudius Binoche, avec son énorme accent rural, apparaît comme l'emblème d'une France en voie de disparition. En 1966 et 1968, il incarne à deux reprise l'inspecteur Bérurier dans des adaptations de San Antonio qui n'ont pas laissé un immortel souvenir. C'est à ce moment qu'il prend du grade dans la police en convaincant le réalisateur Claude Barma de lui confier le rôle du commissaire Maigret. Le succès de la série, qui apparaît immédiatement comme plus épaisse, plus humaine que Les Cinq Dernières Minutes qui l'ont précédée, est énorme, tout comme la popularité de Jean Richard.
LA PASSION DU CIRQUE
Celui-ci tente de faire rejaillir cette gloire sur le projet qui lui tient à cœur, le cirque. Dès 1956, il a créé le premier zoo privé de France et installé à Ermenonville, dans l'Oise, la Mer de sable, un parc d'attractions où l'on peut se promener en chameau sur un petit bout de désert en pleine forêt de Senlis. Au cirque Amar, dans des music-halls parisiens, il présente lui-même des numéros de domptage. Il n'a de cesse de se produire sous son propre chapiteau, objectif atteint à la fin des années 1960. Mais la décennie d'existence du cirque Jean Richard, qui en chemin aura absorbé Pinder, l'un de ses principaux concurrents, coïncide avec la crise de la profession. Finalement, les contraintes financières sont trop dures, et Jean Richard doit déposer son bilan en 1978. En 1973, il est victime d'un grave accident de voiture. Après sa convalescence, Jean Richard reprend le rôle de Maigret, dont il fait sa principale occupation depuis qu'il a abandonné presque complètement le cinéma. En 1984, il avait publié chez Robert Laffont un livre de souvenirs, Ma vie sans filet.