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Postières, infirmières, curés, notaires, facteurs, valets de chambre et maîtres d'hôtel:
dans la galerie des personnages de Simenon

par Murielle Wenger

English translation

Un roman de Maigret n'existerait évidemment pas sans la présence de son héros. Néanmoins, pour exercer ses talents, le commissaire a besoin qu'on lui donne la réplique; et c'est ainsi qu'apparaissent les "seconds rôles", victimes, témoins et suspects, auxquels Maigret se confronte. Sans oublier, bien sûr, Mme Maigret et ses inspecteurs, qui nourrissent ses affections.

Cependant, cela ne suffit pas encore pour donner de l'ampleur au décor: va s'y ajouter toute une foule de figurants, qui vont meubler l'espace et permettre au roman de devenir vivant. C'est tout le talent de Simenon, de nous proposer ainsi une galerie de personnages secondaires, qui apparaissent plus ou moins épisodiquement, mais qui n'en sont pas moins nécessaires à l'intrigue. Décrits parfois en quelques mots, d'autres fois en quelques phrases, le raccourci de leur apparition n'enlève rien à la force de leur présence au cœur de l'intrigue.

Et c'est ainsi que le lecteur prend un plaisir certain à découvrir, au cours du récit, ces personnages esquissés d'un trait, tandis que le maigretphile compulsif – et j'en suis ! - accroît son bonheur en faisant une collection de ses trouvailles…

Voici donc, après les femmes de chambre, les concierges, les femmes de ménage, les juges et j'en passe, une petite revue de quelques autres de ces personnages secondaires.

1. Les postières

Le téléphone est un outil souvent nécessaire à Maigret. A une époque où n'existaient pas les appareils mobiles qui ont rendu les communications d'aujourd'hui si banales, les policiers devaient se débrouiller autrement pour se mettre en contact ou pour trouver un renseignement. A Paris, quand il est en piste hors de son bureau, le commissaire entre volontiers dans un café pour téléphoner - beau prétexte pour y commander en même temps un petit blanc ou un verre de marc - , ceci expliquant peut-être pourquoi Maigret n'utilise jamais les cabines téléphoniques publiques, qu'on trouve pourtant déjà à son époque dans les rues de la capitale.

Dans les enquêtes qu'il mène hors de Paris, il arrive aussi à Maigret d'avoir besoin de téléphoner. Quand il ne le fait pas depuis la chambre de son hôtel, il se rend alors à la poste, où il croise le premier des personnages dont il est question dans cette étude: la postière. Dans les Maigret, c'est toujours un personnage féminin qui gère le service postal et téléphonique, en banlieue ou dans les campagnes.

Cinq postières sont décrites plus en détail dans le corpus:

  • Dans La maison du juge, Maigret ne rencontre la préposée que par l'intermédiaire du téléphone: installé à la mairie, il va solliciter l'aide de la demoiselle pour qu'elle lui trouve des renseignements; poli et affable, il s'en attire les bonnes grâces, d'abord en l'avertissant:

    "- Allô! Mademoiselle. […] Je suis à la mairie et je vous dérangerai assez souvent…"

    Puis, plus tard, en la saluant aimablement:

    "Puis il tourna la manivelle du téléphone, dit un gentil bonjour à la postière".

    Et enfin en lui promettant quelques douceurs:

    "- Allô! Mademoiselle... Encore une communication, s'il vous plaît?... […] Je vous remercie… Mais oui, je sais que vous faites ce que vous pouvez et, avant de partir, je vous porterai des chocolats… Vous préférez les marrons glacés?... Je prends note…"

    "- C'est encore moi, mademoiselle… Il faudra que je double la quantité de marrons glacés…"

    " – Allô! Mademoiselle… C'est moi, oui… Ma dette en chocolats…Non, c'est vrai, vous préférez les marrons glacés… bref, ma dette est de plus en plus forte…"

  • Dans L''inspecteur cadavre, voici Mlle Rinquet, que Maigret rencontre une première fois alors qu'il doit appeler les Naud pour les avertir qu'il ne rentre pas déjeuner. La poste est fermée, mais avec l'aide de Louis, le commissaire s'en fait ouvrir la porte. Maigret remercie poliment:

    "Je vous dois, mademoiselle?... Merci… Excusez-moi."

    Plus tard, alors que Maigret déambule nuitamment dans le village avec Louis, il découvre une lumière, en face de chez Groult. Louis lui explique que la receveuse a des insomnies et qu'elle lit des romans jusque tard dans la nuit. Maigret, à l'affût des sons de voix chez Groult, qui est en discussion avec Cavre, reconnaît le bruit de la manivelle du téléphone. Il découvre alors que la postière écoute les conversations:

    "On la voyait, petite, vêtue de noir, le poil noir, le visage sans âge. Elle tenait un écouteur à la main, la fiche d'écoute dans l'autre."

    Maigret se fait ouvrir la poste, en passant par derrière:

    "- N'ayez pas peur, mademoiselle…

    Il était trop grand et trop large pour la minuscule cuisine à la mesure de la minuscule postière qu'entouraient des bibelots en porcelaine tendre ou en verre filé achetés sur les champs de foire et des napperons brodés."

    Les mots font image, et on voit, grâce au talent du romancier, la scène comme si on y était, le contraste entre la silhouette épaisse du commissaire et la frêle postière…

    Maigret, qui a besoin de savoir ce que Groult a dit à Naud au téléphone, menace de dénoncer la postière, qui lui rapporte alors la conversation. Le téléphone sonne à nouveau dans la poste, la postière répond:

    "Elle se retourna, effrayée, car le massif Maigret était tout contre elle, une main tendue, prêt à saisir l'écouteur au moment opportun. […] Elle n'osa pas résister au commissaire, qui lui prenait d'autorité le casque des mains et qui le posait sur sa tête. Elle planta délibérément la fiche d'écoute."

    Cela va permettre à Maigret d'écouter la conversation entre Naud et son beau-frère le juge Bréjon, et de comprendre bien des choses… Ayant obtenu ce qu'il voulait, le commissaire promet alors à la postière qu'il ne la dénoncera pas:

    "-Bonsoir, mademoiselle. Ne craignez rien. Je saurai être discret…"

  • Dans Félicie est là, Maigret rencontre encore une autre postière, de qui il a su s'attirer les bonnes grâces:

    "Il a déjà ses habitudes. Il prend ses habitudes partout où il va. C'est convenu avec la receveuse des postes que celle-ci l'appelle par la fenêtre dès qu'on le demande de Paris."

    Maigret navigue – sur son vélo ! – de la maison de Félicie au café du village, venant recueillir les renseignements, avec l'aide toute acquise de la postière:

    "Le voilà de nouveau à la terrasse de l'Anneau-d'Or. La receveuse lui fait signe.

    - On a déjà téléphoné deux fois de Paris… On va vous rappeler d'une minute à l'autre…"

    "Maigret laisse son vélo à la terrasse de l'Anneau-d'Or, retrouve la receveuse dans l'ombre fraîche du bureau de poste.

    - Pas de communication pour moi?

    - Rien qu'un message… […]

    - Vous attendez encore des communications? questionne la receveuse, qui n'a jamais eu autant de distractions de sa vie.

    - C'est possible. Je vais vous envoyer mon brigadier…

    - Que c'est passionnant, d'être de la police! Nous qui, dans notre pauvre coin, ne voyons jamais rien!

    Il sourit machinalement au lieu de hausser les épaules comme il en a envie […]."

    La postière continue ses bons offices:

    "Une fenêtre s'ouvre, en face, une main s'agite, une voix appelle:

    - Téléphone, monsieur Lucas…"

    "La main s'agite toujours à la fenêtre. Lucas se précipite. Maigret était sur le point de remonter sur son vélo, le homard [le fameux homard de Félicie ! ndlr] à la main.

    - C'est pour vous, patron…"

    Après sa conversation au téléphone, ponctuée des péripéties du homard, Maigret prévient la postière, comptant toujours sur son aide:

    "- je vous avais avertie que vous ne dormiriez pas beaucoup cette nuit… Je crois maintenant que vous ne dormirez pas du tout…"

  • On retrouve une autre postière dans Mon ami Maigret: Maigret, en flânant sur l'île de Porquerolles, vient de découvrir le bureau de poste, devant lequel se trouve un banc peint en vert, où il va passer une partie de son après-midi. Il va faire connaissance de la postière au drôle de prénom:

    "Ce n'était pas un surnom. La grosse fille ne l'avait pas fait exprès. Elle s'appelait réellement Aglaé depuis son baptême. Elle était très grosse, surtout du bas, déformée comme une femme de cinquante ou soixante ans qui vieillit gros, et, par contraste, son visage n'en paraissait que plus enfantin, car Aglaé avait tout au plus vingt-six ans."

    Il découvre aussi que celle-ci, comme Mlle Rinquet, écoute les conversations, avec une certaine naïveté, peut-être moins innocente qu'il n'y paraît:

    "- Je me demandais si vous finiriez par monter! s'était exclamée Aglaé en le voyant entrer. Je me doutais bien que vous auriez besoin de téléphoner et que cela ne vous amuserait pas de le faire de l'Arche, où tant de monde entend ce que vous dites. […]

    - Alors, demandez-moi la PJ.

    - Je connais le numéro. C'est moi qui ai donné la communication à votre inspecteur quand il vous a appelé.

    Il faillit lui demander: «Et vous avez écouté?» Mais elle n'allait pas tarder à le renseigner d'elle-même. […]

    Quand il sortit de la cabine, il vit Aglaé qui, tranquillement, sans une ombre de gêne, retirait le casque d'écoute de sa tête.

    - Vous écoutez toujours les conversations?

    - Je suis restée à l'appareil pour le cas où la ligne serait coupée. Je me méfie de l'opératrice d'Hyères, qui est une chipie.

    - Vous faites de même pour tout le monde?

    - Le matin, je n'ai pas le temps à cause du courrier, mais l'après-midi, c'est plus facile."

    Il n'empêche, la façon de faire d'Aglaé va bien aider Maigret dans son enquête: c'est ainsi qu'elle va lui rapporter la conversation que Marcellin a eue avec Ginette, puis le télégramme qu'il en a reçu. C'est peut-être pour cela qu'il la laisse faire lorsqu'il reçoit par téléphone les renseignements de Lucas:

    "- Aglaé écoutait sans vergogne et, à travers la vitre, adressait à des clins d'œil à Maigret pour souligner les passages qui lui plaisaient. […]

    Il se retrouva avec Aglaé, séparé d'elle par la cloison grillagée. Elle paraissait s'amuser beaucoup. […] Il y avait un gros bouquet de mimosas sur son bureau, un sac de bonbons, qu'elle tendit au commissaire. […] Elle n'était probablement pas dangereuse; pourtant Maigret préféra, ne fût-ce que pour les gens, ne pas rester trop longtemps en tête à tête avec elle. Elle lui demandait, par exemple:

    - Vous ne téléphonez pas à votre femme?"

  • La dernière postière rencontrée dans le corpus est Léonie Birard, assassinée dans un petit village des Charentes (Maigret à l'école). La postière, avant sa retraite, avait pris l'habitude, non seulement d'écouter les conversations, mais encore celle de détourner le courrier, et connaissait tous les petits secrets des habitants, ce qui en fait un bon mobile pour un meurtre. Presque impotente, elle marchait avec une canne, et "elle était très grosse, énorme même. Il paraît qu'elle portait une perruque. Et elle avait de la barbe sur le visage, de vraies moustaches, des poils noirs au menton." Ce qui en faisait une cible appréciée des chenapans du village… L'esprit de Léonie, son caractère vindicatif, semble planer sur les habitants, au point que Maigret, lorsqu'il se rend au bureau de poste pour téléphoner, et qu'il y rencontre la nouvelle postière, "une jeune fille d'environ vingt-cinq ans qui portait une blouse noire", se demande "si elle était mariée, si elle se marierait un jour, si elle deviendrait pareille à la vieille Birard"…


Maigret et Aglaé, dans l'épisode Mon ami Maigret (série avec Bruno Crémer)

Maigret et Mlle Rinquet, dans l'épisode L'inspecteur cadavre (série avec Jean Richard)

2. Les infirmières

Au cours de sa carrière, Maigret a dû à plusieurs reprises se rendre dans des hôpitaux, que ce soit pour y rencontrer des victimes, des témoins, ou un de ses inspecteurs blessés. A part les médecins, professeurs et internes, il y a aussi croisé des infirmières. En voici quelques-unes, décrites avec plus ou moins de détails, rencontrées dans le corpus:

  • une infirmière aux cheveux roux, prénommée Berthe, à l'hôpital d'où s'est enfui Jean le charretier (Le charretier de la Providence)

  • une infirmière à l'hôpital où est soigné Pierre le Clinche (Au rendez-vous des Terre-Neuvas), qui a des "gestes qu'une longue habitude professionnelle rendait précis"

  • une infirmière à l'hôpital où Maigret a été emmené (Le fou de Bergerac): "une belle fille, grande, forte, d'un blond agressif"

  • une infirmière à l'hôpital où est soigné Jacques Pétillon (Félicie est là), "une jeune infirmière aux cheveux platinés, outrageusement serrée dans une blouse qui moulait ses formes", et que Maigret va traiter de "dinde", car elle a osé pouffer sur le passage de Félicie

  • l'infirmière de garde à l'hôpital où Maria vient d'accoucher (Maigret et son mort), "une femme entre deux âges, qui se montrait insensible à la célébrité de Maigret" et une autre infirmière, "jeune et blonde, potelée sous sa blouse"

  • une infirmière à l'hôpital où Maigret a été emmené (La première enquête de Maigret), "très jolie dans son uniforme"

  • à l'hôpital où est soigné Janvier (Maigret en meublé), voici une "une infirmière rousse" sur le visage de qui on lit "un affairement professionnel", et une autre, sans description sur son physique, qui assiste à la conversation entre Maigret et son inspecteur

  • on voit encore une infirmière, pas non plus décrite, autour du lit de Lognon (Maigret, Lognon et les gangsters)

  • dans Le revolver de Maigret, le commissaire téléphone à l'Infirmerie spéciale, où on a emmené Lagrange; c'est une infirmière "rousse, qu'il connaissait", qui lui répond

  • dans Maigret se trompe, on rencontre Mme Gouin, une ancienne infirmière, qui a gardé de son métier un certain calme et une certaine assurance; à l'hôpital où exerce le professeur Gouin, on trouve évidemment plusieurs infirmières, dont l'infirmière-chef de jour, "une femme d'un certain âge, aux cheveux déjà blancs"

  • dans Maigret et le corps sans tête, Maigret va rencontrer la fille d'Aline Calas, Lucette, qui travaille à l'Hôtel-Dieu: elle est "assez grande, au visage calme et serein" et son apparence offre un fort contraste avec celui de sa mère

  • dans Maigret et le clochard, l'infirmière-chef qui travaille à l'hôpital où a été admis Keller n'accueille pas Maigret avec beaucoup d'égards:

    "elle se tournait vers Maigret.

    - C'est vous qui venez pour le clochard?

    - Commissaire Maigret… répétait-il.

    Elle cherchait dans sa mémoire. Ce nom ne lui disait rien non plus."

    Et quand Maigret a obtenu du médecin de pouvoir voir le clochard, elle regarde passer le commissaire "avec une certaine réprobation"; ce n'est pas mieux lors de la deuxième visite: "l'infirmière-chef se montrait de temps en temps à la porte et les observait d'un air inquiet et mécontent."

    Plus tard, quand Maigret raconte à sa femme la visite de Mme Keller à l'hôpital, il lui parle de l'infirmière-chef:

    "Tu es retourné dans la salle?

    - Oui… Malgré les regards de reproche de l'infirmière-chef…

    C'était devenu une sorte d'ennemie personnelle."

  • dans Maigret et le fantôme, voici de nouveau Lognon à l'hôpital; Maigret lui rend une première visite et il rencontre l'inspecteur Créac, qui lui dit:

    "- je crois que vous feriez mieux d'éteindre votre pipe, monsieur le commissaire. Il y a ici une sorte de dragon qui va vous sauter dessus comme elle l'a fait quand j'ai voulu allumer ma cigarette... […]

    - Vous n'avez aucune nouvelle?

    - Non… J'ai essayé d'en avoir dans ce bureau à gauche, mais la vieille…

    C'était le bureau de l'infirmière-chef, que Créac avait appelée le dragon. Maigret y frappa. Une voix peu amène lui cria d'entrer.

    - Qu'est-ce que c'est?

    - Je m'excuse de vous déranger, madame. Je suis le chef de la Brigade criminelle à la Police judiciaire…

    Le regard froid de la femme semblait dire: «Et alors?»"

  • enfin, Maigret croise une dernière infirmière, non décrite, dans Maigret et le tueur, à l'hôpital où on a emmené Antoine Batille.

    On trouve aussi des infirmières hors des hôpitaux, comme celle qui vient s'occuper de Mlle Berthe (Mademoiselle Berthe et son amant), ou de Mme Boursicault (Maigret en meublé), ou encore celle qui accompagne M. Owen (L'improbable Monsieur Owen), "une blonde aux yeux gris […, aux formes pleines, mais sans lourdeur, à la chair appétissante", selon M. Louis, mais que Maigret, pour sa part, trouve moins charmante: "Si ses traits étaient réguliers, ils étaient durs, et ses formes trop nettes étaient loin de donner une impression de faiblesse féminine.": Germaine Devon, infirmière pour la couverture, est en réalité la complice d'un escroc international, et elle va donner bien du fil à retordre au commissaire. Ou encore l'infirmière qui travaille au George-V, Mlle Genévrier, "à cheveux gris, au visage gris".

    En résumé, on pourrait ranger les infirmières croisées par Maigret dans deux catégories: soit elles sont plutôt jeunes et jolies, avec des formes appétissantes, soit elles sont âgées, et plutôt revêches. On trouve ici la même dichotomie qu'on avait constatée lorsque nous avons étudié les personnages des concierges.

3. Les curés

Après les personnages féminins, nous allons passer du côté de ces messieurs…

Dans les souvenirs d'enfance de Maigret, une part importante est donnée aux réminiscences de son passé d'enfant de chœur, faisant écho à ceux de l'auteur… Les bouffées d'encens, de répons de la messe, parsèment le corpus, et le personnage du curé occupe aussi une place de choix.

  • Le premier curé qu'on voit apparaître dans le corpus est celui – et cela n'a rien d'étonnant – que Maigret croise dans L'affaire Saint-Fiacre. Personnage opposé à celui du docteur, autre figure incontournable du monde maigretien – et simenonien. Cette rencontre est aussi pour Maigret l'occasion d'évoquer le curé de son enfance, et c'est tout un jeu d'oppositions qui se met en place: le curé actuel de Saint-Fiacre est "un jeune prêtre au regard passionné de mystique", qui dit sa messe sans se presser, au contraire du vieux curé qui "escamotait la moitié des versets". Un souvenir que l'on retrouve dans Mon ami Maigret, où le commissaire évoque le curé du village de son enfance, qui "expédiait [la première messe] si vite que le jeune Maigret avait à peine le temps de lancer des répons en courant avec les burettes."

    Le curé actuel de Saint-Fiacre, au "regard ardent", est un "homme de trente-cinq ans, aux traits réguliers mais si graves qu'ils évoquaient la foi farouche des moines d'autrefois." Il est tourmenté parce qu'il n'a pas su convaincre la comtesse d'abandonner ses relations avec son jeune secrétaire. Il est probable qu'il ait entendu en confession le coupable du meurtre, mais il ne peut pas le dénoncer (le "secret de la confession"), ce qui ne l'empêchera pas d'aider – en toute discrétion - le comte de Saint-Fiacre, d'abord en lui procurant de quoi pourvoir à l'enterrement, et ensuite lors de la fameuse scène du dîner au château.

  • La plupart des autres curés que Maigret va croiser, c'est à l'occasion d'un enterrement. Ainsi en est-il du curé dans Liberty Bar, qui annonce à Boutigues que l'absoute se fera sans musique. Rien d'autre sur ce curé, pour cet enterrement vite expédié. Il en est de même à l'enterrement de Cécile et de sa tante (Cécile est morte), où le curé expédie l'absoute à toute allure. Et ce n'est pas très différent dans Maigret et l'homme du banc, où le curé "marchait vite sous son parapluie", ou dans La folle de Maigret: "On aurait dit que tout le monde était pressé, le curé comme les gens des pompes funèbres.". C'est à peine mieux dans Maigret et l'indicateur, où le curé, après avoir pris le temps de saluer Line Marcia, "récitait quelques prières à mi-voix". On trouve encore un "prêtre, très âgé", qui officie à l'enterrement d'Antoine Batille (Maigret et le tueur).

  • Certains curés sont moins furtifs: par exemple, dans Le témoignage de l'enfant de chœur, le curé de la chapelle est un "prêtre très grand et décharné", aux "yeux clairs de saint de vitrail". Dans Maigret à l'école, à l'enterrement de la postière, le prêtre "trouvait le temps d'observer chacun à la ronde et d'arrêter un instant son regard sur la silhouette de Maigret". A la fin de son enquête, lorsque Maigret a démasqué le coupable, il croise à nouveau ce curé, et "il sembla au commissaire qu'il était tenté de traverser la rue pour venir lui parler. Il devait savoir, lui aussi. Il connaissait par la confession le mensonge de Marcel. Mais il était le seul à avoir le droit de ne rien dire. Maigret le salua et le prêtre parut un peu surpris."

  • Voici encore un autre prêtre, l'abbé Barraud, directeur de conscience de Jaquette (Maigret et les vieillards): "L'abbé Barraud était debout, très vieux en effet, squelettique, avec des cheveux fous, très longs, en auréole autour du crâne. Sa soutane luisait d'usure, avec des reprises mal faites. […] Le prêtre s'assit sur une chaise, sortit de sa soutane une boîte de buis, aspira une prise de tabac. Ce geste, et les grains de tabac sur la soutane grisâtre, rappelaient à Maigret de vieux souvenirs." Un souvenir que l'on retrouve dans Maigret à Vichy, lorsque Maigret est questionné par le médecin à propos de ses habitudes bibitives: "Cela lui rappelait son enfance, le confessionnal du village qui sentait le vieux bois moisi et le curé qui prisait."


Maigret et le curé, dans le film Maigret et l'affaire Saint-Fiacre, avec Jean Gabin

Maigret et le curé, dans l'épisode Maigret et l'enfant de chœur (série avec Bruno Crémer)

4. Les notaires

Le notaire est un personnage auquel Maigret fait appel lorsqu'il est question d'héritage, dans une enquête. L'homme de loi est le gardien des secrets de succession, et partant des secrets de famille. Témoin M. Braquement, le notaire de Lise Gendreau (La première enquête de Maigret): "Il a dans les quatre-vingts ans. Tous les autres en ont peur, parce qu'il est le seul à savoir."

  • Le premier notaire que nous trouvons dans le corpus est le notaire Petit, dans M. Gallet, décédé. Maigret ne fait pas vraiment appel à ses services, mais il se trouve que le commissaire est à la recherche d'un docteur, et que celui-ci est en train de jouer au bridge chez le notaire. Celui-ci est "un vieillard très soigné, aux cheveux soyeux, à la peau aussi claire que celle d'un bébé." Nous verrons que ce portrait distingué s'applique souvent, dans le corpus, au personnage du notaire.

  • Voici le notaire Germain La Pommeraye, dans L'auberge aux noyés: exerçant à Versailles, cet homme "à cheveux gris" possède "[une] longue silhouette racée, [un] teint mat", qui reste "calme et digne" malgré ce qui est arrivé à sa fille.

  • Le parangon des notaires du corpus est sans doute le notaire Motte, dans Le notaire de Châteauneuf: "un homme de cinquante à soixante ans, vêtu de noir, d'une correction froide, presque excessive", au "front couronné de cheveux blancs et drus". Venu solliciter l'aide de Maigret, qui est à la retraite, à propos du vol d'objets en ivoire, le notaire, dont le sang-froid et la gravité donnent à l'ex-commissaire l'envie de plaisanter, n'en convainc pas moins celui-ci de mener l'enquête. Et Maigret se rend compte qu'il "s'était laissé comme envoûter" par ce "drôle d'homme maître de lui, au langage mesuré, à la politesse minutieuse".

  • On va retrouver quasiment la même situation dans Maigret à New York: le notaire de Jean Maura, M. d'Hoquélus, un vieux monsieur dont la gravité impressionne Maigret, réussit à convaincre celui-ci, et voilà notre ex-commissaire qui embarque pour la lointaine Amérique…

  • Dans Maigret se fâche, voici Me Ballu, qui habite quai Voltaire, à Paris: c'est le notaire de Bernadette Amorelle, et Maigret va le questionner à propos du testament fait par la vieille dame. Me Ballu est "très vieux […]. Ses lèvres étaient toutes jaunies par la nicotine, il parlait d'une petite voix cassée, puis tendait un cornet acoustique en écaille vers son interlocuteur." Les notaires parisiens semblent avoir moins de classe que les notaires de province…

  • Dans Maigret et le corps sans tête, voici le portrait d'un autre notaire de province, Me Canonge, "un bel homme d'environ soixante ans", "grand et fort, […] vêtu avec une recherche presque trop marquée", "le teint coloré sous ses cheveux argentés, […] soigné, rasé de près, peut-être discrètement parfumé à l'eau de Cologne", "il s'écoutait lui-même parler, avec pour tenir son cigare entre ses doigts soignés un geste bien à lui qui mettait en valeur une chevalière en or"; bref, une sorte de dandy égaré dans le monde austère des études notariales, mais qui n'en court pas moins l'aventure, lorsque ses affaires le font monter à Paris… Venu retrouver Maigret pour lui parler du passé d'Aline Calas, il entraîne le commissaire dans des boîtes de Montparnasse, où les deux hommes vont passer la plus grande partie de la nuit à boire…

  • D'autres notaires, nettement moins hauts en couleurs, sont là juste pour remplir leur office, sans que l'auteur ne donne de détails sur eux: ainsi, Me Audoin, dans Un échec de Maigret, venu constater le contenu du coffre-fort chez Fumal; ou Me Barbarin, à qui Maigret téléphone pour lui demander ce que contient le testament de Léonard Lachaume (Maigret et les témoins récalcitrants); ou encore Me Prijean, (Maigret et le clochard), à qui Maigret téléphone également, pour lui demander un renseignement sur l'acte de mariage des Keller; ou enfin Me Leroy-Beaudieu (Maigret et l'affaire Nahour), à qui Maigret téléphone pour lui demander des renseignements sur le testament de Félix Nahour.

  • Dans Maigret et les vieillards, le notaire du comte de Saint-Hilaire est Me Aubonnet, "un vrai vieillard, qui n'était même pas en fort bon état", qui a "conservé un certain embonpoint, mais son corps était mou, avec des plis partout. Un pied était chaussé d'un soulier, l'autre, à la cheville enflée, d'une pantoufle de feutre"; "la bouche était molle aussi, et les syllabes qui en sortaient formaient une sorte de bouillie"; on est loin de l'allure presque aristocratique de Me Canonge…

  • Le dernier notaire rencontré dans le corpus est, lui, bien différent: Maigret ne va pas le croiser en personne, et pour cause, mais il va devoir enquêter sur lui, puisqu'il s'agit de Me Sabin-Levesque (Maigret et monsieur Charles), disparu puis retrouvé assassiné. Ce dernier notaire est bien différent des vieillards distants ou séniles croisés par Maigret: "M. Charles" est un des notaires les plus importants de Paris, il a une très belle clientèle, il est brillant dans sa profession: il "gère les biens qui lui sont confiés avec un flair exceptionnel", ce qui ne l'empêche pas d'être agréable à fréquenter: "très gai, enjoué, qui prend la vie du bon côté", portant "des complets clairs, parfois des vestes de tweed à grands carreaux", "de taille moyenne […]. Quarante à quarante-cinq ans… Déjà bedonnant et grassouillet… Des cheveux blonds qui commencent à se faire rares et un visage poupin…"

5. Les facteurs

Le facteur est essentiellement, dans les Maigret, un personnage typique du monde rural. Juché sur son vélo, le facteur sillonne les routes des campagnes, des banlieues, trait d'union entre les habitants des villages. C'est donc dans ses enquêtes hors Paris que Maigret va croiser les facteurs.

  • Le premier facteur du corpus est celui que Maigret rencontre à Saint-Fargeau (M. Gallet, décédé), un facteur à vélo, "au cou violet d'apoplectique"; le commissaire l'interroge à propos du courrier reçu par Emile Gallet.

  • On croise un autre facteur à vélo dans Le fou de Bergerac; pas de détails sur lui: Maigret le voit juste, depuis sa chambre d'hôtel, qui apporte le sac postal au bureau de poste.

  • Le seul facteur rencontré à Paris se trouve dans Maigret: c'est celui que le commissaire voit entrer à l'hôtel, fouillant dans son sac de cuir, alors que Maigret attend une scie pour couper une rondelle dans un balai. L'apparition de ce facteur est d'ailleurs tellement étonnante, dans ce contexte, qu'on se demande si l'auteur ne l'a pas mis là uniquement pour le décor, pour compléter la scène ensoleillée d'une "joyeuse loufoquerie", telle qu'elle est décrite…

  • Le facteur suivant se trouve dans L'inspecteur cadavre. Ce facteur-ci est un peu plus détaillé, car il joue un rôle plus important dans l'intrigue: surnommé Josaphat, il boit beaucoup; Maigret l'interroge en vain sur la grosse somme d'argent reçue par Mme Retailleau.

  • Voici encore un autre facteur, au début de Félicie est là: il vient de monter la côte, passe à vélo, et annonce à Félice qu'il n'y a pas de courrier pour elle.

  • Encore un facteur, insulaire celui-ci, dans Mon ami Maigret: comme les autres habitants, il attend l'arrivée du bateau, coiffé d'une "casquette d'uniforme".

  • Le dernier facteur du corpus est celui de Saint-André (Maigret à l'école): nommé Ferdinand Cornu, il a perdu, probablement à la guerre, son bras gauche, remplacé par un crochet de fer; son visage est "du brun-rouge sanguin d'un homme qui passe ses journées au soleil", et lui aussi boit beaucoup.

6. Valets de chambre et maîtres d'hôtel

Du monde rural, nous allons grimper dans d'autres sphères sociales. Le dernier groupe de nos personnages secondaires est composé des gens de la domesticité, plus précisément des valets de chambre et maîtres d'hôtel (les termes sont quasiment interchangeables sous la plume de Simenon), qui exercent leur profession dans les "grandes maisons". Préposés à l'accueil des visiteurs, chargés de s'occuper des effets personnels de leur maître, le valet de chambre, et son pendant le maître d'hôtel, qui exerce en plus la fonction de servir à table, servent en quelque sorte d'enseigne au monde aristocratique.

  • Le premier valet de chambre croisé par Maigret dans le corpus se trouve dans M. Gallet décédé: il est au service de M. de Saint-Hilaire depuis seulement une année, ce qui met la puce à l'oreille du commissaire.

  • On rencontre ensuite un maître d'hôtel, nommé Delphin, chez le maire de Concarneau (Le chien jaune): ce grand bourgeois, habitant une villa à l'allure de "château féodal", se soit d'avoir une domesticité en rapport…

  • Le valet de chambre suivant est celui des Saint-Marc (L'ombre chinoise): dans l'aristocratique appartement de la place des Vosges, le domestique remplit son office en conscience: le soir, il tire les rideaux "lentement, consciencieusement"; à Maigret qui vient rendre visite à M. de Saint-Marc, il demande sa carte avant de le faire entrer; et il porte un gilet rayé, uniforme sui generis qu'on reverra souvent à ce genre de personnage dans le corpus.

  • On rencontre le prochain maître d'hôtel dans L'affaire Saint-Fiacre: prénommé Albert, il travaille au château, et le laisser-aller général se ressent aussi sur le personnel: la première apparition du maître d'hôtel est symptomatique: lorsqu'on ramène le corps de la comtesse, le maître d'hôtel se montre "à moitié en livrée"; plus tard, lorsque le comte ramène ses invités au château avant le dîner, il sonne le maître d'hôtel, qui se "fit longtemps attendre, arriva la bouche pleine, sa serviette à la main"; par contre, lors du dîner, il a retrouvé une certaine dignité, comme s'il sentait que le comte a repris la situation en main: Albert sert les convives "ses mains gantées de blanc", et quand il "apercevait une main tendue vers une bouteille, il s'approchait sans bruit. On voyait surgir son bras noir terminé par un gant blanc. Le liquide coulait. Et c'était fait dans un tel silence, avec une adresse telle […]"; puis, lorsque le comte a commencé de faire le tour de ses convives, comme des coupables possibles, et qu'il envoie Albert chercher le revolver, le maître d'hôtel devient en quelque sorte son second, une figure dédoublée du comte: "Et se tournant vers le maître d'hôtel, démon aux deux mains d'un blanc de craie"…

  • On aperçoit encore un "domestique en gilet rayé" dans Le fou de Bergerac; ou plus exactement, c'est Mme Maigret qui l'a vu, fermant les volets de chez M. Duhourceau, et qui raconte le fait à son mari, qui l'a envoyée enquêter à sa place.

  • Le valet de chambre suivant se trouve dans Monsieur Lundi, où il travaille comme valet de chambre et chauffeur chez le docteur Barion. Nommé Martin Vignolet, c'est "un homme de quarante-cinq à cinquante ans, aux os saillants, aux poils drus, dont l'origine campagnarde était évidente", et qui a vécu aux colonies, en Algérie. Il n'a donc pas tout à fait le physique classique de l'emploi, et sa mentalité même nous le prouve: bien que marié, il a fait la cour à la jeune Olga, qu'il a mise enceinte…

  • Le prochain valet de chambre est d'une autre trempe: il travaille chez Philippe Deligeard (La vieille dame de Bayeux), se prénomme Victor, et quand Maigret l'interroge, il "affectait dans ses réponses une précision toute mathématique, et Maigret apprit sans étonnement que c'était un ancien sous-officier d'artillerie".

  • Encore un "valet de chambre en gilet rayé", prénommé Jean, que Maigret aperçoit en train de battre des tapis, devant l'ancien hôtel de Forlacroix à Versailles (La maison du juge).

  • Le maître d'hôtel suivant travaille chez Ernest Malik (Maigret se fâche); prénommé Jean, il remplit son office "en veste blanche".

  • Le prochain valet de chambre travaille, en "veste de toile blanche", chez le Dr Bellamy (Les vacances de Maigret). Nommé Francis Decoin, il est blond, d'origine belge, et il a trente-deux ans; il est marié, mais séparé de sa femme, et il vit à présent avec la marchande de poisson, chez qui Maigret va longuement l'interroger à propos du docteur et de ses proches.

  • Dans La première enquête de Maigret, on va rencontrer un valet de chambre et un maître d'hôtel, travaillant tous les deux chez les Gendreau. Le premier est seulement évoqué par Germaine, la femme de chambre interrogée par Maigret: il se prénomme Albert, et il a été jockey jusqu'à l'âge de vingt et un ans; il est aussi l'amant de la cuisinière, qui se trouve être la femme du maître d'hôtel. Ce dernier, Louis Viaud, joue un rôle plus important dans l'histoire, puisque c'est lui qui frappe le flûtiste, et qui aide à faire disparaître le corps de Bob. Tout dévoué à Lise Gendreau, il s'accuse du meurtre à sa place. Lorsque Maigret le croise pour la première fois, il porte un "costume noir de maître d'hôtel": "plastron empesé, […], un col, une cravate noire"; "grand et large", "son menton rasé était bleuâtre, ses prunelles très sombres, ses sourcils noirs d'une épaisseur anormale". Plus tard, le matin où Maigret s'installe au Vieux-Calvados pour surveiller la maison des Gendreau, il voit Louis "en gilet rayé qui était venu se camper sur le trottoir, où il fumait tranquillement une cigarette". On apprendra encore que Louis est le fils d'un instituteur, et qu'il a cinquante-six ans.

  • Dans Maigret au Picratt's, il est fait mention d'un maître d'hôtel, "Angelino Luppin, trente-huit ans", qui travaillait chez le comte von Farnheim. Chez ce même comte a travaillé Oscar Bonvoisin, le meurtrier d'Arlette. Bonvoisin avait à l'époque trente-cinq ans, et il officiait comme valet de chambre-chauffeur. L'ancienne cuisinière que Maigret interroge décrit Oscar comme un homme "pas très grand. Plutôt petit. Et cela le faisait enrager au point qu'il portait de hauts talons comme une femme pour se grandir. […] C'était un homme renfermé, qui ne disait jamais ce qu'il faisait ni ce qu'il pensait. Il était très brun, les cheveux épais et drus plantés bas sur le front, et il avait d'épais sourcils noirs. […] Il était […] large d'épaules […], extraordinairement musclé".

  • On entrevoit encore un valet de chambre, non décrit, à qui Maigret téléphone chez les Delteil (Le revolver de Maigret).

  • Le maître d'hôtel des Vernoux, Arsène, (Maigret a peur) a droit à plus de présence. Lorsque Maigret et Chabot se rendent chez les Vernoux pour le bridge, le maître d'hôtel les accueille avec "une révérence silencieuse". Maigret va se rendre compte par la suite qu'il est l'auteur d'une des lettres anonymes. Voici comment Maigret le décrit:" brun de poil, la chair drue, [il] avait entre quarante et cinquante ans. Il donnait l'impression d'un fils de métayer qui n'a pas voulu cultiver la terre".

  • On va retrouver ce même genre de personnage, domestique qui veut couper les attaches avec la terre, dans celui d'Omer Calas (Maigret et le corps sans tête): fils d'un journalier ivrogne, Calas a travaillé quatre ans au château de Boissancourt en tant que valet de chambre, avant de séduire Aline et de s'enfuir avec elle à Paris. D'après la description qu'en fait le Dr Paul, Calas était "brun, pas très grand, plutôt petit, râblé, avec des muscles saillants, des poils sombres et drus sur les bras, les mains, les jambes et la poitrine".

  • Voici un autre valet de chambre issu de la campagne: c'est Victor Ricou, qui est au service de Ferdinand Fumal (Un échec de Maigret): lui porte aussi un gilet "rayé de jaune et de noir"; il a des sourcils très épais, le poil dru, le front bas; il est le fils d'un ivrogne, et Fumal l'a engagé pour lui "sauver la mise", car Victor avait été condamné pour avoir tué un garde en braconnant.

  • Encore quelques figurants qui ne font que passer: un autre maître d'hôtel qui introduit Maigret auprès d'Isabelle de V… (Maigret et les vieillards), un valet de chambre en gilet rayé qui passe l'aspirateur chez les Wilton (Maigret et le voleur paresseux), un valet de chambre en veste blanche qui introduit Maigret auprès de Mme Rousselet (Maigret et le clochard).

  • Un valet de chambre décrit avec un peu plus de détails est Carl, qui travaille chez Norris Jonker (Maigret et le fantôme): il est "très blond, très rose de teint, assez jeune"; il est le fils d'un des fermiers de Jonker; il porte une veste blanche; il travaille depuis plus de vingt ans chez les Jonker.

  • Voici encore un maître d'hôtel en veste blanche, qui est employé chez Me Parendon (Maigret hésite): nommé Ferdinand Fauchois, il accueille Maigret "avec une calme dignité"; "correct et compassé", il n'en est pas moins un ancien légionnaire; il est depuis huit ans au service des Parendon; lorsqu'il sert à table, il est "ganté de fil blanc".

  • Et encore quelques figurants: un valet de chambre en gilet rayé qui passe l'aspirateur chez les Batille (Maigret et le tueur), un maître d'hôtel en veste blanche chez Pepito Giovanni (La folle de Maigret), un valet à gilet rayé qui ouvre la porte chez le docteur Florian, et un maître d'hôtel, nommé Honoré, qui travaille chez les Sabin-Levesque (Maigret et monsieur Charles).

Ainsi se termine ce petit tour dans le corpus, avec ces quelques personnages secondaires, décrits en quelques traits caractéristiques qui les font s'incruster dans le décor où ils évoluent, mettant la "petite touche" supplémentaire qui rend si réelles les descriptions de Simenon…

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