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Maigret of the Month: Maigret hésite (Maigret Hesitates)
9/25/09
1. A mini-analysis of the novel In this novel, we find Maigret in an uncommon situation, similar to that of Maigret has Scruples, where a crime is announced in advance and where the Chief Inspector must lead an a priori investigation, in other words, before the murder has been committed. Maigret is faced with the challenge of discovering a murderer before he acts, and we realize how difficult and delicate the situation can be for the policeman, who must, here more than ever, base everything on his intuition, rather than facts, since before the crime, there are no physical clues to use... Maigret, inserting himself into the life of a family with the task of discovering its secrets, naturally hesitates to name the future perpetrator (but how could he do otherwise?), and he cannot prevent the murder from taking place... In his feelings before the body of Mlle Vague, besides the fact that he felt for her a certain liking, isn't there perhaps some remorse for not having been able to act in time... If Simenon places his Chief Inspector in a situation both artificial and difficult, it's because it allows him to develop a favorite theme, always present in his work, Maigrets and non-Maigrets included: that of responsibility, symbolized here by Article 64, which appears as a leitmotif. Maigret – and Simenon – refuse to judge, to assign culpability: the Chief Inspector arrests Mme Parendon because he has discovered the truth. It's certainly she who is guilty, that is, who has committed the crime, but is she responsible for her actions? Is her "madness" an excuse, an explanation, a justification? I also like this novel because it is filled with allusions both to Maigret's memories and "sensations" (memories of youth and sensations of the manifestations of spring) and both the "method", or more exactly the manner in which Maigret leads an investigation, "immersion" into places, attempting to understand people's motivations, and his "ruminations" during the case... Finally, the characters who people this novel make a fascinating gallery, whether hardly more than sketches, like the Parendons' staff, a little more detailed, like Bambi and Gus (and we note that the latter's motives for writing the anonymous letters to Maigret remain, in spite of everything, less than clear...), or stronger and more complete, like Parendon, his wife, and Mlle Vague.
All this results in a novel which cries out for cinematographic adaptation, which is perhaps the reason why the version with Bruno Crémer [Maigret chez les riches] is so splendid, in fact, the most successful episode of the series. The few modifications of the plot take nothing from its quality, and it's the setting for several memorable scenes, which encourage watching again... the meeting between Maigret and Parendon (masterfully interpreted by Michel Duchaussoy), or the scene where Ferdinand, the maître d', brings a plate of food to each of the family members, symbolically isolated in their rooms, as they are isolated in mutual incomprehension...
There are few animals in the Maigrets. Some allusions to the chickens and rabbits that the Chief Inspector was reluctant to kill in his childhood, some dogs (among them a yellow one, above all...), one or two horses (often hitched to a hearse), the singing of the birds in spring, a shy squirrel and some fish. But if the world of the Chief Inspector has relatively few animals, the one most often cited is probably the cat. When Simenon introduces an animal in a description or a plot, it's never without a reason, no more than when he mentions a barge passing on the Seine, or a light from a streetlamp in the night... All these details serve to emphasize an "atmosphere", to introduce a nuance into the tempo of the action or into the feelings of the Chief Inspector with regard to his case... Thus, the orange cat which stretches himself out in the sun mentioned above, contrasts, in its peaceful image, with the heavy atmosphere of the Parendon house after the discovery of the murder. If you will, let's review several cats discovered in the corpus...
We note once more in passing that Maigret himself had a cat... but only once, when he was retired: besides the chicken, rabbits, and Mme Maigret's goat, we find a cat strolling in the garden at Meung-sur-Loire...
Murielle Wenger
translation: S. Trussel |
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Maigret of the Month: Maigret hésite (Maigret Hesitates)
9/25/09
1. Une mini-analyse du roman
Dans ce roman, on retrouve Maigret dans une situation non habituelle, sur le même principe que le roman Les scrupules de Maigret, où un crime est annoncé et où le commissaire doit mener une enquête a priori, c'est-à-dire avant que le crime soit commis. Maigret est mis au défi de découvrir un meurtrier avant qu'il ait agi, et on comprend combien la situation peut être difficile et délicate pour le policier, qui doit, ici et plus que jamais, se baser sur son intuition et non sur des faits, puisqu'avant le crime, il n'y a pas d'indices matériels sur lesquels se baser... Maigret s'introduit dans la vie d'une famille, tâche d'en découvrir les secrets, hésite bien évidemment à désigner le futur coupable (mais comment aurait-il pu faire autrement ?), et il ne pourra pas empêcher le meurtre d'avoir lieu... Dans son émotion devant le corps de Mlle Vague, à côté du fait qu'il éprouvait pour elle une certaine sympathie, peut-être y a-t-il un certain remords de n'avoir pas pu ni su agir à temps... Si Simenon place son commissaire dans une situation à la fois fausse et difficile, c'est parce que cela lui permet de développer ce thème qui lui est cher entre tous, et toujours plus présent au fil de l'œuvre, Maigret et non-Maigret compris: celui de la responsabilité, symbolisé ici par l'article 64 qui revient comme un leitmotiv. Maigret – et Simenon – se refuse de juger, de décider de la culpabilité: le commissaire arrête Mme Parendon parce qu'il a découvert la vérité: c'est bien elle la coupable, c'est-à-dire celle qui a commis le meurtre, mais est-elle responsable de son acte ? Sa "folie" est-elle une excuse, une explication, une justification ?
J'aime ce roman aussi parce qu'il est chargé d'allusions à la fois aux souvenirs et aux "sensations" de Maigret (souvenirs de jeunesse et sensations devant les manifestations du printemps) et à la fois à la "méthode", plus exactement à la manière dont Maigret mène une enquête: "imprégnation" des lieux, tentative de comprendre les motivations des hommes, "rumination" pendant l'enquête...
Enfin, les personnages qui peuplent ce roman font une galerie passionnante, qu'ils soient à peine plus qu'ébauchés comme les gens du personnel des Parendon, un peu plus précisés comme Bambi et Gus (notons d'ailleurs que les motivations de ce dernier pour écrire les lettres anonymes à Maigret restent malgré tout peu claires...), ou plus complets et plus forts comme Me Parendon, sa femme, et Mlle Vague.
Tout cela fait qu'un tel roman ne peut que donner l'envie d'une adaptation cinématographique, et c'est peut-être la raison qui fait que la version avec Bruno Crémer, magnifique, en fait l'épisode le plus réussi de la série. Les quelques modifications dans l'intrigue n'enlèvent rien à sa qualité, et c'est l'occasion de quelques scènes mémorables, que je vous engage à revoir: la rencontre entre Maigret et Me Parendon (magistralement interprété par Michel Duchaussoy), ou la scène où Ferdinand, le maître d'hôtel, apporte un plat de nourriture à chacun des membres de la famille, symboliquement isolés dans leur chambre, comme ils sont isolés dans l'incompréhension mutuelle...
"Debout devant la fenêtre, il buvait son vin à petites gorgées en regardant vaguement la cour, qu'il voyait pour la première fois vide de voitures, avec seulement un chat roux qui s'étirait dans une tache de soleil. Comme Lamure lui avait dit qu'il n'y avait pas un seul animal dans la maison, en dehors d'un perroquet, cela devait être un chat du voisinage qui avait cherché un endroit paisible." (chapitre 6) Peu d'animaux dans les Maigret: quelques allusions aux poulets et aux lapins que le commissaire répugnait à tuer dans son enfance, quelques chiens (dont un jaune, surtout...), l'un ou l'autre cheval (souvent attelés à un corbillard), des chants d'oiseaux au printemps, un écureuil farouche et quelques poissons, mais le monde du commissaire est relativement peu animalier... L'animal le plus souvent cité est probablement le chat. Quand Simenon introduit un animal dans une description ou une intrigue, ce n'est jamais sans raison, pas plus que quand il mentionne une péniche qui passe sur la Seine, ou une lueur de réverbère dans la nuit... Tous ces détails servent à souligner une "atmosphère", à introduire une nuance dans le tempo de l'action ou dans le ressenti du commissaire par rapport à son enquête... Ainsi, le chat roux qui s'étire dans le soleil mentionné ci-dessous fait contraste, par son image paisible, avec l'atmosphère lourde de la maison des Parendon après la découverte du crime. Si vous le voulez bien, nous allons passer en revue quelques chats découverts au fil du corpus...
Notons encore au passage que Maigret possède lui-même un chat... mais seulement une fois qu'il est à la retraite: à côté des poules, des lapins et de la chèvre de Mme Maigret, on voit rôder un chat dans le jardin de Meung-sur-Loire...
Murielle Wenger
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