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Maigret of the Month: La pipe de Maigret (Maigret's Pipe)

2/19/12 –

Bibliographic points1

In November, 1944, while Simenon was staying in Sables-d'Olonne, he received a letter from a young publisher of Danish origin, Sven Nielsen, requesting him to write a preface for a book translated from Norwegian, entitled Traqué [Hunted]. Writing prefaces was an exercise to which Simenon was hardly accustomed, but, contrary to all expectations, he read the proofs, and wrote an enthusiastic preface, for which he refused any payment. Sven Nielsen, in gratitude, presented him with a pipe for Christmas of 1944.

In the spring of 1945, Simenon spent some time in Paris, and he was able to meet with Nielsen. This was the beginning of a long friendship. Simenon asked Nielsen to become his exclusive publisher, once he was free of the contract binding him to Gallimard until 1946. In the meantime, he offered to the publisher, to begin his house, an unpublished manuscript, written during the winter of 1940-1941, called Pedigree. The book appeared in December, 1945, under the title Je me souviens [I remember].

During that year, 1945, Simenon divided his time, awaiting his departure for America in October, between stays in the Vendée, Paris and London. In June, while staying in a small hotel in the Rue de Turenne, he wrote a story, La pipe de Maigret. It was the first time he'd taken up his character since L'inspecteur cadavre [CAD], written in March, 1943. In August, 1945, during a stay in Saint-Fargeau-Ponthierry, near Morsang, where he'd written the first Maigret novels, perhaps inspired by that memory, he wrote a short novel, Maigret se fâche [FAC], which appeared as a serial in Pierre Pierre Lazareff's brand new journal, France-Soir, from March to May, 1946. These two texts would be united into a single volume, which would be the first of the Collection Maigret to appear from the Presses de la Cité, in 1947, with the title, La pipe de Maigret.

While the non-Maigret novels were published in heavy patterned cardboard, the Maigret's only had a thin board without pattern, but in contrast they had jackets decorated with gouache paintings.

In the Maigret of the month for Maigret se fâche, Peter Foord made an interesting remark regarding the original edition of the novel. He said that the original cover had the title La pipe de Maigret, suivie de Maigret se fâche [Maigret's Pipe, followed by Maigret in Retirement], a title which resulted in some confusion as to the status - novel or story - of the second text. The title on the jacket, on the other hand, was only La pipe de Maigret. However, even more interestingly, in the republications2 of the novel, where there is no longer a jacket, but just an illustrated cover with the same title, La pipe de Maigret, the opening page shows a different title: La pipe de Maigret, précédé de Maigret se fâche [Maigret's Pipe, preceded by Maigret in Retirement].

And indeed, in these new editions, the text of Maigret se fâche does precede that of La pipe de Maigret. We might wonder, in this case, why they didn't change the title of the book. Probably La pipe de Maigret was "catchier" and more meaningful, besides the fact that it was under this title that the book was known since its first publication...

Mini-analysis of the story

This story, the longest, after Un Noël de Maigret [noe], that Simenon wrote for the corpus of the investigations of the Chief Inspector, is also, in my opinion, one of the nicest. Here we find, condensed, diverse elements which evoke Maigret's world... A description of places in the PJ, a word on Mme Maigret her family, a few sentences on the Chief Inspector's favorite inspectors, a visit to Charenton, another to the banks of the Marne, and a portrait of Maigret taken from different angles, from a Maigret slow and heavy soaking up like a sponge the places he visits, to the Maigret carrying out an arrest by force, crushing a tough opponent with his weight.

But what's even more enjoyable is the illustration of Maigret's relationship with his pipe, which is for him more than a simple object... It's an indispensible accessory to the Chief Inspector's operation. That's what Joseph Leroy understood well, and his motive for stealing one of Maigret's pipes... This pipe that the policeman gripped between his teeth helped him to understand, to find the solution to a problem. Like the pencil of the writer, Maigret's pipe is the tool which permits him to apprehend the world.


(1) A good part of the above information is from the book, Simenon et la vraie naissance de Maigret, by Francis Lacassin.
(2) See on this site a series of cover images.


Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, February 2012

original French

Maigret of the Month: La pipe de Maigret (Maigret's Pipe)

2/19/12 –

Repères bibliographiques1

En novembre 1944, alors que Simenon séjourne aux Sables-d'Olonne, il reçoit une lettre d'un jeune éditeur encore inconnu, Danois d'origine, nommé Sven Nielsen. Celui-ci lui demande d'écrire une préface pour un livre traduit du norvégien, dont le titre est Traqué. Ecrire des préfaces est un exercice auquel Simenon est peu accoutumé, mais, contre toute attente, il lit les épreuves, et écrit une préface enthousiaste, pour laquelle il refuse même tout honoraire. Sven Nielsen, reconnaissant, lui offre une pipe pour Noël 1944.

Au printemps 1945, Simenon effectue un séjour à Paris, et il en profite pour rendre visite à Nielsen. C'est le début d'une longue amitié. Simenon offre à Nielsen de devenir son éditeur exclusif, lorsqu'il sera libéré du contrat qui le lie à Gallimard jusqu'en 1946. En attendant, l'auteur propose à l'éditeur, pour lancer sa maison, un manuscrit inédit, écrit durant l'hiver 1940-1941, baptisé Pedigree. Le livre paraîtra en décembre 1945, sous le titre Je me souviens.

Pendant cette année 1945, Simenon partage son temps, en attendant son départ pour l'Amérique en octobre, entre des séjours en Vendée, à Paris et à Londres. Au mois de juin, lors d'un séjour dans un petit hôtel de la rue de Turenne, il écrit une nouvelle: La pipe de Maigret. C'est la première fois qu'il reprend son personnage, depuis L'inspecteur cadavre, achevé en mars 1943. Au mois d'août 1945, lors d'un séjour à Saint-Fargeau-Ponthierry, près de Morsang, où ont été écrits les premiers romans Maigret, peut-être inspiré par le souvenir des lieux, il écrit un court roman, Maigret se fâche, qui paraîtra en feuilleton dans le tout nouveau journal de Pierre Lazareff, France-Soir, de mars à mai 1946. Ces deux textes seront réunis dans un volume, qui sera le premier de la collection Maigret à paraître aux éditions des Presses de la Cité, en 1947, et qui porte le titre de La pipe de Maigret.

Alors que les romans non-Maigret sont édités avec un cartonnage épais décoré d'un motif, les romans Maigret n'ont qu'une couverture de carton mince sans motif, mais par contre ils reçoivent une jaquette ornée de dessins à la gouache.

Dans le Maigret of the month consacré à Maigret se fâche, Peter Foord avait fait une intéressante remarque à propos de l'édition originale du roman: il y disait que la couverture de l'édition originale portait le titre de La pipe de Maigret, suivie de Maigret se fâche, titre qui entraînait une certaine confusion quant au statut de roman ou de nouvelle du second texte. Le titre de la jaquette, par contre, était seulement La pipe de Maigret. Mais, ce qui est plus intéressant encore, c'est que, dans les rééditions2 de ce roman, où il n'y a plus de jaquette, mais seulement une couverture illustrée, qui porte toujours le titre La pipe de Maigret, la page de garde porte un titre différent: La pipe de Maigret, précédé de Maigret se fâche.

Et en effet, dans ces rééditions, le texte de Maigret se fâche précède celui de La pipe de Maigret. On peut se demander, dans ces conditions, pourquoi on n'a pas changé le titre du volume. Probablement le titre La pipe de Maigret était-il plus "accrocheur" et plus parlant, sans compter que c'est sous ce titre qu'était connu le volume depuis sa première publication...

Mini-analyse de la nouvelle

Cette nouvelle, la plus longue, à part Un Noël de Maigret, que Simenon ait écrite pour le corpus des enquêtes du commissaire, est aussi, à mon avis, une des plus jolies. On y retrouve, condensés, divers éléments qui évoquent le monde de Maigret: une description des locaux de la PJ, un mot sur Mme Maigret et sa famille, quelques phrases sur les inspecteurs favoris du commissaire, une visite à Charenton, une autre sur les bords de la Marne, et un portrait de Maigret pris sous divers angles, depuis un Maigret lourd et lent s'imprégnant comme une éponge des lieux qu'il visite, jusqu'au Maigret effectuant une arrestation en force, écrasant de son poids un coriace adversaire.

Mais ce qui est plaisant surtout, c'est l'illustration du rapport que Maigret entretient avec sa pipe, qui est pour lui bien plus qu'un simple objet: c'est un accessoire indispensable au fonctionnement du commissaire. C'est ce que Joseph Leroy a bien compris, et le motif pour lequel il a volé une pipe à Maigret: cette pipe que le policier serre entre ses dents l'aide à comprendre, à trouver la solution de l'énigme. Comme le crayon d'un écrivain, la pipe de Maigret est l'outil qui lui permet d'appréhender le monde.


(1) Une bonne partie des informations ci-dessous proviennent du livre Simenon et la vraie naissance de Maigret, de Francis Lacassin
(2) Voir sur ce site une série d'images de couvertures

Murielle Wenger

English translation

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