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Maigret of the Month: La maison de l'inquiétude [The House of Anxiety]

11/19/12 –

This fourth proto-Maigret – in the order of writing - is special in that it was the first Maigret published… not as a book, but serialized in the weekly L'Œuvre, between March and April, 1930. It was published in book form in February, 1932, by Tallandier, in the series "Criminels et policiers" [Cops and Robbers], the same series which a year later hosted La femme rousse. And so readers discovered this new, atypical character almost a year before his official launching at the famous Boule blanche ball… And yet, there was nothing to suggest that the Chief Inspector would achieve his well-known success, and this serial probably didn't stand out from the innumerable texts of the same sort which could be read in any journal of those years between the wars…

Why didn't this novel, La maison de l'inquiétude, considered by many "Simenonists" to be the best of the proto-Maigrets, receive the honors of the official corpus? For it combines (almost) all the ingredients of a "true" Maigret... the story opens with a characteristic scene, an office at the Quai des Orfèvres, bathed in the mist of a November night. Maigret is present from the beginning, and his description is familiar - he has "massive hands", "enjoys grumbling", wears "no jacket, no false collar". Interrupted in the midst of writing a report, on a desk shared with empty beer glasses... he listens to a young woman whose visit will set off an investigation, while he fills his pipe "with slow movements".

The Chief Inspector, unlike in the other three proto-Maigrets, will be present throughout the entire story, will narrate his way of leading an investigation, which is that which we will come to know... "hands in his pockets, hat pushed back on his head", he questions the concierge, rummages through the victim's house, ponders the information he collects little by little, feels a certain empathy for the characters he encounters, and searches for the truth more by depending on his feelings than by using a logical method.

So why then is this novel considered just a test - almost successful - and not one of the official novels of the corpus?

In fact, if you look more closely, while it's almost a true Maigret case, there are still some "little flaws" that the author will learn to eliminate in future texts. The novel, though a detective story, still retains some "tricks" of the popular novels... the identity of a character taken up by another (the theme of "twins" that Simenon will use, refined, in Pietr le Letton), relatively schematic characters, traditional genres, theatrical endings, Maigret's after-the-fact explanations of events, to justify, in a way, vagaries of the plot.

But above all, what makes it different from novels of the corpus, is that while Maigret takes center stage, there are still descriptions by a narrator – and the view of the reader – from "outside". Simenon "tells" how the Chief Inspector feels things, how he imagines them, how he tries to understand. That's the difference in the novels which follow, where Maigret's impressions are described from "inside", as if the world of the story were seen through the eyes of the main character. In the official corpus, the reader "sees and thinks" through Maigret, experiences things like he experiences them, and it's Simenon's talent that he succeeds in presenting a neutral and "objective" detective story, with a "subjective" view of the investigation, where the reader is involved with the hero…

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, November 2012

original French

Maigret of the Month: La maison de l'inquiétude [The House of Anxiety]

11/19/12 –

Ce quatrième "proto-maigret" – dans l'ordre de rédaction-, a ceci de particulier qu'il a été la première enquête de Maigret à être publiée… Non en volume, mais en feuilleton, dans le quotidien L'Œuvre, entre mars et avril 1930. Pour l'édition en volume, il faut attendre février 1932, lorsque ce roman paraît chez Tallandier, dans la collection "Criminels et policiers", la même collection qui accueillera une année plus tard La femme rousse. Les lecteurs ont donc découvert ce nouveau personnage atypique près d'une année avant son lancement officiel lors du fameux bal de la Boule blanche… Et pourtant, rien alors ne semble prédestiner le commissaire à connaître le succès que l'on sait, et ce feuilleton n'est probablement pas sorti du lot des innombrables textes de la même eau que tout un chacun pouvait lire dans un quelconque de ces journaux d'entre-deux-guerres…

Pourquoi le roman qui nous occupe aujourd'hui, considéré par les simenoniens comme le meilleur des "proto-maigret", n'a-t-il pas eu les honneurs du corpus officiel ? Il réunit cependant (presque) tous les ingrédients d'un "vrai Maigret": l'intrigue s'ouvre sur un décor caractéristique, celui d'un bureau du Quai des orfèvres, baigné dans le brouillard d'une nuit de novembre. Maigret est présent dès l'ouverture du texte, et la description qui est faite du personnage lui ressemble déjà: il a de "grosses mains", il est "volontiers grognon", et "sans veston, sans faux col", il est en train d'écrire un rapport sur un bureau où traînent des verres à bière vides. Tout en écoutant la jeune femme dont la visite va déclencher l'enquête, il bourre une pipe "avec des gestes lents".

Le commissaire, à la différence des trois autres "proto-maigret", va être présent tout au long du récit, qui va narrer sa façon de mener une enquête, façon qui est aussi déjà celle qu'on va lui connaître par la suite: "les mains dans les poches, le chapeau repoussé sur la nuque", il interroge la concierge, furète chez la victime, rumine les informations qu'il recueille peu à peu, se prend d'une certaine empathie pour les personnages qu'il côtoie, recherche la vérité sans employer une méthode rationnelle, mais en utilisant ses sensations.

Alors, pourquoi ce roman reste-t-il cependant encore un essai – presque abouti – et ne rentre-t-il pas dans le cadre des romans officiels du corpus ?

En fait, en y regardant de plus près, si c'est déjà presque une véritable enquête de Maigret, il y reste encore quelques "petits défauts" que l'auteur va apprendre à supprimer dans ses textes futurs: le roman, quoique policier, conserve encore les "trucs et ficelles" du roman populaire: identité d'un personnage empruntée par un autre (le thème de la "gémellité" que Simenon va reprendre, en l'affinant, dans Pietr le Letton), personnages assez schématiques et traditionnels du genre, dénouement théâtral, explications a posteriori de Maigret sur les événements pour justifier, en quelque sorte, les incohérences du scénario.

Mais surtout, ce qui fait la différence d'avec un roman du corpus, c'est que si Maigret tient le devant de la scène, il y encore décrit par le narrateur – et partant vu par le lecteur – "de l'extérieur": Simenon "raconte" comment le commissaire ressent les choses, comment il les imagine, comment il tente de les comprendre. Ceci à la différence des romans qui suivront, où les impressions de Maigret seront décrites "de l'intérieur", comme si le monde du récit était vu à travers les yeux de son personnage principal: dans le corpus officiel, le lecteur "voit et pense" à travers Maigret, il éprouve les choses comme celui-ci les éprouve, et c'est le talent de Simenon, qui a réussi à passer d'une narration neutre et "objective" d'un récit policier à un récit "subjectif" de l'enquête, où le lecteur se retrouve partie prenante du héros…

Murielle Wenger

English translation

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