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Maigret of the Month: La Première Enquête de Maigret (Maigret’s First Case)
6/09/06 –

In the latter months of 1947, Simenon was living in Tucson in Arizona where he wrote two Maigret novels in close sequence, Les Vacances de Maigret (A Summer holiday / No Vacation for Maigret / Maigret on Holiday) in November and Maigret et son mort (Maigret’s Special Murder / Maigret’s Dead Man) in December.

Simenon followed these two Maigret works with the novel La Neige Était Sale (The Stain on the Snow / The Snow was Black) completed on the 20th of March 1948. This is one of Simenon’s most powerful novels, set in an unnamed country under occupation, with the all pervading snow, in its various forms, acting as a symbol parallel to the strong narrative.

But Simenon’s stay in Tucson was coming to an end. Mrs. Kingan, the owner of the villa that Simenon was renting in West Franklin Street, wished to return to her property. Simenon decided to remain in Arizona, travelling nearly fifty miles due south to the village of Tumacacori, some ten miles from Nogales. the town on the Arizona/Mexican border. At the beginning of June 1948 at Tumacacori he rented two houses to accommodate his wife Tigy and their son Marc, Boule, himself and Denyse Ouimet.

Simenon’s first novel, written in August, in this part of Arizona was Le Fond de la Bouteille (The Bottom of the Bottle). This novel’s locations are Tumacacori and Nogales, and the theme is the relationship between two brothers.

During the Second World War, Georges Simenon’s younger brother Christian had associated himself with the Rexist organisation, a collaborative group, and at the end of the war he was being sought by the authorities. On the advice of Georges, Christian had joined the French Foreign Legion, only to be killed in action in French Indo-China (now Vietnam) at the end of October 1947. The novel Le Fond de la Bouteille is undoubtedly influenced by the relationship between Georges and Christian.

Simenon often said that writing the Maigret novels were a contrast and a relaxation from his other novels. Having written two non-Maigret emotionally charged novels, his next was La Première Enquête de Maigret (Maigret’s First Case) completed on the 30th of September 1948.

The previous two Maigret novels are very different in context from each other and this trend continues with his next, as the author goes back to the early part of Maigret’s career. It is April 1913; Maigret is twenty-six years of age, has been in the police for four years and has been married for five months.

Although Simenon did not know the Paris of April 1913 (at the time he was a boy of ten living with his parents and younger brother in the district of Outremeuse in the city of Liège in Belgium), he does give the reader a flavour of the period, although perhaps not so distinctive as when he came to live there.

The young Maigret is attached to one of the small district police stations in the Quartier Saint-Georges, part of the ninth arrondissement. (Simenon locates this establishment in the Rue de la Rochefoucauld, although in reality it was at N° 7 Rue Ballu, a few streets away. Was this a slip of memory, or, as in other cases, was he playing safe with a different address?).

At the beginning of the novel, Maigret’s night duty is interrupted when Justin Minard, a musician, reports an incident at the nearby house of a wealthy and well-connected family.

The whole novel is built around the contrast between the young Maigret experiencing his first investigation and the people with power and influence. Even Maigret’s superior, Commissaire Le Bret, who is a social visitor to he same wealthy family, instructs Maigret to take immediate leave, the implication being that if Maigret investigates on his own and “puts his foot in it”, the repercussions will not fall on the police force. This decision angers Maigret, who as he carries out his enquiries, also, at times, experiences frustration, humiliation and a sense of futility.

Apart from this being considered his first investigation, Simenon indicates certain actions that become traits throughout Maigret’s career. (Two years later in September 1950, Simenon took another look at Maigret’s life and career when he wrote Les Mémoires de Maigret (Maigret’s Memoirs).

Perhaps while writing Le Première Enquête de Maigret Simenon was drawing a parallel to his own beginnings in Paris, recently married and working as a secretary to the writer Binet-Valmer, who was far more involved with a certain political party.

Simenon has written an intriguing novel about the young Maigret, who at times is uncertain, doubtful and sceptical, acts on impulse and now and then not too clever, but eventually arrives at a credible conclusion.

 
The only translation is by Robert Brain who follows Simenon’s text closely.


A section of the map of Paris in 1925, showing most of the Quartier Saint-Georges (N° 33) with the Rues Chaptal, Henner, de la Rochefoucauld, Fontaine and Ballu (Albert Dauzat et Fernand Bournon, Paris et ses Environs, Librairie Larousse, Paris, 1925).

Peter Foord
UK

Maigret of the Month: La Première Enquête de Maigret (Maigret’s First Case)
6/12/06 –
 
Quelques réflexions

1. Ce roman est l'un des rares de la série des Maigret dans lequel Simenon évoque une date précise quant à l'année où se déroule l'action. Le romancier nous indique souvent le mois (et quelquefois au jour), mais plutôt, me semble-t-il, pour nous donner une idée sur la "coloration" de la saison à laquelle se passe l'histoire. Ainsi, par exemple, un roman se passant en novembre sera placé sous le signe de la pluie et du brouillard, le mois d'août conduira à une histoire où le commissaire souffre de la chaleur et attend avec impatience la pluie rafraîchissante d'un orage, tandis que le mois d'avril, comme ici, évoque le printemps, son "soleil guilleret", et un Maigret qui apprécie que "l'air était si vif, les rues de Paris d'une telle saveur qu'il avait marché et qu'il avait failli faire un détour par les Halles pour renifler l'odeur des légumes et des fruits de printemps".

Ce qui est intéressant dans La première enquête de Maigret, c'est cette date que Simenon a tenu à préciser. En effet, il mentionne que nous sommes en 1913 et que Maigret a 26 ans. Cela permettra aux lecteurs assidus et "collectionneurs maigretphiles" de tenter à partir de là une chronologie de la carrière de Maigret (cf Forrest et Drake). Ce que je trouve en outre passionnant quant à cette datation, c'est le fait que Simenon n'a donné qu'à deux autres reprises une date annuelle dans la série des Maigret: c'est le cas dans M. Gallet, décédé (début du chapitre 1, "27 juin 1930"), et dans Maigret et l'homme tout seul (chapitre 1, "On était en 1965").

On pourrait y ajouter Les mémoires de Maigret, où le commissaire nous dit qu'il a rencontré Simenon en 1927 ou 1928. Mais je mettrais ce dernier cas à part, puisque ce roman ne raconte pas vraiment une enquête, mais plutôt, entre autres, des souvenirs de Maigret.

Si l'on considère les trois romans La première enquête de Maigret, M. Gallet décédé et Maigret et l'homme tout seul, il nous apparaît qu'ils sont situés, dans leur ordre de rédaction, à trois moments importants de la série: M. Gallet décédé est un des tout premiers "Maigret" écrits par Simenon, La première enquête est environ au milieu de toute la liste des romans (dans les débuts de la série "Presses de la Cité"), et Maigret et l'homme tout seul est l'antépénultième de tous les romans de Maigret. On pourrait peut-être y voir comme une volonté, plus ou moins consciente, de Simenon de donner en quelque sorte des "balises" chronologiques sur la vie de son personnage: la jeunesse de Maigret et ses débuts dans la police dans les années 1915-1920, son travail en tant que commissaire dans les années 1930, et enfin sa fin de carrière dans les années 1960. Il est clair que si l'on s'arrête aux dates, cela représente pour Maigret une fort longue vie active, mais il ne faut pas oublier que le personnage a vécu une vie parallèle à celle de son romancier, et c'est pourquoi Simenon a été "obligé" d'adapter les dates en fonction de son temps d'écriture, afin de garder une certaine "contemporanéité" entre lui et son héros: ainsi, il a écrit M.Gallet décédé en 1930, donc l'action du livre est sensée se dérouler en 1930. La première enquête, écrite en 1948, évoque les débuts d'un commissaire qui, ayant environ la cinquantaine dans les romans de la même époque, peut fort bien avoir débuté en 1913. Enfin,L'homme tout seul, écrit en 1971, se doit, s'il veut évoquer les Halles disparues, de situer l'action vers 1965, quand celles-ci "n'avaient pas encore été transférées à Rungis " (cf chapitre 1), et peut mentionner un commissaire dans ses derniers années de vie active (il est sensé avoir 55 ans). La contradiction entre les datations n'est, à mon avis, qu'apparente, à cause justement de cette "contemporanéité" de plus en plus marquée que le romancier va vivre en parallèle avec son personnage. Celui-ci vieillit, sinon au même rythme, du moins en même temps que lui, et Maigret va de plus en plus, avec les années, avoir les mêmes réactions et sentiments face à la vie, que Simenon ( à moins que ce ne soit le contraire...).

2. C'est dans La première enquête de Maigret que l'on verra apparaître nombre de thèmes récurrents tout au long de la série: ainsi, on va y apprendre l'origine de l'amour du commissaire pour son poêle, ce fameux poêle évoqué dans de nombreux romans. On verra aussi naître chez le jeune Maigret le "déclic", qui "lui deviendrait si familier qu'il serait un jour légendaire au Quai des Orfèvres" (chapitre 4). C'est ici encore que le futur commissaire utilise pour la première fois la "maladie" pour l'aider à résoudre une enquête, une "technique" qu'il réemploiera souvent. C'est encore dans ce roman que Maigret fait sa première "planque" dans un bistrot, et découvre les "vertus" (!) de l'alcool pour l'aider à prendre de la "lourdeur". C'est enfin ici que Maigret évoque pour la première fois le "métier idéal" qu'il aurait voulu pratiquer: "raccommodeurs de destins" (chapitre 5, justement titré "La première ambition de Maigret").

3. Nous en apprenons encore dans ce roman un peu plus sur l'aspect physique du jeune Maigret: à 26 ans: il est encore maigre, a l'air d'un adolescent efflanqué et porte des moustaches roussâtres en pointes, comme il le rappellera dans Les mémoires de Maigret ("J'en avais d'assez longues, acajou, [...] terminées par des pointes effilées. Par la suite, elles se sont raccourcies jusqu'à n'être plus que des brosses à dents, avant de disparaître complètement.") et dans Les caves du Majestic, où l'on voit dans le bureau de Maigret " dans un cadre noir et doré, une photo d'ensemble de messieurs en redingote, en haut-de-forme, portant des moustaches invraisemblables et des barbes pointues: l'association des secrétaires de commissariat au temps où Maigret avait vingt-quatre ans!"

4. Dans ce roman apparaît aussi (chapitre 3) l'histoire du voleur à la tire que Maigret essaie d'attraper, et où la foule prend Maigret pour le voleur. On retrouvera le même épisode raconté dans Les mémoires de Maigret (chapitre 1) et dans Le revolver de Maigret (chapitre 6).

5. Dans cette première enquête, Maigret a d'emblée affaire à un milieu qui ne lui est pas familier; c'est pourquoi probablement il paraît parfois gauche et maladroit, et il va devoir "faire craquer tout un vernis de respectabilité", comme il le dit dans Les mémoires de Maigret, quand il fait allusion à ces enquêtes qui se déroulent dans des milieux "honorables et bien pensants". Plus d'une fois il aura affaire à ces gens d'un autre monde que le sien, comme par exemple dans Maigret et les témoins récalcitrants ou Maigret et les vieillards, pour ne citer que ceux-là.

[translation]
Some thoughts

1. This novel is one of the few in the Maigret series in which Simenon gives a precise date for the year the action takes place. The novelist often tells us the month (and sometimes the day), but rather, it seems to me, to give us an idea of the "coloring" of the season in which the story unfolds. So a novel taking place in November will be set, for example, with signs of rain and fog; the month of August will lead to a story where the commissioner endures the heat and awaits with impatience the refreshing rain of a storm; while the month of April, as here, evokes springtime, its "cheerful sun," and a Maigret who appreciates that "the air was so fresh, the streets of Paris of such a flavor that he had walked, and made a detour through Les Halles to sniff the odor of the vegetables and fruits of spring."

What is interesting in Maigret's First Case, is this date that Simenon was careful to specify. Indeed, he mentions that we are in 1913 and that Maigret is 26 years old, allowing regular readers and "Maigretphile collectors" to attempt a chronology of Maigret's career (cf Forrest and Drake). What I find additionally fascinating about this dating is the fact that on only two other occasions in the Maigret series did Simenon give a specific year – in Maigret Stonewalled [M. Gallet, décédé] (beginning of Chapter 1,"June 27, 1930"), and in Maigret and the Loner [Maigret et l'homme tout seul] (Chapter 1, "It was 1965...").

We might also add Maigret's Memoirs, where the Commissioner tells us that he met Simenon in 1927 or 1928. But I would set this one aside, since the novel doesn't relate an actual investigation, but rather, among other things, Maigret's memories.

If we consider the three novels Maigret's First Case, Maigret Stonewalled, and Maigret and the Loner, it appears that they are situated, in their order of writing, at three important moments in the series: Maigret Stonewalled is one of the very first Maigrets written by Simenon; Maigret's First Case is about in the middle of the list (at the beginning of the Presses de la Cité set); and Maigret and the Loner is the antepenultimate of all the Maigret novels. We see here perhaps the more or less conscious desire of Simenon to give some chronological "beacons" for his character's life – Maigret's youth and his beginnings in the police in 1915-1920, his work as Commissioner in the 1930s, and finally the end of his career in the 1960s. It is clear that if we stop at dates, it represents for Maigret a very long active life, but we mustn't forget that the character lived a parallel life to that of his creator, and that is why Simenon has been "obliged" to adapt the dates according to the time of writing, in order to maintain a certain "contemporaneity" between him and his hero: He wrote Maigret Stonewalled in 1930, and therefore the action of the book is felt to take place in 1930. Maigret's First Case, written in 1948, evokes the commissioner's beginnings that, he being about 50 in the novels of the same time, can well have started in 1913. And finally, in Maigret and the Loner, written in 1971, he must, if he wants to evoke the defunct Les Halles markets, situate the action around 1965, when these "had not yet been transferred to Rungis" (cf Chapter 1), and cite a Commissioner in his last years of active life (he seems to be 55). The apparent contradiction between datings is not, in my opinion, significant – caused precisely by this "contemporaneity," more and more indicating that the novelist will live in parallel with his character. The one ages, if not at the same rhythm, at least at the same time as the other, and Maigret grows more and more, with the years, to have the same reactions and feelings towards life, as Simenon (unless it is the other way around...).

2. In Maigret's First Case we see the appearance of a number of the recurrent themes of the series – we learn the origin of the Commissioner's love for his stove, the famous stove evoked in numerous novels. We see also the birth in the young Maigret of the mental "click", that "would become so familiar that it would one day be legendary at the Quai des Orfèvres" (Chapter 4). And it is here too that the future Commissioner for the first time uses his "illness" to help him to solve an investigation, a "technique" that he will reuse often. It is also in this novel that Maigret has his first stake-out in a café, and discovers the virtues (!) of alcohol to help him to handle the "heaviness". And finally it is here that Maigret evokes for the first time the "ideal profession" that he would have liked to exercise – "repairer of destinies" (Chapter 5, titled exactly "Maigret's first ambition").

3. We also learn in this novel a little more about the physical appearance of the young Maigret: At 26 he was still thin, reminiscent of a skinny teenager, with a reddish mustache in tips, as he would remind us in Maigret's Memoirs ("Mine was longish, reddish brown ... with pointed ends. Later it dwindled to a toothbrush, and then disappeared completely.") and in Maigret and the Hotel Majestic, where we see in Maigret's office "in a black-and-gold frame, a photo of a group of men in frock coats and top hats, with unlikely mustaches and pointed beards: the Association of Police Secretaries at the time when Maigret had been 24!"

4. It is also in this novel (Chapter 3) that the story appears where Maigret is trying to arrest a pickpocket, and the crowd takes him for the thief. We can find the same episode in Maigret's Memoirs (Chapter 1) and in Maigret Revolver (Chapter 6).

5. In this first investigation, Maigret is thrust into an affair in an unfamiliar milieu, which is why he probably sometimes appears gauche and clumsy. He is going to have to "crack off the varnish of respectability," as he says in Maigret's Memoirs, when he makes allusion to these investigations that take place in "honorable and highly regarded" surroundings. More than once will he have business with these people of another world than his own, as for example in Maigret and the Reluctant Witnesses [Maigret et les témoins récalcitrants] and Maigret in Society [Maigret et les vieillards], to name only two.

Murielle Wenger

Maigret of the Month: La Première Enquête de Maigret (Maigret’s First Case)
6/17/06 – Here's one more to add to Murielle's list of recurrent themes in Maigret’s First Case – Near the end of Chapter 8, Maigret more or less describes what we will come to recognize as "his method":

"Pourtant, il sentait si bien ce qu'il aurait fait si on lui avait laissé les mains libres ! Cette maison-là, qu'il apercevait du trottoir, il en aurait connu les moindres recoins, il aurait aussi connu les habitants, il n'y aurait plus rien eu de secret pour lui, en partant du vieux Balthazar qui était mort, pour aboutir à Lise Gendreau ou à Louis.
Ce qui s'était passé exactement dans la nuit du 15 au 16 n'était pas ce qui importait le plus, car ce n'était qu'un aboutissement. Il serait facile, quand il connaĆ®trait les pensées de chacun, de reconstituer leurs allées et venues."
"Nevertheless he knew exactly what he would have done if his hands had not been tied! In that house he could now see from the pavement, he would have become familiar with the smallest nook, would have got to know every occupant, and they would have had no secrets from him, starting from old Balthazar, who was dead, and finishing up with Lise Gendreau or Louis.
What exactly had happened on the night of the 15th was not what mattered most, since it was only the end of a chain of events. Once he knew everyone's thoughts, it would have been easy to reconstruct their movements."

Maigret's First Case, tr. Robert Brain.
[italics added]

ST

 

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