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Maigret of the Month: Menaces de mort (Death Threats)

["Death Threats", an English translation of this story, can be read here]

7/23/12 –

Written during the winter of 1941-1942, between Signé Picpus [SIG] and Félicie est là [FEL], this story was serialized in the weekly Révolution Nationale in March and April, 1942. But why did it remain unpublished in a collection until 1992, when it appeared in Volume 25 of the Tout Simenon series? I have no answer to that question, but we can note the following. The "pre-war stories", appearing in various newspapers, were almost all published in the collection from Gallimard in 1944 (Les nouvelles enquêtes de Maigret), with the exception of two (L'improbable Monsieur Owen [owe] and Ceux du Grand-Café [ceu]), which remain uncollected until the Éditions Rencontre publication. The two stories written at the beginning of the war (L'homme dans la rue [hom] et Vente à la bougie [ven]), also appeared first in a newspaper, and were then published by Presses de la Cité, in the collection Maigret et les petits cochons sans queue, in 1950. Why didn't this story receive similar treatment? Two hypotheses come to mind. That the text was possibly "lost", or that the author had "forgotten" it - perhaps an unconscious rejection, for the journal in which the story had appeared went along with it...

Dear readers, if you have any answers to this question, please don't hesitate to let us know. I don't know if any answers can be found in the two collections where the story is found, Tout Simenon, mentioned above, and in Volume 10 of the collection Tout Maigret by Omnibus. I don't have either of these two, and so I can't verify the information*. And in the different books I have on Simenon, I haven't found any clue to an answer. It would be interesting to learn how the "rediscovery" of the text in 1992, came about, under what circumstances, and at whose instigation.

Nevertheless, we find in this story an unusual enough Maigret in his way of being and acting. Tantalized by young Éliane, whose figure he describes with uncustomary complacence, he lets himself be dragged, reluctantly enough, into this investigation, and above all lets things happen, observing more than acting, and if he finally reacts, it's as a last resort. He also uses a rather crude vocabulary, with some uncharacteristic vulgarity. Finally, he observes the people he is dealing with, with a certain detachment, and even some exasperation going almost to disdain. Far from the empathetic Maigret we meet in other texts...

We find in the story, however, some reminiscences of the corpus, both what the author is pleased to recall, and those announcing novels yet to come. Thus we note the description of the Chief of the PJ, whose "white goatee" and participation in the Bonnot affair clearly evoke Xavier Guichard; and the allusion to a murder committed at the lock at La Citanguette found in La péniche aux deux pendus [pen] (La Citanguette is also, obviously, the name of a bistro, situated elsewhere, that Heurtin fled to in La tête d'un homme [TET]). As for the way Émile Grosbois treats his family, and the developments of the Sunday meal at Coudray, we find certain elements which will be picked up again – with necessary modification – in the novel L'Ecluse no 1 [ECL], and his Sunday at Samois, where the principal character, Ducrau, is also named Émile...

For the rest, we find certain characteristic details of Maigret's character and world... his attachment to his pipe, his way of sitting as carefully as possible in light, rickety chairs, which support his weight with difficulty, his way of observing the people he talks with "without seeming to", his black notebook, where, for once, he makes a few notes on his impressions, and his way of carrying out the reconstruction at the end of the case.

But the most unexpected, in this text, is to discover how, explicitly, Maigret is an "enjoyer of life". We already knew that he liked to savor all the little things of life, a ray of sunshine on his desk, the odors of the vegetable market, the whistle of the tugs of the barges on the Seine, or the taste of a little white wine in the shade of a bistro. But this is one of the rare times where we read in the text how Maigret feels this pleasure of life. Indeed, in spite of the uneasiness caused by the atmosphere of this investigation – or precisely because of this discomfort – he begins to "philosophize", to express a rather strong opinion on the way to live one's life... "It seems to me that these people... wantonly destroy beautiful things, a fine life, endless possibilities... It's so rare to meet someone who knows how to live!"

Yes, and without a doubt, it's the Chief Inspector himself who knows how to live, savoring all the little joys which come within his range...


Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, July 2012

original French

NB - Tout Simenon: "This story, long unknown to bibliographers, appeared in numbers 21 through 26 of the weekly, Révolution nationale in March and April, 1942. It has not been republished since.

Maigret of the Month: Menaces de mort (Death Threats)

6/23/12 –

Ecrite durant l'hiver 1941-1942, soit entre Signé Picpus et Félicie est là, cette nouvelle a paru en feuilleton dans l'hebdomadaire Révolution Nationale entre mars et avril 1942. Mais pourquoi n'a-t-elle paru en recueil pour la première fois qu'en 1992, dans le tome 25 de la collection Tout Simenon ? Je n'ai pas la réponse à cette question, mais on peut remarquer les points suivants: les "nouvelles d'avant-guerre", parues dans différents journaux, ont été quasiment toutes reprises dans le recueil paru chez Gallimard en 1944 (Les nouvelles enquêtes de Maigret), à l'exception de deux textes (L'improbable Monsieur Owen et Ceux du Grand-Café), qui ne seront édités pour la première fois qu'aux éditions Rencontre. Les deux nouvelles écrites au début de la guerre (L'homme dans la rue et Vente à la bougie), parues aussi d'abord dans un journal, ont été publiées ensuite aux Presses de la Cité, dans le recueil Maigret et les petits cochons sans queue, paru en 1950. Pourquoi cette nouvelle-ci n'a-t-elle pas connu un sort identique ? Deux hypothèses peuvent se présenter à notre esprit: le texte en avait peut-être été "perdu", à moins que son auteur ne l'ait "oublié", peut-être par un rejet inconscient, car le journal où cette nouvelle avait paru était d'esprit collaborationniste...

Amis internautes, si vous avez des réponses à cette question, n'hésitez pas à nous le faire savoir. Je ne sais d'ailleurs pas si on pourrait trouver quelques éléments de réponse dans les deux recueils où on peut trouver cette nouvelle, soit le Tout Simenon mentionné plus haut, soit dans le volume 10 de la collection Tout Maigret paru chez Omnibus. Je ne dispose d'aucun de ces deux volumes, et je n'ai pas pu vérifier l'information.* Quant aux différents livres que je possède sur Simenon, je n'y ai trouvé aucun indice de réponse. Il serait intéressant de savoir comment s'est passée la "redécouverte" de ce texte en 1992, dans quelles circonstances, et qui en a été l'instigateur.

Nonobstant, on trouve dans cette nouvelle un Maigret assez inhabituel dans sa façon d'être et d'agir: émoustillé par la jeune Eliane, dont il détaille les formes avec une complaisance plus étalée que de coutume, il se laisse entraîner assez à contrecoeur dans cette enquête, et surtout il laisser aller les événements, observe plus qu'il n'agit, et s'il finit par réagir, c'est en dernier recours. Il use aussi d'un vocabulaire assez cru, plus vulgaire que celui qu'il emploie d'habitude. Enfin, il observe les gens à qui il a affaire avec un certain détachement, et même une certaine exaspération qui va presque jusqu'au dédain. On est loin du Maigret empathique qu'on rencontre dans d'autres textes...

On retrouve cependant dans le texte quelques réminiscences du corpus, soit que l'auteur s'est amusé à rappeler, soit qui annoncent d'autres romans futurs: ainsi, on notera la description du chef de la PJ, dont la "barbiche blanche" et la participation à l'affaire Bonnot nous évoquent évidemment Xavier Guichard; ou l'allusion au meurtre commis à l'écluse de la Citanguette qu'on trouve dans La péniche aux deux pendus (la Citanguette est aussi, évidemment, le nom du bistrot, situé ailleurs, où s'est réfugié Heurtin dans La tête d'un homme). Quant à la façon dont Emile Grosbois traite sa famille, et le déroulement du repas et de la journée du dimanche au Coudray, on y trouve quelques éléments qui seront repris – avec les modifications nécessaires – dans le roman L'Ecluse no 1, et son dimanche à Samois, dont le personnage principal, Ducrau, se prénomme aussi Emile...

Pour le reste, on retrouve certains détails caractéristiques du personnage et du monde de Maigret: son attachement à sa pipe, sa manière de s'asseoir le plus précautionneusement possible dans les fauteuils légers et branlants, qui supportent non sans peine son poids, sa façon de regarder ses interlocuteurs "sans en avoir l'air", son calepin noir où, pour une fois, il prend des notes sur ses impressions, ou sa manière de procéder à une reconstitution en fin d'enquête.

Mais le plus inattendu, dans ce texte, c'est de découvrir comment, de façon explicite, Maigret est un "jouisseur de la vie": on savait déjà qu'il aimait à savourer toutes les petites choses de l'existence: un rayon de soleil sur son bureau, l'odeur des marchés de légumes, le sifflet des remorqueurs de péniches sur la Seine, ou le goût d'un petit vin blanc à l'ombre d'un bistrot. Mais c'est une des rares fois où on lit textuellement comment Maigret ressent ce plaisir de vivre: en effet, malgré le malaise où le met l'atmosphère de cette enquête – ou justement à cause de ce malaise – le voilà qui se prend à "philosopher", à émettre une opinion plutôt tranchée sur la manière de vivre sa vie: "Il lui semblait que ces gens-là [...] gâchaient comme à plaisir de la belle matière, de la belle vie, des possibilités infinies. [...] C'est si rare de rencontrer quelqu'un qui sache vivre!"

Oui, et sans doute, le commissaire, lui, sait vivre, en appréciant tous les petits bonheurs qui passent à sa portée...


Murielle Wenger

English translation

NB Tout Simenon: "Cette nouvelle, restée longtemps inconnue des bibliographes, a paru dan les numéros 21 à 26 de l'hebdomadaire Révolution nationale en mars et avril 1942. Elle n'a pas été rééditée depuis."

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