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1) Cette nouvelle fait partie de la série de 10 nouvelles, écrites durant l'hiver 1937-1938 à Porquerolles, et qui parurent en 1938-1939 dans les fascicules Police-Film et Police-Roman (voir ce site pour les couvertures originales). L'amoureux de Mme Maigret est en réalité la dernière à avoir paru dans cette série (voir ici pour les dates de parution).
Si l'on compare cette seconde série de nouvelles à la précédente, une chose saute immédiatement aux yeux: c'est la longueur de ces nouvelles: elles sont sensiblement plus conséquentes que celle de la première série. Dans l'édition Rencontre qui regroupe ces nouvelles, les premières ont une moyenne de 13 pages, tandis que les secondes ont une moyenne de 38 pages. Ce nombre plus élevé de pages fait même que l'auteur divise son texte en chapitres, entre trois et quatre selon les nouvelles.
Alors que les deux nouvelles écrites en 1939 (hom et ven) sont à nouveau plus courtes (environ 17 pages chacune), les nouvelles de 1945 et 1946 sont sensiblement plus longues (moyenne de 42 pages), et la dernière nouvelle écrite par Simenon (Un Noël de Maigret) est encore plus conséquente (70 pages), au point qu'on hésite à la classer entre nouvelle et roman (voir ici).
Ci-dessous, un graphique qui résume ces éléments:
En ordonnée, le nombre de pages dans l'édition Rencontre; en abscisse, les nouvelles selon l'ordre de parution.
2) Cette nouvelle nous montre le couple Maigret sous un jour nouveau, avec une Mme Maigret qui prend une plus grande place, menant elle-même l'enquête en parallèle de celle de son mari, ce qui, d'ailleurs, irrite quelque peu celui-ci, qui trouve qu'on empiète sur ses prérogatives... Il n'en pardonnera pas moins à sa femme, parce que, d'une part, c'est grâce à elle qu'il est mis sur la bonne piste, et, d'autre part, il ne peut se défendre d'une certaine admiration devant les intuitions de Mme Maigret...
3) On s'étonnera peut-être de voir, dans cette nouvelle, le couple Maigret habiter place des Vosges... Simenon lui-même s'est expliqué plus tard sur cette "incongruité": en effet, dans Les mémoires de Maigret, il écrit ceci, par l'intermédiaire de son commissaire:
"Dans plusieurs de ses livres, Simenon nous faisait vivre place des Vosges dans fournir la moindre explication. [...] Il est exact que, pendant un certain nombre de mois, nous avons habité la place des Vosges. Mais nous n'étions pas dans nos meubles. Cette année-là, notre propriétaire s'était enfin décidé à entreprendre le ravalement dont l'immeuble avait besoin depuis longtemps. [...] On nous avait promis que cela durerait trois semaines au plus. Après deux semaines, on n'était nulle part, et juste à ce moment-là, une grève s'est déclarée dans le bâtiment, grève dont il était impossible de prévoir la durée. Simenon partait pour l'Afrique où il devait passer près d'un an. «-Pourquoi en attendant la fin des travaux, ne vous installeriez-vous pas dans mon appartement de la place des Vosges ?» C'est ainsi que nous y avons vécu, au 21, pour être précis, sans que l'on puisse nous taxer d'infidélité à notre bon vieux boulevard."
Simenon devait trouver un certain plaisir à véhiculer cette idée que les Maigret avaient habité "chez lui", puisqu'on retrouve la même affirmation dans Maigret se défend (à Vivier qui lui donne l'adresse de Mlle Motte, rue des Francs-Bourgeois, Maigret répond qu'il connaît l'immeuble, car il a "habité un certain temps à deux pas, place des Vosges"), dans Maigret et le clochard ("Pendant les quelques mois que Maigret avait habité la place des Vosges, alors qu'on remettait à neuf l'immeuble du boulevard Richard-Lenoir, ils allaient souvent, sa femme et lui, se promener le soir autour de l'île Saint-Louis.") et dans Maigret et le tueur ("Il connaissait d'autant mieux l'île Saint-Louis qu'ils avaient habité la place des Vosges et qu'à cette époque il leur arrivait souvent, le soir, de se promener, bras dessus, bras dessous, autour de l'île.").
Par contre, à part dans cette nouvelle qui nous occupe, je n'ai trouvé trace de ce passage des Maigret place des Vosges que dans un seul roman, avant l'explication qu'on trouve dans Les mémoires de Maigret: c'est dans Maigret se fâche: Maigret, qui est à la retraite, téléphone à sa femme restée à Meung pour la faire venir à Paris, afin qu'elle s'occupe de Georges-Henry Malik. Il lui dit de se rendre place des Vosges, où se trouve "leur ancien domicile parisien, qu'ils avaient conservé."
Enfin, pour l'anecdote, signalons que si les Maigret ont habité place des Vosges pendant le voyage de Simenon en Afrique, cela nous situerait l'affaire en 1932 (c'est en effet de mai à septembre de cette année-là que l'auteur parcourt le continent noir pour le magazine Voilà), mais remarquons qu'à cette date, Simenon ne logeait déjà plus place des Vosges, puisqu'il s'était installé à La Richardière (Marsilly, près de La Rochelle) depuis février 1932...
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