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Maigret of the Month: Le notaire de Châteauneuf (The Three Daughters of the Lawyer)

9/23/11 –

A lovely story, this one, rather unusual, since Maigret doesn't investigate a murder, but is occupied with a "simple" theft. But it's also an interesting story, because it is strewn with reminiscences, allusions to other Maigret cases.

In this story we find our Chief Inspector in retirement, a retirement which will be interrupted, once again, by a visitor who has come to solicit Maigret's help. And I have the impression that it's not only because of his reputation as an investigator that he is so often disturbed, but that it's also his author who cannot resist plunging his character "into the bath"... the bath where Maigret feels most comfortable, where he can sniff around and pry into in the nooks and crannies of everyday lives, apparently so peaceful...

Indeed, we can note this sort of "fatality", like history repeating itself, which drives Simenon, each time he tries to distance himself from his character – describing the last days of the Chief Inspector at the PJ, then his retirement – to bring him back, little by little, into service. So we find in the last two novels of the Fayard cycle, in L'écluse no 1 [ECL], Maigret is a week away from retirement, and in the following novel, entitled "symbolically", as if written, Maigret [MAI], the Chief Inspector is already retired. Simenon, petitioned by readers upset by Maigret's "disappearance", brings him back once more in a daily serial, but swears then that "this will be the last time" (see this text) that he will report one of the Chief Inspector's cases. However...

However, some two years later, appealed to once more by a newspaper publisher, Simenon, perhaps sad – who knows? – to have abandoned his character, agrees to bring to life some new adventures... and thus was born the series of stories which appeared in 1936-37 in Paris-Soir-Dimanche. In these stories, the Chief Inspector is once again active at the PJ.

A year passes, Simenon devotes himself to writing other novels, and then, in 1938, he is once more taken by Maigret, for another series of stories. And what's interesting to note is that this time the novelist follows exactly the opposite path of that of the Fayard series... he first writes five stories (ber, man, not, owe, ceu) where Maigret is retired but carries out his investigations nonetheless. This seems logical... it's hard to imagine Simenon telling us about the daily life, peaceful and without drama, of a retiree who fishes with a rod and reel in the Loire. Something must happen for the author to tell us again about his character. In a "non-Maigret", Simenon would describe an event which would upset the life of the quiet retiree, and in a story with Maigret, it's someone who comes to bring the ex-Chief Inspector some puzzling little thing...

Then, after these five stories "in retirement", the next one, (eto), shows us the Chief Inspector two days from retirement, and this will be, for this series, the last before Maigret returns to service. The four remaining stories (noy, sta, bay, amo) show us the Chief Inspector active at the PJ.

But the tale doesn't end there...

In 1939, Simenon writes two more stories (hom and ven) where the Chief Inspector is in active service, and then, during the war, another six novels for the Gallimard series, plus the story Menaces de mort [men]. In 1945, it's another long story, La pipe de Maigret [pip], followed by a short novel, Maigret se fâche [FAC], in which the Chief Inspector is once more put into retirement by his author, who is probably thinking of getting rid of his character, at the same time as he leaves "old Europe" to discover the New World. A new life, renewed writing, and the abandonment of a character who has taken perhaps a little too much space... But that's without considering that his new publisher, Sven Nielsen, who is also on the side of publishing "non-Maigrets", might benefit from the large printings associated with the adventures of the Chief Inspector. And it's also without considering the power of a character who haunts his author, like it or not...

And thus, established in Canada in 1946, Simenon writes a new Maigret novel, in which the Chief Inspector is again in retirement, Maigret à New York [NEW]. But this will be the last time... not the last time the author returns to his character, but the last time he'll show him in retirement. Henceforth, and through the last novel of the cycle, Maigret will be, forever, "the man of the Quai", trailing curls of pipe smoke from his office to the Brasserie Dauphine, from the Canal Saint-Martin to the streets of Pigalle, from his apartment on the Boulevard Richard-Lenoir to the little district bistros, with their odors of choucroute and fricandeau à l'oseille...

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, September 2011

original French

Maigret of the Month: Le notaire de Châteauneuf (The Three Daughters of the Lawyer)

9/22/11 –

Une jolie nouvelle que celle-ci, plutôt inhabituelle, puisque Maigret n'y enquête pas sur un meurtre, mais s'occupe d’un "simple" vol. Mais c'est aussi une nouvelle intéressante, parce qu'elle est parsemée de nombreuses réminiscences, d'allusions à d'autres enquêtes que Maigret a menées.

On retrouve, dans cette histoire, notre commissaire à la retraite, une retraite qui va être troublée, une fois encore, par un visiteur venu solliciter l'aide de Maigret. Et j'ai l'impression que c'est pas seulement parce que ces solliciteurs font appel à la réputation de l'enquêteur que celui-ci est si souvent dérangé, mais que c'est aussi son auteur qui ne peut s'empêcher de replonger son personnage "dans le bain", le bain où Maigret se sent le plus à l'aise, lorsqu'il peut renifler et fouiner dans les coins et recoins de petites vies en apparence bien tranquilles...

En effet, on pourra noter cette sorte de "fatalité", comme une "histoire qui se répète", qui entraîne Simenon, à chaque fois qu'il essaie de prendre de la distance avec son personnage, en décrivant les derniers jours du commissaire à la PJ, puis sa retraite, à le faire ensuite reprendre peu à peu du service: voyez ainsi les deux derniers romans du cycle Fayard: dans L'écluse no 1, Maigret est à une semaine de la retraite, et dans le roman suivant, intitulé "symboliquement", comme on l'a écrit, Maigret, le commissaire est déjà à la retraite. Simenon, sollicité par les lecteurs déçus de la "disparition" du personnage, fait revenir celui-ci le temps d'un feuilleton, mais il jure alors que "ce sera la dernière fois" (voir ce texte) qu'il racontera une enquête du commissaire. Et pourtant...

Pourtant, quelque deux ans plus tard, sollicité à nouveau par un éditeur de journal, Simenon, peut-être triste – qui sait ? – d'avoir abandonné son personnage, accepte de le faire vivre de nouvelles aventures ... et c'est ainsi que naît la série de nouvelles parues en 1936-37 dans Paris-Soir-Dimanche. Dans ces nouvelles, le commissaire est de nouveau actif à la PJ.

Une année passe, Simenon se consacre à l'écriture d'autres romans, puis, en 1938, le voilà repris par Maigret, pour une autre série de nouvelles. Et ce qui est intéressant à noter, c'est que, cette fois, le romancier suit exactement le chemin inverse de celui de la série Fayard: à savoir qu'il écrit d'abord 5 nouvelles (ber, man, not, owe, ceu) où Maigret est à la retraite – et où il mène cependant des enquêtes, ce qui semble finalement logique: on voit mal Simenon raconter la vie quotidienne, tranquille et sans histoires d'un petit rentier qui pêche au fil de la Loire...: il faut donc bien qu'il se passe quelque chose pour que l'auteur nous parle à nouveau de son personnage: dans un roman "non-Maigret", Simenon décrirait un événement qui viendrait perturber la vie de ce petit rentier, et dans une nouvelle avec Maigret, c'est quelqu'un qui vient apporter à l'ex-commissaire un petit fait perturbateur...

Donc, après ces 5 nouvelles "à la retraite", la suivante (eto) nous montre le commissaire à deux jours de la retraite, et ce sera, pour cette série, la dernière avant que Maigret reprenne du service: les 4 autres nouvelles (noy, sta, bay, amo) nous montrent le commissaire actif à la PJ.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là...

En 1939, Simenon écrit deux autres nouvelles (hom et ven) où le commissaire est en service actif, puis, pendant la guerre, il écrira encore les six romans de la série Gallimard, plus la nouvelle Menaces de mort. En 1945, c'est encore une longue nouvelle, La pipe de Maigret, suivi d'un court roman, Maigret se fâche, dans lequel le commissaire est de nouveau mis à la retraite par son auteur, qui pense probablement se débarrasser de son personnage, en même temps qu'il quitte la "vieille Europe" pour découvrir le Nouveau Monde. Une nouvelle vie, un renouveau dans l'écriture, et l'abandon d'un personnage qui a pris peut-être un peu de trop de place... Mais c'est sans compter, à la fois sur son nouvel éditeur, Sven Nielsen, qui tient aussi, à côté de la publication des "non-Maigret", à pouvoir bénéficier des tirages importants que rapportent les aventures du commissaire, mais c'est aussi sans compter sur la force d'un personnage qui hante son auteur, bon gré mal gré...

Et c'est ainsi que, installé au Canada, Simenon écrit en 1946 un nouveau roman de Maigret, dans lequel le commissaire est encore à la retraite: Maigret à New York. Mais ce sera la dernière fois... la dernière fois non que l'auteur reprenne son personnage, mais la dernière fois qu'il le montre à la retraite: dorénavant, et jusqu'au dernier roman du cycle, Maigret sera, et pour toujours, "l'homme du Quai", traînant les volutes de sa pipe de son bureau à la Brasserie Dauphine, du canal Saint-Martin au rues de Pigalle, de son appartement boulevard Richard-Lenoir aux petits bistrots de quartiers, où flottent des relents de choucroute et de fricandeau à l'oseille...

Murielle Wenger

English translation

 

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