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Maigret of the Month: L'ami d'enfance de Maigret (Maigret's Boyhood Friend)
10/22/09 –

Two principal lines underlie this novel... one, the "portrait of a failure", the description of the character Florentin, and the other the evocation, in little touches, of Maigret's childhood memories. If we've had, in several preceding novels of the corpus, allusions to the Chief Inspector's childhood, here it's rather the years of his youth that are recalled... friendships at lycée and first loves.

Léon Florentin is one of the gallery of "failures" across Simenon's works, and not only in the Maigrets. These men who cling to their illusions, who delude, but who, in the end, have done nothing with their lives.

If we think about it, Maigret's childhood memories, except for some nostalgic mentions of light, colors, or odors, are almost never positive. Simenon is always confronting his character with images showing what's behind the scenes, which "dirty", in a way, the memories Maigret holds of his earliest years. The venerated Countess is no more than an old woman with gigolos; the aristocratic château has been bought by a vulgar butcher; and his childhood friends have, almost without exception, become contemptible beings... Fumal (ECH), Malik (FAC) or Florentin, none merit Maigret's consideration. Chabot (PEU) is hardly much better off — he too has aged poorly. Jorissen (REN) is colorless, and Bouchardon (FIA), a ceremonious fool without even the merit of recognizing Maigret! It's further indicative to note that not one of his schoolmates at lycée is mentioned in Maigret's Memoirs. Almost as if the Chief Inspector, in the end, was the only one to "succeed" in life...

Maigret, in fact, spends his time trying to escape from these childhood memories, or at least from people he'd known back then, keeping only the slightly faded image of his father and a few colored patches, warm and tender of a mother too soon gone... And even this image of his father is not immune from attack... the Chief Inspector is hardly allowed to visit his grave (FIA) when the spineless Florentin is allowed to sully the memory of his venerated father. So even if the memories evoked in this novel are more focused on the lycée period, we find here that after the death of the Countess and the purchase of the château by Fumal, Florentin's words about Maigret's father, along with the slightly uncomfortable memory of the young girl at the Moulins bakery, make up the "final attack on Saint-Fiacre". In the last novels of the corpus, the allusions to Maigret's childhood will be no more than puffs - nostalgic but agreeable - as if the Chief Inspector - and his creator - had, in the soothing serenity of advancing age, settled accounts definitively with his childhood...

Besides Florentin, two other characters occupy front stage in this novel, two women apparently different, but who in the end are similar in one point of their destiny... Josée, who has herself kept by men, offering them moments of intimacy in exchange; and the concierge, Mme Blanc, who exploits what she's seen for blackmail. If Josée personifies a certain softness, and Mme Blanc, hardness, it's true nonetheless that each in her own way profited from the situation to ensure their living. Putting material security above all, ignoring their feelings. They are both part of those women eager for gain whom we meet more than once in the corpus, and in Simenon's other works. Josée, who knows how to rely on men, reminds us of Hélène Lange (VIC) who also draws a profit from masculine naiveté. Mme Blanc is not satisfied to be a shrewish concierge, as so often met by Maigret, brooding over her misfortunes so she can blame the whole world, but goes further. Not content to suffer her fate, she revolts in her own way, taking advantage of the situation. And if Josée and Hélène Lange are stronger than the men, they nonetheless share the same destiny... to die a violent death — as if, in a way, they had to pay for their attempt at domination over the males. Mme Blanc, on the other hand, remains unpunished, as if her "offense" were less grave: she profited from men, certainly, but overtly. She did not employ pretense and hypocrisy, unlike Josée and Hélène Lange...

Murielle Wenger

translation: S. Trussel
Honolulu, October 2009

original French

Maigret of the Month: L'ami d'enfance de Maigret (Maigret's Boyhood Friend)
10/22/09 –

Deux lignes principales sous-tendent ce roman, l'une est constituée par le "portrait d'un raté" qu'est la description du personnage de Florentin, et l'autre par l'évocation, par petites touches, des souvenirs d'enfance de Maigret. Si on a eu, dans quelques romans précédents du corpus, des allusions à la petite enfance du commissaire, ici, ce sont plutôt les années de jeunesse qui sont rappelées: les amitiés de lycée et les premières amours.

Léon Florentin fait partie de cette galerie de "ratés" qui traversent l'œuvre de Simenon, et pas seulement dans les Maigret: ces hommes qui se raccrochent à leurs illusions, qui font illusion, mais qui au fond n'ont rien fait de leur vie.

Si l'on y pense, les souvenirs d'enfance de Maigret, à part les quelques notes nostalgiques de lumières, de couleurs ou d'odeurs, ne sont quasiment jamais positifs: Simenon n'a de cesse de confronter son personnage à des images qui montrent l'envers du décor, qui "salissent", en quelque sorte, les souvenirs que Maigret garde de ses premières années: la comtesse vénérée n'est plus qu'une vieille femme qui entretient des gigolos, le château aristocratique a été racheté par un boucher vulgaire, et les amis d'enfance sont, presque tous sans exception, devenus des êtres méprisables: Fumal (ECH), Malik (FAC) ou Florentin, aucun ne mérite la considération de Maigret. C'est à peine si Chabot (PEU) est un peu mieux loti: lui aussi a mal vieilli. Jorissen (REN) est falot, et Bouchardon (FIA), un solennel imbécile qui n'a même pas le mérite de reconnaître Maigret ! Il est d'ailleurs symptomatique de constater que pas un de ses camarades de lycée n'est mentionné dans Les mémoires de Maigret. C'est un peu comme si le commissaire, finalement, était le seul à avoir "réussi" sa vie...

Maigret, en fait, passe son temps à tenter d'échapper à ses souvenirs d'enfance, ou du moins aux personnes qu'il a côtoyées à l'époque, ne gardant que l'image un peu effacée d'un père et quelques taches colorées, chaudes et tendres d'une mère trop tôt disparue... Et même cette image du père n'est-elle pas à l'abri des attaques: on autorise à peine le commissaire à se rendre sur sa tombe (FIA) et ce personnage veule qu'est Florentin se permet de salir la mémoire du père vénéré. Ainsi, même si les souvenirs évoqués dans ce roman-ci sont plus axés sur la période du lycée, il n'en reste pas moins que, après la mort de la comtesse et le rachat du château par Fumal, les paroles de Florentin sur le père de Maigret, ainsi que le souvenir un peu gêné de la jeune fille de la pâtisserie de Moulins, constituent bien, dans ce roman, la "dernière attaque sur Saint-Fiacre". Dans les derniers romans du corpus, les allusions à l'enfance de Maigret ne seront plus que des bouffées nostalgiques mais agréables, comme si le commissaire – et son créateur – avait réglé définitivement, dans la sérénité apaisante de l'âge venant, ses comptes avec son enfance...

A part Florentin, deux autres personnages occupent le devant de la scène dans ce roman, deux femmes que tout oppose apparemment, mais qui finalement se rejoignent en un point de leur destin: Josée, qui se fait entretenir par les messieurs, leur offrant en échange des moments d'intimité, et la concierge, Mme Blanc, qui exploite de ce qu'elle a vu pour opérer un chantage. Si Josée personnifie une certaine douceur, et Mme Blanc la dureté, il n'en reste pas moins que chacune à sa façon, elles profitent de la situation pour s'assurer de quoi vivre. Plaçant la sécurité matérielle avant tout, elles passent outre les sentiments. Elles font toutes les deux partie de ces femmes avides au gain, qu'on rencontre plus d'une fois dans le corpus, et dans les autres œuvres de Simenon. Josée, qui sait spéculer sur les hommes, nous rappelle Hélène Lange (VIC) qui, elle aussi, a tiré profit de la naïveté masculine. Mme Blanc ne se contente pas d'être une concierge acariâtre comme Maigret en croise tant, remâchant ses malheurs pour pouvoir en vouloir à toute la terre, mais elle va plus loin: elle ne se contente pas de subir son sort, mais elle se révolte à sa manière en tirant avantage de la situation. Il n'empêche que si Josée ou Hélène Lange se montrent plus fortes que les hommes, elles n'en subissent pas moins toutes les deux le même sort: celui de disparaître par une mort violente, comme si, en quelque sorte, elles devaient payer leur tentative de domination sur les mâles... Mme Blanc, par contre, reste impunie, comme si sa "faute" était moins grave: elle a profité des hommes, certes, mais ouvertement: elle n'a pas joué du faux-semblant et de l'hypocrisie comme Josée et Hélène Lange...

Murielle Wenger

English translation

 

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