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Paris Match
September 21, 1989

Georges Simenon - Dernier séjour à l'hôtel Beau-Rivage

Georges Simenon avait décidé, pendant que l'on refaisait les peintures chez lui, de passer trois semaines dans le palace le plus luxueux de Lausanne, le Beau-Rivage. Il y est resté six mois, du 15 novembre 1988 au 18 mai 1989. Après avoir visité les quelques suites qui forment le quatrième étage de l'hôtel, il s'est décidé pour la 415 d'où la vue sur le lac lui a semblé la plus séduisante. Le splendide piano à queue qui trône au milieu du salon l'a sans doute décidé dans son choix. 2 000 F suisses (8 000 F français) la nuit, il était conquis.

C'est donc le 15 novembre que Georges Simenon est arrivé au Beau-Rivage avec sa compagne Teresa et son infirmière, dans sa Mercedes 500 conduite par son chauffeur, le fidèle Vito. « Il n'y avait pas, m'a-t-on dit à l'hôtel, client plus agréable, plus délicieux, plus généreux, plus facile et plus simple. Il discutait avec le barman, avec le concierge aussi bien qu'avec le portier. C'était un homme de contacts. »

Dès 7 heures du matin, Teresa prenait son petit déjeuner avec l'infirmière. Simenon se réveillait à 9 heures pile et buvait un simple café. Un peu plus tard, au milieu de la matinée, il commandait un jus de carottes. Il prenait ses repas dans sa chambre, avec Teresa bien sûr, à 11 h 45 et à 18 h 45. Il appréciait le poisson mais avait aussi un faible pour les huîtres, la crème caramel, la cassata et le pamplemousse à condition qu'il soit épluché à vif. Tout cela arrosé d'un très bon bourgogne. Il faisait aussi venir de chez lui, préparées par sa cuisinière, quelques spécialités belges. « Son plat préféré m'a-t-on confié à l'hôtel, était les choux de Bruxelles assaisonnés à la belge. »

L'après-midi, Teresa l'emmenait dans son fauteuil roulant pour une promenade de deux heures au bord du lac. Vers 6 heures, il s'arrêtait, au retour, au bar du Beau-Rivage où, très régulièrement, il commandait une bière brune.

« Il était très lucide, m'a-t-on dit, diminué physiquement certes, mais il avait toute sa tête. Toutefois, il entendait mal mais si on parlait lentement, en articulant bien, il comprenait. Sinon, Teresa jouait les interprètes. Son état s'est petit à petit détérioré et les deux ou trois dernières semaines, il ne sortait plus. On le promenait dans les couloirs du quatrième étage et, quelquefois, il descendait au bar prendre son éternelle bière brune. Teresa lui lisait les journaux, avait de longues conversations avec lui. Le plus souvent, c'est elle qui leur servait les repas apportés dans sa chambre. "Laissez, disait-elle, je m'en occupe". »

C'était un très vieux monsieur mal en point, qui n'a pourtant jamais cessé de fumer sa pipe.

NOELLE NAMIA


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