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Maigret of the Month: Le témoignage de l'enfant de choeur (The Evidence of the Altar-Boy)
The plot is simple: an altar boy claims to have seen a dead body in the middle of the street, while on his way to the chapel to serve six o'clock mass. He claims to have also seen the killer running away. But much evidence contradicts his story, and the police who question him think he's lying to get attention. Only Maigret finds some truth in the boy's testimony, and he'll try to separate the false from the true and almost-true in Justin's story. Examining all the evidence piece-by-piece, replicating in thought and actuality the path taken by the altar boy on the day of the drama, he ends up reconstructing what actually happened.
This story, written in 1946, takes up the thread, with several variations, of a story written in 1940 entitled Le matin des trois absoutes [The morning of the three absolutions]. You can find a summary of it at this site. [And see here.] Le témoignage de l'enfant de chœur has been the object of many adaptations, including one for the cinéma. It is one of the sketches which make up the film Brelan d'As, where Maigret is interpreted by Michel Simon. There are also two French television versions, one with Jean Richard and the other with Bruno Crémer. Both are completely successful, and the Jean Richard one is especially notable for the interpretation of the principal actor, who portrays a very convincing bedridden Maigret. The town where the story is set is not explicitly mentioned in the text. Only that it's a provincial city, where Maigret has been assigned to the Flying Squad. We can come up with various hypotheses for the city in question, knowing that the Flying Squads [les Brigades mobiles], created in 1907 at the instigation of Clemenceau, were located outside of the 1st Brigade mobile in Paris, at Lille, Caen, Nantes, Tours, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Dijon and Châlons-sur-Marne. Then, in 1911, brigades were created in Rennes, Montpellier and Nancy, while the brigades of Angers, Orléans, Clermont-Ferrand and Reims replaced those of Nantes, Tours, Limoges and Châlons. These brigades were involved in several famous cases, like the tracking of the Bonnot gang (1912). In 1919 and 1920, new brigades were created at Amiens, Strasbourg, Rouen and Ajaccio. The list of cities where Maigret could have led his investigation is thus long... However, if we consider the names of the streets mentioned, as well as the description of the neighborhood where Justin discovered the body, we realize that we can find another city, and not a French one, but infinitely more "Simenon": the city of Liège, and the neighborhood where Simenon passed his childhood. We find there, indeed, a "Place du Congrès", a "Rue Sainte Catherine", the chapel of the Bavière hospital, where Simenon served the mass as an altar boy, and a bridge which crosses the Meuse. If these different places are actually more separated in the real city than in the story, we can however say that it's a sort of transposition of the memories of the author, which he has blended to create the setting for this "provincial city" where Maigret leads his investigation in such an original manner... To be convinced of the analogy between Simenon's childhood city and the one described in the story, it's sufficient to read some lines from Je me souviens [I Remember]...
We also find correspondences between the author's memories and stories which feature an altar boy in other texts...
These extracts echo phrases we find in different novels of the Maigret corpus. Not only do they evoke different characters of altar boys (Ernest in L'affaire Saint-Fiacre [FIA], Marcel Sellier in Maigret à l'école [ECO]), but also the author's memories have been given to his character himself... Maigret often tells of his past as an altar boy, and how it affected his life...
Murielle Wenger
translation: S. Trussel |
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Maigret of the Month: Le témoignage de l'enfant de choeur (The Evidence of the Altar-Boy)
L'intrigue est simple: un enfant de chœur prétend avoir vu un cadavre au milieu de la rue, alors qu'il se rendait à la chapelle pour y servir la messe de six heures. Il raconte avoir vu aussi l'assassin qui s'enfuyait. Mais de nombreux témoignages contredisent son récit, et les policiers qui l'interrogent pensent qu'il a menti pour se rendre intéressant. Seul Maigret attache au témoignage de l'enfant une certaine véracité, et il va s'employer à démêler le faux du vrai et de l'à-peu-près vrai dans l'histoire de Justin. Reprenant un à un tous les témoignages, refaisant en réalité et en pensée le parcours suivi par l'enfant de choeur le jour du drame, il finit par reconstituer ce qui s'est réellement passé.
Cette nouvelle, écrite en 1946, reprend la trame, avec quelques variantes, d'une nouvelle écrite en 1940 et intitulée Le matin des trois absoutes. Vous en trouverez un résumé sur ce site. Le témoignage de l'enfant de chœur a fait l'objet de plusieurs adaptations, dont une au cinéma: c'est un des sketches formant le film Brelan d'As, où Maigret est interprété par Michel Simon. Il en existe aussi deux versions télévisées françaises, l'une avec Jean Richard et l'autre avec Bruno Crémer. Les deux sont tout à fait réussies, et on mentionnera que celle avec Jean Richard est à remarquer pour l'interprétation de l'acteur principal, qui campe un Maigret alité des plus convaincants. La ville où se passe le récit n'est pas explicitement nommée dans le texte. On y dit juste que c'est une ville de province, où Maigret a été détaché à la Brigade mobile. On peut donc conjecturer plusieurs hypothèses sur la ville en question, sachant que les Brigades mobiles, crées en 1907 à l'instigation de Clemenceau, furent implantées, en dehors de la 1ère Brigade mobile fixée à Paris, à Lille, Caen, Nantes, Tours, Limoges, Bordeaux, Toulouse, Marseille, Lyon, Dijon et Châlons-sur-Marne. Puis, en 1911, furent créées les brigades de Rennes, Montpellier et Nancy, tandis que les brigades d’Angers, Orléans, Clermont-Ferrand et Reims remplaçaient celles de Nantes, Tours, Limoges et Châlons. Ces brigades furent impliquées dans plusieurs affaires célèbres, comme la traque de la bande à Bonnot (1912). En 1919 et 1920, de nouvelles brigades furent créées à Amiens, Strasbourg, Rouen et Ajaccio. La liste des villes où Maigret peut avoir mené son enquête est donc longue... Toutefois, si l'on considère le nom des rues mentionnées, ainsi que la description du quartier où Justin a découvert le cadavre, on se rend compte que l'on retrouve une autre ville, non pas française celle-là, mais infiniment plus simenonienne: il s'agit de Liège, et du quartier où Simenon a passé son enfance; on y trouve, en effet, une "place du Congrès", une "rue Sainte Catherine", la chapelle de l'hôpital de Bavière, où Simenon servait la messe lorsqu'il était enfant de choeur, et un pont qui traverse la Meuse. Si ces différents lieux sont beaucoup plus dispersés dans la ville en réalité qu'ils ne le sont dans le texte de la nouvelle, on peut cependant dire qu'il s'agit d'une sorte de transposition des souvenirs de l'auteur, qu'il a mêlés pour en créer le décor de cette "ville de province"où Maigret mène son enquête de façon si originale... Pour se convaincre de l'analogie entre la ville d'enfance de Simenon et la ville décrite dans la nouvelle, il suffit de relire ces quelques lignes dans Je me souviens: "C'est encore plus irréel que la place du Congrès sous la neige. [...] Le premier tramway ouvrier passe rue Jean-dOutremeuse. Les cloches de la paroisse annoncent la première messe. Dans l'église que n'éclairent que des bougies, l'enfant de chœur doit agiter sa sonnette..." On retrouve encore ces correspondances entre les souvenirs de l'auteur et les récits qui mettent en scène un enfant de chœur, dans d'autres textes: "Le dimanche, il y avait deux messes, une à six heures, comme les autres jours, l'autre, plus solennelle, à huit heures. Entre les deux on me conduisait dans une salle à manger où on me servait deux œufs à la coque, des tartines beurrées et du café au lait. [...] Le dimanche et les jours fériés, je portais un surplis en fine dentelle" (in Lettre à ma mère) "J'ai été enfant de chœur pendant longtemps et je me levais, le premier de la maison, à cinq heures et demie du matin, hiver comme été, au son strident d'un réveille-matin de l'époque, et Dieu sait si ces réveils-là faisaient du bruit. L'hiver, les rues étaient obscures et, pour me rendre à l'hôpital de Bavière, où je servais la messe, je marchais au milieu de la rue, effrayé au moindre bruit de pas dans le quartier, ne retrouvant mon courage que quand j'apercevais la petite lumière qui éclairait la porte cochère de l'hôpital." (in Un banc au soleil) "J'ai souvent employé ce mot «enfant de choeur» dans mes nouvelles ou dans mes romans. [...] On pourrait dire que, pendant la plus grande partie de ma vie, j'ai été plus ou moins poursuivi par le mythe de l'enfant de chœur. Certaines périodes de notre vie nous marquent profondément. [...] La messe que je servais dans la chapelle de l'hôpital se célébrait à six heures du matin. L'été, il faisait grand jour et même grand soleil. L'hiver, c'était l'obscurité à peu près complète et j'avoue que je courais en me tenant dans le milieu de la rue, par crainte des ombres et des porches, pour arriver à la petite lanterne jaune, disproportionnée d'avec la taille de l'entrée de l'hôpital. [...] j'avoue que le réveil à cinq heures du matin, alors que mes parents dormaient encore, mes courses précipitées vers la lumière jaune de l'hôpital, n'étaient pas complètement désintéressés. Pour servir la messe de six heures chaque jour et une seconde messe de huit heures le dimanche, je touchais deux francs par mois. [...] cela me permettait d'acheter chaque semaine un journal illustré." (in Je suis resté un enfant de chœur)
Ces extraits font écho aux phrases qu'on trouve dans différents romans du corpus Maigret; non seulement y sont évoqués différents personnages d'enfants de chœur (Ernest dans L'affaire Saint-Fiacre, Marcel Sellier dans Maigret à l'école), mais encore les souvenirs de l'auteur ont été donnés à son personnage lui-même: Maigret évoque à plusieurs reprises son passé d'enfant de chœur, et comment ce passé l'a marqué: "Et Maigret retrouvait les sensations d'autrefois: le froid, les yeux qui picotaient, le bout des doigts gelé, un arrière-goût de café. Puis, en entrant dans l'église, une bouffée de chaleur, de lumière douce: l'odeur des cierges, de l'encens... [...] De son temps, il déjeunait chez le curé, entre la seconde et la troisième [messe]. Un œuf à la coque et du fromage de chèvre!" (L'affaire Saint-Fiacre) "Dès son premier pas dans le large corridor clair, cependant, il se faisait à lui-même l'effet d'un petit enfant, du jeune Maigret qui, jadis, dans son village de l'Allier, marchait sur la pointe des pieds et retenaient son souffle lorsque, le jour à peine levé, les mains gercées et le nez rouge, il pénétrait dans la sacristie afin de revêtir ses habits d'enfant de chœur." (Les vacances de Maigret) "il n'y avait pas si longtemps qu'il portait des culottes courtes et qu'il traversait la place de son village, par les matins frisquets, le bout des doigts figé par l'onglée, pour aller servir la messe dans la petite église que des cierges seuls éclairaient." (Mon ami Maigret) "Il se souvint du surplis qui flottait dans la brise, de la croix que portait Marcel, se rappela le temps où, alors qu'il avait à peine sept ans, il avait tant désiré être enfant de chœur." (Maigret à l'école) "Cela remontait à plus loin encore que l'adolescence: à son enfance, quand il était enfant de chœur et servait la messe de six heures. Pourtant, il avait servi la même messe au printemps, en été, en automne. Pourquoi le souvenir qui lui en restait et qui lui revenait automatiquement était-il un souvenir d'obscurité, de gel, de doigts engourdis, de chaussures qui, sur le chemin, faisaient craquer une pellicule de glace?" (Maigret et le voleur paresseux) "On était un peu dans la sacristie. Quand, enfant, il allait chaque matin servir la messe à l'église du village, Maigret éprouvait le même trouble en attendant de suivre le curé vers l'autel éclairé par des cierges tremblotants." (Maigret aux Assises)
Murielle Wenger
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