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Maigret of the Month: Peine de mort / Les larmes de bougie /Rue Pigalle (Death Penalty, Death of a Woodlander, In the Rue Pigalle)
12/24/10 –

Three stories, three locations, three atmospheres... Or how Simenon has the art of plunging his Chief Inspector into three very different types of "baths", which, each in its way, function to reveal Maigret's way of working...

The first of these stories, Death Penalty, tells us the story of a "tail", in which the Chief Inspector applies himself to following a suspect, badgering him without seeming to, like a monolithic block, taciturn as his creator sometimes describes him, especially in the Fayard cycle (see for example Maigret and the Enigmatic Lett [LET], where, there too, Maigret stays on Pietr's trail, from Fécamp to the Majestic): always on the heels of the suspect, an implacable mass, like "certain certain characters of a child's nightmare... who advance on the sleeper as if to crush him" ([Maigret and the Hundred Gibbets [PHO]), he stays there, awaiting the "slip" which will topple the suspect, the false step which will constitute a confession. The atmosphere of this story, and the Maigret described therein, evoke for me exactly Maigret and the Hundred Gibbets, and, as if by chance (though certainly not...), the denouement of the plot will come in Brussels, like that of the Hundred Gibbets in Liège, as if Maigret's "weight" was even heavier in Belgium...

The second story, Death of a Woodlander, plunges us into a completely different milieu, that which is sometimes called "deep France"... in a hamlet lost deep in the Orléans forest, where they live almost as if in the 19th century, it's a story of family hatred... even sharper for its being shared by two sisters, and at its base a story of money – such as Simenon has described in more than one novel, and also in the non-Maigrets> (see also the story Le deuil de Fonsine. Two sisters who had always lived together, but one had had a lover and the other not, and the hatred was all the stronger as the child of that love "profited" from the shared assets of the two sisters. A plan of vengeance, well mixed with hatred, had almost succeeded, but Maigret, who knows how to swim like a fish in the troubled waters of smoldering grudges, soon discovers the truth. And "soon" is hardly an exaggeration, since he had simply to see a drawing of the scene of the crime, to understand what had taken place. Born in the country, "of peasant stock" as they say in the story, he knew the ways of the village... He knew so well that here, no need for long ruminations, long interrogations... a little candle wax on a wine cask, and with a handsaw Maigret cuts to the quick...

The third story, In the Rue Pigalle, brings us back to Paris, in a district well known to the Chief Inspector, that of Montmartre. It's in the milieu of "punks" and "gangsters" that Maigret leads his investigation this time. Once more, it's not a question here of gathering physical evidence, or coming up with brilliant logical deductions, but of impregnating himself in an atmosphere, or merging into the ambiance... no forceful intervention, revolver in hand, of an acrobatic policeman, but simply "a heavyset man in a thick overcoat, who smokes his pipe, back to the stove, all the while warming a glass of alcohol in his hand", Maigret in one of his favorite poses, observing the life of a café around him, from time to time making an innocent-sounding remark. For he'd been observing everything without seeming to, for he let his observations settle in, to understand the role of the delivery truck at the building. Simenon, once more, has the art of being able to capture in a phrase the "Maigret method" — "But wasn't there also a considerable factor of professional skill, a knowledge of people, and even what's called 'flair'?" The experience of his years as a policeman, his ability to put himself in another's place, his intuition, there in three phrases are what makes Maigret such a special character...

"a heavyset man in a thick overcoat, who smokes his pipe, back to the stove, all the while warming a glass of alcohol in his hand" – Maigret as he is imagined on the cover of the 1964 Fayard edition of The Yellow Dog [JAU].

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, December 2010

original French

Maigret of the Month: Peine de mort / Les larmes de bougie /Rue Pigalle (Death Penalty, Death of a Woodlander, In the Rue Pigalle)
12/24/10 –

Trois nouvelles, trois lieux, trois atmosphères... Ou comment Simenon a l'art de plonger son commissaire dans des "bains" de types très différents, mais qui, chacun à sa façon, fonctionnent comme des "révélateurs" de la manière de travailler de Maigret...

La première de ces nouvelles, Peine de mort, nous raconte l'histoire d'une filature, dans laquelle le commissaire va s'appliquer à suivre un suspect, le harcelant sans en avoir l'air, à la manière d'un bloc monolithique et taciturne comme son créateur l'a parfois décrit, surtout dans le cycle Fayard (voir par exemple Pietr le Letton, où, là aussi, Maigret reste sur les traces de Pietr, depuis Fécamp jusqu'au Majestic): toujours sur les talons du suspect, masse implacable, comme "certains personnages des cauchemars d'enfant [...] qui avancent vers le dormeur comme pour l'écraser"(Le pendu de Saint-Pholien), il reste là, attendant la "faille" qui va faire basculer le suspect, le faux-pas qui constituera un aveu. L'atmosphère de cette nouvelle, et le Maigret qui y est décrit, évoque pour moi justement Le pendu de Saint-Pholien, et, comme par hasard (mais ce n'en est justement pas un...), le dénouement de l'intrigue se fera à Bruxelles, comme celui du Pendu se fait à Liège, comme si la "lourdeur" de Maigret était particulièrement prégnante et pesante dans le pays belge...

La deuxième nouvelle, Les larmes de bougie, nous plonge dans un tout autre milieu, celui qu'on appelle parfois "la France profonde": dans un hameau perdu au plus profond de la forêt d'Orléans, où l'on vit encore presque comme au XIXe siècle, c'est l'histoire d'une haine familiale, d'autant plus aiguë qu'elle est partagée par deux sœurs, avec à sa base une histoire d'argent – telle que Simenon en a décrit dans plus d'un roman, aussi dans les non-Maigret (voir aussi la nouvelle Le deuil de Fonsine). Deux sœurs ont vécu depuis toujours ensemble, mais une a connu l'amour et l'autre pas, et la haine en est d'autant plus vivace que l'enfant né de cet amour "profite" de la fortune commune aux deux sœurs. Un plan de vengeance, bien mijoté dans la rancœur, a failli réussir, mais Maigret, qui sait nager comme un poisson dans les eaux troubles des rancunes recuites, a tôt fait de découvrir la vérité – et "tôt" n'est pas peu dire, puisqu'il lui a suffi de connaître "sur plan" le lieu du crime pour comprendre de quoi il retournait: né à la campagne, "fils de paysan" comme il est dit dans la nouvelle, les histoires de village, il connaît... Il connaît si bien qu'ici, pas besoin de longues ruminations, de longs interrogatoires: un peu de cire de bougie sur un tonneau de vin, et c'est avec une scie que Maigret tranche dans le vif...

La troisième nouvelle, Rue Pigalle, nous ramène à Paris, dans un quartier typique bien connu du commissaire, celui de Montmartre. C'est dans le milieu des "marlous" et des "truands" que Maigret va mener cette fois son enquête. A nouveau, il ne s'agit pas ici de récolter des indices matériels, de mener de brillantes déductions logiques, mais de s'imprégner d'une atmosphère, de se fondre dans l'ambiance: pas d'intervention musclée et revolver au poing d'un policier acrobatique, mais juste un "gros monsieur en pardessus épais qui fume sa pipe le dos au poêle, tout en réchauffant dans sa main un verre d'alcool", Maigret dans une de ses poses favorites, observant la vie du café autour de lui, lançant de temps à autre une petite phrase à l'air innocent. Et c'est parce qu'il a tout observé sans en avoir l'air, parce qu'il a laissé ses observations se décanter en lui, qu'il comprend le rôle de la malle livrée dans l'immeuble. Simenon, à nouveau, a l'art de résumer en une phrase la "méthode" maigretienne: "Mais ne restait-il pas un sérieux pourcentage de métier, de connaissance des gens et même de ce qu'on appelle le flair ?" L'expérience de ses années de policier, sa capacité à se mettre à la place des autres, son intuition, voilà résumé en trois termes ce qui fait de Maigret un personnage tellement particulier...

"gros monsieur en pardessus épais qui fume sa pipe le dos au poêle, tout en réchauffant dans sa main un verre d'alcool" – Maigret tel qu'il est imaginé sur la couverture de l'édition Fayard de 1964 du Chien jaune.

Murielle Wenger

English translation

 

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