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Maigret of the Month: Le client le plus obstiné du monde (The Most Obstinate Customer in the World)

5/29/12 – This story is distinctive in that, while the plot may be somewhat serious, it exhibits a certain lightness, due especially to the fact that the author plunges his Chief Inspector into the springtime atmosphere which Maigret navigates with such pleasure.

The author chooses to present once more the theme of a "ménage à trois" (two sisters for the same man), as we've seen in other texts (bea or SCR, for example), but this time he introduces a variant - not only are the sisters twins, but further, the second sister is also married, which would make it a "ménage à quatre", except that the second husband is away (since he's in the colonies), which gives rise to the story...

The story is constructed on the motif of contrast, which appears in a number of elements... the contrast between the Café des Ministères, quiet and cozy, and the café Chez Léon, more popular and active; the contrast between the two customers in each of the cafés... the reserved M. Auger, capable of spending hours without moving, seated at the same table, and the noisy Combarieu, holding forth at the counter. The contrast between the obstinate customer, who, throughout the day, swallows only café au lait, and the customer in the restaurant, who orders a fancy meal, with escargots, sweetbreads and strawberries in cream. The contrast between the passionate love of Isabelle for her husband, and the commonplace person he appears to be.

The entire story is bathed in this light atmosphere of Parisian spring, which Simenon particularly emphasizes, with a sensual mode... the odor of the chestnut trees in bloom, the warmth of the air, the colors of the sky and the street. Maigret is literally bathed in this atmosphere, we feel that he savors it, as he savors the little glasses which accompany his investigation. We find in this text a rather unexpected Maigret, far from the monolithic grumbling hulk walking the damp streets of autumn. Springtime puts the Chief Inspector into a near euphoric state, to the extent that he allows himself not only to drink more than usual, but also some surprising actions... he buys a bouquet of violets, and he sings with Janvier in the taxi bringing them to Juvisy!

But we mustn't forget that Maigret, in other novels, also appreciates the spring, and that a good number of his cases take place in this season (see this recent study), that Simenon has often described. Considering only the example of the chestnut trees, whose flowering is, for the author, like the symbol of the renewal of spring, we can cite...

"Paris smelled of springtime. The chestnut buds had burst and let forth tiny leaves of a tender green.." (Maigret en meublé [MEU])

"The sun continued to shine, the chestnut trees to turn green." (Maigret hésite [HES])

"Maigret, Lucas and the two women found themselves on the sidewalk, under the chestnut trees, whose buds were soon to burst." (Les caves du Majestic [MAJ]).

And we note the two following points, concerning the construction of the story. First, the relatively late appearance of Maigret in the text - we recognize that it's rare in the corpus of the novels that Maigret is not present from the beginning (see here), but it's also true for the stories. In 18 stories Maigret appears in the first sentence; in eight, he appears slightly later (second or third sentence), in one story, not until the second paragraph, and in this novel, we have to wait a number of pages for mention of the name of the Chief Inspector.

Next, the very interesting use the author makes of his tenses. The story opens with a narration in the simple past tense, and then, from the description of the Café des Ministères, it moves into the present, then into the past perfect, which will detail, "hour by hour", the beginning of the day of Joseph and his customer. Until the moment of Janvier's arrival, the tense will stay the same, then, after the departure of Janvier, which introduces a break in the day, the tense reverts to the simple past and the imperfect, narrative tenses, which punctuate the narrative of the second part of the day, until the murder. Then the simple past is kept to tell of Maigret's investigation. This use of the present to introduce Joseph's story is very well chosen, for it puts the reader into the ambiance, seeing the action at the same time as Joseph, with the same rhythm, the same suspense, before reading how Maigret leads his investigation and solves the mystery, and, in the status of "participant in the action", the reader becomes spectator to the work of the Chief Inspector.


Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, May 2012

original French

Maigret of the Month: Le client le plus obstiné du monde (The Most Obstinate Customer in the World)

5/29/12 – Cette nouvelle a ceci de particulier que, malgré que le sujet de l'intrigue soit plutôt sombre, elle présente une certaine légèreté, due surtout au fait que l'auteur plonge son commissaire dans une atmosphère printanière où Maigret évolue manifestement avec plaisir.

L'auteur choisit de présenter une nouvelle fois le thème du "ménage à trois" (deux sœurs pour le même homme), comme on l'a vu dans d'autres textes (bea ou SCR, par exemple), mais cette fois, il introduit une variante: non seulement les sœurs sont jumelles, mais de plus, la deuxième sœur est elle-même mariée, ce qui devrait faire un "ménage à quatre", à ceci près que le deuxième mari est absent (puisqu'il est parti aux colonies), et de là va découler toute l'histoire...

Le texte de la nouvelle est construit sur le motif du contraste, dont on retrouve la trace dans plusieurs éléments: contraste entre le Café des Ministères, à l'atmosphère quiète et feutrée, et le café Chez Léon, plus populaire et plus remuant; contraste entre les deux clients de chacun des cafés: le discret M. Auger, capable de rester des heures sans bouger assis à la même table, et le bruyant Combarieu, pérorant devant le comptoir; contraste entre le client obstiné, qui, de toute la journée, n'avale que des cafés au lait, et la cliente du restaurant, qui commande un menu fin, avec escargots, ris de veau et fraises à la crème; contraste entre l'amour passionné porté par Isabelle à son mari, et le personnage banal que ce dernier représente.

Toute la nouvelle baigne dans cette atmosphère légère du printemps parisien, sur laquelle Simenon insiste particulièrement, sur un mode sensitif: odeur des marronniers en fleurs, tiédeur de l'air, couleurs du ciel et de la rue. Maigret se baigne littéralement dans cette atmosphère, on sent qu'il la savoure, comme il savoure les petits verres qui accompagnent son enquête. On découvre dans ce texte un Maigret assez inattendu, loin du bloc monolithique et grognon arpentant les rues mouillées de l'arrière-saison. Le printemps met le commissaire dans un état presque euphorique, au point qu'il se laisse aller non seulement à boire encore plus que de coutume, mais à avoir des gestes assez surprenants: il achète un bouquet de violettes, et il chante avec Janvier dans le taxi qui les ramène de Juvisy !

Il ne faudrait pourtant pas oublier que Maigret, dans d'autres romans, apprécie aussi le printemps, et que bon nombre de ses enquêtes se passent à cette saison (voir cette étude faire naguère), que Simenon a décrite à maintes reprises. Pour ne prendre que l'exemple des marronniers, dont la floraison est, pour l'auteur, comme le symbole du renouveau printanier, on pourra citer:

"Paris sentait le printemps. Les bourgeons des marronniers éclataient et laissaient jaillir de minuscules feuilles d'un vert tendre." (Maigret en meublé)

"Le soleil continuait à briller, les marronniers à verdir." (Maigret hésite)

"Maigret, Lucas et les deux femmes se retrouvèrent sur le trottoir, sous les marronniers, dont les bourgeons n'allaient pas tarder à éclater." (Les caves du Majestic).

On notera encore les deux points suivants, concernant la construction de la nouvelle: d'abord, l'apparition assez tardive de Maigret dans le texte; on sait que c'est rare dans le corpus des romans que Maigret ne soit pas présent dès le début (voir ici), mais c'est aussi vrai pour les nouvelles: dans 18 nouvelles, Maigret apparaît dès la première phrase, dans 8 nouvelles, il apparaît un peu plus loin (deuxième ou troisième phrase), dans une nouvelle, il n'apparaît qu'au second paragraphe, et dans cette nouvelle-ci, il faut attendre plusieurs pages pour voir mentionné le nom du commissaire.

Ensuite, l'utilisation très intéressante que fait l'auteur des temps verbaux: la nouvelle s'ouvre sur une narration au passé simple, puis, dès la description du Café des Ministères, on passe à un récit au présent, puis au passé composé, qui va détailler, "heure par heure", le début de la journée de Joseph et son client. Jusqu'au moment de l'arrivée de Janvier, on va garder le même temps verbal, puis, après le départ de Janvier, qui introduit une coupure dans la journée, le temps verbal se déroule au passé simple et à l'imparfait, temps narratifs, qui vont ponctuer le récit de la deuxième partie de la journée, jusqu'au meurtre. On va garder ensuite le passé simple pour raconter l'enquête de Maigret. Cette utilisation du présent pour introduire l'histoire de Joseph est très bien choisie, car elle met le lecteur dans l'ambiance, il vit l'action en même temps que Joseph, au même rythme que lui, sur le même temps de suspense, avant de lire comment Maigret mène son enquête et résout l'énigme, et, du statut de "participant à l'action", le lecteur devient spectateur du travail du commissaire.


Murielle Wenger

English translation

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