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Maigret of the Month: Une erreur de Maigret (Maigret's Mistake)
1/22/11 –

This story, the last of the series of eight written by Simenon for Paris-Soir-Dimanche (appeared Jan. 3, 1937) shows us Maigret in an unusual light.

Indeed, while we know the great humanity, empathy and compassion the Chief Inspector shows toward his "fellow human beings", we discover him here disgusted, exasperated, irritated by someone to the point of feeling the need to strike him, an attitude far from common for him.

In fact we can count the rare cases when Maigret feels this repulsion toward someone he encounters... There is Dandurand (Maigret and the Spinster [CEC]):

"He who, despite his gruff airs, had so much indulgence for most human weaknesses, bristled before certain types of being, feeling physically sickened at their approach. Now, M. Dandurand was one of these..."

Similarly, it's even rarer that Maigret strikes someone... He slaps Philippe de Moricourt (My Friend Maigret [AMI]), and Alban Groult-Cotelle (Inspector Cadaver [CAD]), "petty racketeers" that he despises. He uses his fists even less frequently, only when he feels a true loathing for the person before him. In these cases, the person he strikes has made an innocent victim suffer... like Labri in the present story, or Ramuel in The Hotel Majestic [MAJ]):

"Then he looked at his hands. It was a Maigret that few people knew, and those who did rarely boasted about it afterwards. ... In an instant, Maigret's fist shot out, striking the nose of the accountant, who'd raised his arms too late."

There, it was the "dirty trick" played on Prosper Donge that Maigret sought to avenge by hitting Ramuel, while here it's the shattered innocence of young Emilienne that Maigret responds to by punching Labri in the face. In both cases, Maigret puts himself in the victim's shoes, or at least he feels very close to them. And it's with "almost a father's rage, as if he were avenging his own daughter" that he hounds Labri...

And perhaps if Maigret is so harsh, it's because he has a special interest in innocent young girls and victims of bad luck... Thinking of Louise Laboine (Maigret and the Young Girl [JEU]), Emma (The Yellow Dog [JAU]), Arlette (Maigret in Montmartre [PIC]), and others, it's as if he feels a special mission to defend these helpless beings...

Finally, we note this "gut reaction", violent and physical, of Maigret, a part of the character as he was in the first part of the corpus... It is interesting to see that in this story, where Maigret appears so hard, comments on his massive physical aspect abound... "Maigret was too big, too wide for this basement"; "the facts that Maigret, his mouth in a snarl, mulled over in his massive head", "he could hardly restrain his large fists". We find here the Maigret of the Fayard cycle, with the elephantine traits as described, for example, in Maigret and the Hundred Gibbets [PHO], this massive silhouette ends up, however, by "slimming down" with time, if not literally, at least figuratively... The terms describing the "rustic" characteristics of Maigret are much more numerous in the Fayard period, and if his silhouette remains as corpulent in the Presses de la Cité cycle, the author no longer attaches any importance to it, as if the heavines had become, above all, "interior". And with the "erasure" of the rough-hewn features, there was also a certain indulgence which replaced the repulsions. Certainly, Maigret continues to to be angered by the nastiness of which a human being is capable, but more and more, it becomes possible for him to understand all the deprivations, or rather, all the human weaknesses...

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, January 2011

original French

Maigret of the Month: Une erreur de Maigret (Maigret's Mistake)
1/22/11 –

Cette nouvelle, la dernière de la série des huit écrites par Simenon pour Paris-Soir-Dimanche (elle paraît le 3 janvier 1937) nous montre Maigret sous un jour inhabituel.

En effet, alors qu'on connaît la grande humanité, l'empathie et la compréhension que le commissaire éprouve pour ses "frères humains", on découvre ici un homme dégoûté, horripilé par un de ses semblables, irrité au point qu'il ressent le besoin de le frapper, une attitude qui est très inhabituelle chez lui.

On peut en effet compter les rares cas où Maigret ressent cette répulsion face à un être qu'il croise: on pourra citer Dandurand (Cécile est morte):

"Lui qui, en dépit de ses airs bourrus, avait tant d'indulgence pour la plupart des faiblesses humaines, se hérissait devant certains êtres, ressentait un malaise physique à leur approche. Or, M. Dandurand était de ces êtres-là."

De même, il est encore plus rare que Maigret frappe quelqu'un: s'il lui est arrivé de donner une gifle à quelques-uns: Philippe de Moricourt (Mon ami Maigret), Alban Groult-Cotelle (L'inspecteur cadavre), c'est à des "petits combinards" qu'il méprise; il joue encore moins souvent des poings, et quand il le fait, c'est qu'il ressent une véritable aversion pour celui qu'il a en face de lui: dans ces cas-là, c'est que la personne qu'il frappe a fait souffrir une victime innocente: que ce soit Labri dans la nouvelle qui nous occupe, ou Ramuel dans Les caves du Majestic:

"Puis il regarda ses mains. C'était un Maigret que peu de personnes connaissaient, et celles-là s'en vantaient rarement. [...] A l'instant, le poing de Maigret partit et s'abattit sur le nez du comptable, qui avait levé les bras trop tard."

Là, c'est le "sale tour" joué à Prosper Donge que Maigret cherche à venger en frappant Ramuel, ici, c'est l'innocence bafouée de la jeune Emilienne que Maigret chercher à réparer en lançant son poing à la figure de Labri. Dans les deux cas, Maigret s'est mis à la place de la victime, ou du moins il s'est senti très proche de celle-ci. Et c'est avec "presque une rage de père, comme s'il eût eu à venger sa propre fille" qu'il s'acharne sur Labri...

Et peut-être que si Maigret est aussi virulent, c'est qu'il porte un intérêt tout particulier aux jeunes filles innocentes et victimes du mauvais sort: que l'on pense à Louise Laboine (Maigret et la jeune morte), Emma (Le chien jaune), Arlette (Maigret au Picratt's), ou d'autres encore, comme s'il se sentait une mission particulière à défendre ces êtres sans secours...

Enfin, notons que cette réaction "épidermique", violente et physique de Maigret, fait partie du personnage tel qu'il existe dans la première partie du corps: il est intéressant de remarquer que dans cette nouvelle, où Maigret apparaît si dur, les notations sur son aspect physique massif abondent :"Maigret était trop grand, trop large pour ce sous-sol"; "les faits que Maigret, la bouche hargneuse, ruminait dans sa grosse tête", "il avait du mal à retenir ses gros poings". On retrouve ici le Maigret du cycle Fayard, aux allures pachydermiques tels qu'il est décrit par exemple dans Le pendu de Saint-Pholien, cette silhouette massive qui finit cependant par s'"affiner" avec le temps, sinon au propre, du moins au figuré: les termes décrivant l'allure "rustique" de Maigret sont bien plus nombreux dans la période Fayard, et si la silhouette reste corpulente aussi dans la période Presses de la Cité, l'auteur n'y met plus autant d'importance, comme si la pesanteur devenait surtout "intérieure", et qu'avec l'"effacement" des traits taillés à la hache, c'était aussi une certaine indulgence qui prenait la place des répulsions: certes, Maigret continue de s'indigner de certaines méchancetés dont l'être humain est capable, mais de plus en plus, il lui devient possible de comprendre toutes les dépravations, ou plutôt toutes les faiblesses humaines...

Murielle Wenger

English translation

 

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