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Maigret of the Month: L'Étoile du Nord (At the Étoile du Nord)

6/21/11 –
I really like this story, because it describes a situation Maigret is often faced with, that of an interrogation where he goes one-on-one with a suspect, somewhat like a "duel", with the Chief Inspector running the gamut through calm, good-natured, irritated and annoyed, at grips with a man or woman from whom he wants to elicit an intimate truth.

This time it's the young Céline (or Geneviève) that Maigret grapples with... a determined young woman, hardly impressed by the stature of the Chief Inspector, who wants to preserve her secret at any cost. But Maigret is also stubborn — to Céline's attitude, he will first respond with a sort of "hardness", which, little by little, will change to a much more empathatic attitude, as the Chief Inspector begins to understand why the young woman refuses to talk.

In this story, Simenon tells us that his character is about to spend his last days at the PJ, before his retirement. We should note that of the six stories written during the winter of 1938-39, five take place with the Chief Inspector in retirement. These are the stories we will consider in the months to come, namely Storm in the Channel [man], Mademoiselle Berthe and her Lover [ber], The Three Daughters of the Lawyer [not], The Unlikely Monsieur Owen [owe], and The Group at the Grand-Café [ceu]. This modification of his policeman's status will permit his author to place him in situations where he operates in an unusual setting (for example, on vaction at the Côte d'Azur in [owe], or a boarding house in Dieppe in [man], and at the same time, he can carry out his investigation in a manner less "law-bound", and can allow himself some devation from the rules (as for example, when he lets Mlle Berthe's lover escape in [ber], or refuses to reveal that the butcher killed himself in [ceu].

At the Etoile-du-Nord is also an interesting story because it teems with little details, reminiscences, which evoke for us a number of other novels in the corpus... thus, the story opens in a characteristic atmosphere, and the descriptive introduction of the first few lines creates a setting that could be easily adapted into the opening scene of a film — the sound of a telephone ringing in the empty halls of the PJ, a Chief Inspector at daybreak, in an office blue with pipe smoke... through the window we see the quays glistening with rain, dotted with lights from the streetlamps... The remainder of the story will remain in type... beginning the case in a shabby little hotel near the Gare du Nord, on a chilly morning, then closeted in the Chief Inspectors office, pervaded by the odor of coffe and croissants, then a little detour – necessary? – to the anthropometric section... And we're not deprived of the stove stoked by Maigret, nor the sound of the whistle of a tug passing under a bridge... in short, a setting well adapted to one of these seemingly endless interrogations ... So typical, so engrossing, that the Chief Inspector is about to get bogged down. It takes a freeing phone call from Mme Maigret to bring in a little outside fresh air, the down-to-earth questions posed by his spouse, to lead Maigret to the reality and to regain his footing. Liberated, the Chief Inspector finds the thread, puts the clues together, sets his intuition to work and finally discovers the detail that puts him on the track... And to get out of this somewhat troublesome special intimacy which has developed between the Chief Inspector and the young girl, Maigret makes an unexpected move, but one which must be taken as the liberating one — he slaps Geneviève. That allows him to drop his case, and to let off the young girl with no regrets nor second thoughts... And so it is to once more feel his feet on the ground and to find again his equilibrium that Maigret, as at the end of other cases, heads for the depths of a brasserie to extinguish a monumental thirst for beer...

Lastly, in conclusion, I urge you to discover the television adaptation of this novel with Bruno Crémer. In my opion, it's a success. The duel between Céline and Maigret is perfectly rendered.

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, June 2011

original French

Maigret of the Month: L'Etoile-du-Nord (At the Étoile du Nord)

6/21/11 –

J'aime bien cette nouvelle, car elle décrit une situation souvent vécue par Maigret, celle d'un interrogatoire en tête-à-tête avec un suspect, interrogatoire qui prend parfois la forme d'un "duel", où le commissaire, tour à tour placide, bonhomme, irrité ou agacé, est aux prises avec un homme ou une femme de qui il cherche à découvrir la vérité intime.

Cette fois, c'est avec la jeune Céline (ou Geneviève) que Maigret est aux prises: une jeune femme décidée, peu impressionnée par la stature du commissaire, qui veut à tout prix conserver son secret. Mais Maigret, lui aussi, est tenace: à l'attitude de Céline, il va d'abord répondre par une certaine "dureté", qui, peu à peu, va se transformer en une attitude beaucoup plus empathique, quand le commissaire va commencer à comprendre pourquoi la jeune femme refuse de parler.

Dans cette nouvelle, Simenon nous dit de son personnage qu'il est en train de passer ses derniers jours à la PJ, avant la retraite. Il est à remarquer que, sur les dix nouvelles écrites pendant l'hiver 1938-39, cinq se passent alors que le commissaire est à la retraite: ce sont les nouvelles qui nous occuperont dans les mois à venir, à savoir Tempête sur la Manche, Mademoiselle Berthe et son amant, Le notaire de Châteauneuf, L'improbable Monsieur Owen et Ceux du Grand-Café. Cette modification dans le statut du policier va permettre à son auteur de le placer dans des situations où, à la fois il évolue dans un environnement inhabituel (par exemple, les vacances sur la Côte d'Azur dans [owe], ou une pension de famille à Dieppe dans [man]), et à la fois il peut agir et mener son enquête d'une façon moins "légaliste", et peut se permettre des écarts avec les règles (par exemple, il laisse fuir l'amant de Mlle Berthe dans [ber], ou il refuse de déclarer que le boucher s'est suicidé dans [ceu]).

L'Etoile-du-Nord est aussi une nouvelle intéressante parce qu'elle fourmille de petits détails, de réminiscences, qui évoquent pour nous nombre d'autres romans du corpus: ainsi, la nouvelle s'ouvre dans une atmosphère caractéristique, et l'introduction descriptive des premières lignes pose un cadre qu'on verrait facilement adaptable pour la première scène d'un film: une sonnerie de téléphone qui retentit dans les couloirs déserts de la PJ, un commissaire au petit jour dans un bureau bleu de fumée de pipe, par la fenêtre duquel on découvre des quais luisants de pluie, ponctués des lumières des candélabres... La suite de la nouvelle sera tout aussi typique: début d'enquête dans un petit hôtel miteux du quartier de la Gare du Nord, dans un petit matin frileux, puis "huis-clos" dans le bureau du commissaire, où stagne l'odeur du café et des croissants, avec un petit détour – obligé ? – par le service d'anthropométrie... Et il ne manque ni le poêle tisonné par Maigret, ni le bruit de la sirène d'un remorqueur passant sous le pont... bref, un décor très bien adapté à un de ces interrogatoires qu'on croit sans fin... Tellement typique, tellement prenant, que le commissaire est sur le point de s'y "engluer". Il faudra le coup de téléphone libérateur de Mme Maigret pour apporter un peu d'air frais d'ailleurs, les questions "terre-à-terre" que pose son épouse, pour ramener Maigret à la réalité et lui faire reprendre pied: libéré, le commissaire retrouve le fil, réunit les indices, fait marcher son intuition et découvre enfin le détail qui le met sur la piste... Et pour sortir de cette intimité particulière, un peu trouble, qui s'était établie entre le commissaire et la jeune fille, Maigret a un geste inattendu, mais qu'il faut prendre pour un geste libérateur: il gifle Geneviève. Cela lui permet de sortir de son enquête, et de laisser filer la jeune fille sans remords et sans arrière-pensée... Et c'est afin de se sentir à nouveau les pieds bien sur terre et retrouver son équilibre que Maigret, à l'instar d'autres fins d'enquêtes, plonge au fond d'une brasserie afin d'y étancher dans la bière sa soif monumentale....

Enfin, pour terminer, je vous engage à découvrir l'adaptation qui a été faite de cette nouvelle dans la série avec Bruno Crémer: c'est, à mon avis, une réussite. Le duel qui s'engage entre Céline et Maigret y est parfaitement rendu.

Murielle Wenger

English translation

 

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