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RUES, RUELLES, IMPASSES ET BOULEVARDS:
MAIGRET ET L'ESPACE PARISIEN

Marco Modenesi

[English translation]

 

Place de la République, place de la Bastille, avenue Carnot, rue Riquet, place Clichy, rue de Caulaincourt, rue Lepic, boulevard de Rochechouart, rue Sainte-Catherine, rue Notre-Dame-de-Lorette, place de la Concorde, avenue Georges V, rue Royale, quai de la Gare, rue du Sentier, rue Lhomond, rue Saint-Jacques, place de l'Etoile, place des Vosges, boulevard Saint-Germain, boulevard Saint-Michel, quai du Louvre, rue Poissonnière, rue Blanche, rue des Saints-Pères...

Ce n'est qu'une liste dérisoire des toponymes des rues parisiennes qui parsèment les enquêtes — dépassant la cinquantaine, en considérant les romans et les nouvelles — du commissaire Maigret.

Evidemment, et comme tout lecteur fidèle le sait, sur tous s'imposent le Quai des Orfèvres, où, au numéro 36, Jules Maigret a son bureau, et 132, boulevard Richard-Lenoir, où vivent Monsieur et Madame Maigret.

Décor de plusieurs actions, au point d'être considéré comme «le second personnage de Simenon, après le commissaire»1, le Paris de Maigret, on s'en doute, a déjà éveillé l'intérêt de la critique. Cependant, celle-ci semble s'être toujours contentée de dessiner un plan, plus ou moins exhaustif, des rues, des quartiers, des arrondissements que le commissaire traverse, et elle les a même reproduits au niveau iconographique, par le biais du dessin ou de la photographie, de manière à traduire, par l'image, la dimension urbaine dans laquelle agit Maigret. 2

Loin de vouloir livrer un tableau complet des espaces urbains hantés par Maigret ou de dresser une liste complète des rues qu'il croise, les remarques qui suivent se proposent plutôt d'apprécier et d'analyser le rôle et les fonctions que la topographie parisienne vient exercer dans l'économie du texte, à partir d'une série de cas exemplaires, sélectionnés à l'intérieur du mare magnum que constituent les textes du cycle de Maigret.

Mon attention sera donc focalisée principalement sur les rues, les boulevards, les ruelles et sur les quartiers qui esquissent la géographie de Paris dans le tissu de la diégèse. Cela de manière à vérifier leur incidence au niveau de la dynamique des structures narratives qui modèlent le texte.

S'il ouvre au hasard n'importe quel roman du cycle Maigret, tout lecteur aura de nombreuses chances de tomber sur le nom d'une rue parisienne:

Ils durent marcher jusqu'à la rue Gay-Lussac pour trouver une voiture.3

Il passait rue de Maubeuge, il y a une demi-heure environ, quand un homme s'est détaché de l'obscurité et lui a braqué un gros automatique sous le nez...4

Je suis retourné au boulevard Saint-Germain, avec l'idée d'entrer aux Trois Ministères.5

Heureusement que le Vieux Calvados venait d'ouvrir. C'était le seul endroit de la rue où trouver refuge, au coin de la rue Henner.6

Maigret remercia et se retrouva boulevard Rochechouart où il marcha paresseusement comme les gens du quartier.7

Autrement dit, dans moins de trois minutes, les agents seront sur les lieux, car la rue Damrémont est toute proche de la rue Caulaincourt.8

Le commissariat du ler arrondissement n'était pas loin, rue des Prouvaires.9

Il prit congé du commissaire Ascan et se dirigea vers la rue de la Grande-Truanderie, puis vers les Halles.10

Il mit le cap sur le commissariat de police, rue Lambert.11

Dans ces exemples, le narrateur fournit l'indication des rues que Maigret emprunte pendant ses mouvements dans la capitale française. D'autres fois, le nom de la rue se limite à signaler le domicile d'un personnage:
Ils n'habitaient pas loin d'ici, rue Caulincourt, je ne sais pas à quel numéro, mais c'était à côté d'une teinturerie.12

Elle est toujours inscrite au 67 rue Caulaincourt.13

— Où habitez-vous?
— Quai de Jemmapes, juste en face de l'écluse Saint-Martin.14

Olga-Jeanne-Marie Poissonneau, vingt-neuf ans, née à Saint-Joris-sur-Isère, sans profession, demeurant Hôtel Beauséjour, rue Lepic, Paris (XVIIIe).15

Guillaume Serre, domicilié 43 bis, rue de la Ferme16

J'habite rue d'Enghien, juste en face du Petit Parisien17

Elle habite au 12 de la rue Mercadet18

Souvent, le nom d'une rue ou celui d'un boulevard sert à définir les coordonnées de la scène du crime:
Cela se passait, fatalement, dans un petit hôtel du coin de la rue de Birague et du faubourg Saint-Antoine, où un dangereux malfaiteur polonais, qui avait attaqué plusieurs fermes dans le Nord, s'était réfugié.19

— Votre mari est mort, d'une balle dans la tête, à dix heures et quart exactement, devant la borne de Police-Secours du coin de la rue de Caulaincourt.20

J'ai machinalement regardé dans la rue et j'ai vu une seconde voiture qui sortait de la rue Fléchier et s'engouffrait dans la rue NotreDame-de-Lorette.21

Et l'on pourrait multiplier les exemples à l'infini. Le narrateur, en effet, évoque sans relâche les rues ou les boulevards de la capitale française; il les impose au lecteur qui est ainsi pris à l'intérieur de ce réseau routier, ce tissu urbain que les toponymes ébauchent d'une page à l'autre.

Dans l'évocation des lieux, Simenon a tendance, aussi, à avoir recours à un usage métonymique des toponymes.

Ainsi que «Quai des Orfèvres» indique le bureau de Maigret, le siège de la Police Judiciaire et la Police Judiciaire même, de la même manière, le nom d'une rue se fait le synonyme d'un lieu donné, qui en fait partie, où le crime a été découvert (et souvent perpétré), véritable noyau spatial autour duquel pivote l'enquête.

Voilà que Maigret «téléphon[e] au Quai des Orfèvres»22; «l'appartement de l'avenue Carnot», cadre du meurtre de Louise Filon dans Maigret se trompe, est, à maintes reprises, indiqué tout simplement comme «avenue Carnot»23; «impasse du Vieux-Four» signale l'appartement, situé dans une maison abandonnéé et à démolir, où l'on a découvert le cadavre de Marcel Vivien (Maigret et l'homme tout seul); «rue Chaptal» est le synonyme de l'hôtel que surveille le jeune Maigret, convaincu, avec raison, qu'un meurtre y a été perpétré (La première enquête de Maigret). Lorsque le commissaire, inquiet, demande si «la rue des Saussaies est au courant»24, il fait allusion à l'endroit où se trouve le siège du poste de police qui est responsable de la zone dans laquelle, en-dehors de toute légalité, il est en train d'agir à l'occasion de l'«affaire de la rue Richer»25 dans Maigret, Lognon et les gangsters.

Comme il est possible de le constater même à partir de ce rapide balisage, l'évocation des différents lieux s'épuise dans la simple citation d'un nom; autrement dit, «la géographie de Paris, lorsque l'action s'y concentre, est évoquée par le nom de ses quartiers ou de ses rues».26

A vrai dire, le narrateur reconstruit l'espace urbain sur la page même à l'aide de touches rapides et essentielles, à savoir par de courtes descriptions.

Cela arrive surtout là où il fournit les coordonnées à l'intérieur desquelles bougent Maigret et ses hommes. C'est à travers leur regard, pendant leurs déplacements, leurs inspections des lieux ou pendant leurs planques, qu'on livre la dimension spatiale au lecteur:

Et, quand il passait avenue de l'Opéra, il ne manquait pas, arrivé à une certaine hauteur, à côté d'un armurier, de renifler la bonne odeur de café que l'on torréfiait dans la vitrine des magasins Balthazar.27

Il prit le métro, descendit place Blanche, pénétra dans la vaste salle de la brasserie.28

Il tombait de la neige fondue et Jussiaume s'était abrité un moment sur un seuil, au coin de la rue Fontaine et de la rue Pigalle.(...)
Une silhouette, qui semblait celle d'un gamin, se glissa le long des murs et descendit la rue Pigalle en direction de la rue Blanche. Puis deux hommes, dont l'un portait sous le bras un étui à saxophone, montèrent vers la place Clichy.
Un autre homme, presque tout de suite, se dirigea vers le carrefour Saint-Georges, le col du pardessus relevé.29

Le commissaire regardait les numéros. Celui qu'on lui avait donné correspondait à la boutique d'un marchand de graines. A gauche de la vitrine s'ouvrait une allée qui menait à une court. A mi chemin, s'amorçait un escalier et deux plaques d'émail fixées au mur qui avait été jadis peint en vert mais était devenu d'une teinte indéfinie.30

La sobriété des descriptions du cadre urbain, aussi bien que leur nombre, toujours extrêmement réduit, semblent valider une des règles d'écriture du roman policier que S.S. Van Dine a formulées dans Vingt règles pour le crime d'auteur (1928).

Bien qu'aujourd'hui il ait plutôt l'air d'une série de normes concernant la manière de ne pas écrire un roman policier, cette sorte d'art poétique de la littérature policière, réfléchit, au moins en bonne partie, les choix de composition de Simenon:

Il ne doit pas y avoir, dans le roman policier, de longs passages descriptifs pas plus que d'analyses subtiles ou de préoccupations «atmosphériques». Cela ne ferait qu'encombrer lorsqu'il s'agit d'exposer clairement un crime et de chercher le coupable. De tels passages retardent l'action et dispersent l'attention, détournent le lecteur du but principal qui consiste à poser un problème, à l'analyser et à lui trouver une solution satisfaisante.31
Cependant, comme le souligne, entre autres, Jacques Dubois, «dans sa tendance majeure, le texte policier s'inscrit dans la vaste configuration du discours réaliste.»32 Et, justement dans le cadre de matrice réaliste qui caractérise, en général, le roman policier, s'insère l'écriture de Simenon, même pour ce qui est de l'espace urbain.

Comme je le remarquais auparavant, le fait de citer le nom des rues et celui des quartiers a, comme but principal, celui d'évoquer le lieu où l'action se développe.

La présence, à l'intérieur d'une phrase ou d'un paragraphe, du nom d'un boulevard ou d'un quai tend, cependant, à donner une plus grande consistence aux événements, et surtout à situer les faits racontés dans un espace concret, connu du lecteur, en satisfaisant, sous un certain point de vue, à une «protestation de vérité», comme le souligne Jean-Noël Blanc: «vous voyez que l'histoire est crédible, dit l'auteur, puisque le nom de cette place ou de cet hôtel est juste.»33

Il suffit, en effet, de la présence d'un tel élément dans le texte pour faire déclencher une sorte de garantie de véridicité et, donc, de crédibilité du récit: «dans le texte réaliste (...) , remarque Klinkenberg, le détail connu rend l'ensemble crédible, l'objet authentifié rend tout l'espace authentique, le moment saisi rend vrai le temps tout entier.»34

 
Les noms des rues, comme on peut aisément le déduire à partir des remarques qu'on a jusqu'ici avancées, représentent et fournissent une série de renseignements dont la fonction principale, sinon essentielle, est celle d'augmenter l'effet de réel, d'ancrer le récit au vraisemblable.

Autrement dit, on se trouve face à ce que Roland Barthes définit informants, «des données pures immédiatement signifiantes», qui ont comme but d'apporter «une connaissance toute faite».35 Leur fonctionnalité, poursuit Barthes, «est donc faible, mais elle n'est pas non plus nulle: (...) l'informant sert à authentifier la réalité du référent, à enraciner la fiction dans le réel».36

Le choix de Simenon tombe sur Paris. Peut-être, non pas tellement parce que «Paris reste la référence non seulement linguistique mais imaginaire de la francophonie»37, mais plutôt parce que, d'un côté, Simenon considère son lecteur idéal comme le détenteur, pour des raisons géographiques ou culturelles, de la réalité ou bien de l'encyclopédie parisiennes; de l'autre côté, parce que la dimension d'une métropole se prête à contenir le monde du crime mieux que tout autre.

On se trouve, de toute manière, face à un effort que, au niveau du discours narratif, maints écrivains de souche réaliste accomplissent: celui qui se propose d'«abolir [la] limite entre le texte et l'avant-texte»38; effort se faisant dans le but d'intensifier le degré de connivance qui s'établit avec le lecteur, et pour augmenter les possibilités de son implication dans l'histoire. Paris, dans les projets de Simenon, devrait dissoudre plus aisément «quel senso di perplesso distacco che subentra [nel lettore] quando una pagina manca di verosimiglianza».39

Par conséquent, les passages descriptifs de lieux n'ayant aucune fonction directe avec l'action qu'on raconte s'avèrent assez rares.40

Simenon a tendance à placer ces passages éventuellement en ouverture du roman — qui rarement commence in medias res — presque pour esquisser une sorte de cadre général de l'action, ou bien en correspondence des moments pendant lesquels le commissaire ne réfléchit pas à l'affaire dont il est en train de s'occuper:

Maigret avait pris l'autobus, et il restait debout sur la plate-forme, à contempler vaguement le Paris matinal, les poubelles dans les hachures de pluie, tout un petit peuple gravitant comme des fourmis en direction des bureaux et des magasins.41

Un quai large, au bord duquel plusieurs rangs de péniches reposaient paresseusement. Un quai qui sentait encore la province, le long de la Seine, avec des maisons à un seul étage, entre quelques immeubles de rapport, des bistrots où il semblait que n'entrait jamais personne et des cours où l'on était tout étonné de voir des poules picorer le fumier.42

Il était un peu plus de midi. De la rue d'Enghien au boulevard Richard-Lenoir il n'y avait qu'une bonne demi-heure de marche et Maigret, de bonne humeur, regardait les passants, les vitrines et les autocars. Il y en avait deux ou trois à la Bastille que les étrangers photographiaient comme ils avaient photographié l'Arc de Triomphe, le Sacré-Coeur et la tour Eiffel.43

Les rues de Paris avaient une telle saveur qu'il [Maigretl avait marché et qu'il avait failli faire un détour par les Halles pour renifler l'odeur des légumes et des fruits de printemps.44

C'est surtout dans ce type de passages que prend fort discrètement place, à l'intérieur du roman, un trait qui ne relève pas nécessairement de ceux qui sont spécifiques du genre: l'attention à la nuance psychologique du héros. Maigret, par exemple, dévoile, de cette manière, sa sensibilité aussi bien que l'affection qui le lie à certains endroits de Paris, ainsi que, même si cela est plus rare, ses antipathies aux égards de la ville là où elle ne fait pas preuve du dynamisme et de la vitalité, que le commissaire considère comme des traits positifs:
La petite auto noire le conduisit place Saint-Sulpice, qui, sans raison précise, était la place qu'il détestait le plus de Paris. Il y avait toujours l'impression d'être quelque part en province. Même les magasins n'avaient pas à ses yeux le même aspect qu'ailleurs. Les passants lui paraissaient plus lents et plus ternes.45
Ce que Marc Lits affirme à propos de la narration de Simenon en général est donc valable pour tous ces cas: «le récit d'énigme ne se veut pas transcription de la réalité, description précise de milieux ou de moeurs. Quand Simenon se livre à ce type de récits, il quitte le récit d'énigme pour faire du «roman psychologique» ou de «l'étude de moeurs.»46

Il existe, tout de même, un deuxième aspect de l'écriture de l'espace urbain. C'est un aspect qu'on peut ramener à la souche réaliste et qui préside aux romans du cycle Maigret. Un élément textuel qui ne concerne pas tellement le cadre spatial auquel il faut ancrer l'intrigue, mais qui affecte plutôt une autre structure narrative: le personnage.

Il s'agit d'un usage de l'espace qui révèle partiellement la vision du monde que Simenon laisse percer dans ses romans, en la livrant parfois au lecteur, mais surtout au commissaire.

Jacques Dubois a démontré que «pour Simenon, avant tout, les classes sociales existent. Elles sont un donné rassurant de la réalité, auquel Maigret accorde toute son attention et qu'il tient pour marques éminentes de la socialité. Le commissaire est si bien accoutumé à reconnaître, à «détecter» les signes d'appartenance qu'il se met à flotter dès que ces références lui font défaut.»47

En effet, Maigret est tres attentif à cette division que, d'ailleurs, le domicile d'un personnage témoigne souvent de manière patente.

Selon le commissaire, il existe une correspondence nécessaire entre les quartiers, et donc la rue, où habite un personnage et son status social. Si, dans Maigret et l'homme tout seul, on se borne à rappeler que «dans le quartier des Halles, on ne [peut] pas s'attendre à des locaux de premier ordre»48, dans d'autres romans, on insiste bien davantage sur la structure à compartiments étanches qui façonne la société.

«La ville chez Simenon est socialement divisée en zones, et cette division s'impose aux personnages. La série des Maigret parisiens est assez connue et suffisamment riche de toute la gamme des accords entre le niveau social des protagonistes et leur espace urbain»49:

|Maigret| se dirigea vers la rue Saint-Denis. Etroite, elle restait bruyante malgré les vacances car le petit peuple du quartier n'était pas celui que l'on rencontre beaucoup sur les plages.50

Au Manhattan aussi, les murs étaient garnis de portraits de boxeurs et d'acteurs. Ce n'était pas la même clientèle que la rue des Acacias.51

L'allusion au domicile du commissaire Le Bret, supérieur du jeune inspecteur Maigret, s'avère ainsi un signe clair de la couche sociale à laquelle il appartient et qu'il protège:
Maxime Le Bret était probablement le seul commissaire de police de Paris à posséder son équipage et à habiter la plaine Monceau, dans un des immeubles neufs du boulevard de Courcelles.52
Là où l'équivalence ne se produit pas, Maigret ne cache pas sa surprise. C'est le cas, par exemple, de sa stupeur lorsqu'il voit, rue Batignolles, la maison de Baron, collaborateur aux allures extrêmement distinguées et presque aristocratiques:
C'était un de ces immeubles où il y a plusieurs families par étage surtout des families ouvrières, et on voyait déjà de la lumière dans plusieurs logements. Le contraste était frappant entre cette maison plus que modeste et les allures aristocratiques que Baron essayait de se donner.53
De même, face à la «boîte à chaussures en carton blanc»54 que Lucas lui passe, et dans laquelle se trouve le trésor — de vieilles photos, un acte de naissance, de menus objets gagnés aux fêtes foraines, un chien en porcelaine, un éléphant de verre soufflé et des fleurs de papier — de la pauvre Louise Filon, tuée dans l'appartement d'un quartier cossu comme celui où se trouve l'avenue Carnot, les réflexions de Maigret valident l'hypothèse de lecture qu'on est en train d'analyser:
Cela aurait été normal de dénicher un trésor comme celui-là quelque part du côté de Barbès ou du boulevard de la Chapelle. Ici, dans un appartement de l'avenue Carnot, la boite en carton prenait un aspect presque tragique.55
Ce choix de composition peut être lu, à bon droit, comme une autre manifestation du désir de suggérer un «effet de réel». En faisant recours à celle qui s'avère, dans sa conception du monde, la structure de la société et en la reproduisant de manière mimétique dans l'univers diégétique de Maigret, Simenon livre au lecteur avisé (et qui partage, avec le narrateur et avec l'auteur, l'encyclopédie parisienne qu'on a déjà abordée) un trait constitutif du personnage: comme les rues en témoignent, à telle fraction urbaine correspond telle classe sociale.56

Bien que les réflexions que j'ai avancées jusqu'à présent ne fassent que souligner comment Simenon est, en partie et à plusieurs niveaux, «un champion de l'effet de réel, c'est-à-dire de la touche vériste qui vient authentifier une situation, un personnage, un lieu»57, on ne peut certes ignorer que, comme le relève Marc Lits, «l'espace dans le récit d'énigme répond moins, comme on pourrait le croire, à l'esthétique réaliste qu'à la convention théâtrale»58; où, par «convention théâtrale», on fait allusion à la règle classique des trois unités aristotéliques.

La parenté — assurément moins étroite de ce qu'on a continuellement dit, avec un peu trop de superficialité, dans le domaine de la critique du roman policier — avec les formes du théâtre classique a été soulignée59 à maintes reprises, en arborant, par exemple, la simplicité et l'homogénéité de l'intrigue (qui se réduit uniquement au noyau narratif primaire: la quête de la solution de l'affaire) comme l'équivalent de l'unité d'action.

On ne peut, ici, aborder une réflexion théorique sur ces aspects du roman policier. Dans le cadre de cette étude, il me semble tout de même important de montrer comment le roman policier qui voit Maigret en tant que héros, est caractérisé par un espace forcé et limité60, qui — par le biais de toponymes urbains — circonscrit l'action en une sorte d'unité de lieu.

Si l'on faisait recours à un plan de la ville de Paris pour dessiner le périmètre à l'intérieur duquel les rues qu'on cite localisent l'action, il serait évident que l'espace correspond systématiquement à un nombre sensiblement limité d'arteres urbaines, très proches les unes des autres, et qui recoupent une section d'espace limité et contenue.

Il s'agit d'un choix d'écriture relevant directement du genre narratif que Simenon fréquente: le roman d'énigme ne prévoit pas d'actions qui impliquent de sensibles déplacements à l'intérieur de la dimension spatiale. Bien au contraire. Rien ne doit déranger le coeur même de l'intrigue: la reconstruction, entièrement mentale, des événements qui ont mené au meurtre.

Pour cela, «pour éviter un démembrement ou un morcellement de l'espace, causé par les déplacements de l'acteur quand il va d'un lieu à l'autre, et pour assurer l'unité spatiale du récit, l'auteur dessine ou choisit d'abord un espace facile à schématiser».61

Il est facile de croire à Hendrik Veldman lorsqu'il affirme que «avant de commencer la composition d'un roman, [Simenon] dessine sur des enveloppes jaunes le lieu où va se dérouler l'action: une maison, une rue, un carrefour, un quartier, un canal, un fleuve, une écluse, une plage.»62

A ce propos, il ne serait même pas nécessaire de faire recours à un balisage. En effet, non seulement cette situation particulière concernant l'espace urbain peut être déduite des toponymes que présente le texte, mais le commissaire même permet, parfois, de la relever:

Il en revenait toujours au même point de départ. Rue des Dames.63

Et voilà que [Tremblet] se souvenait que Francine, sa fille, qu'il avait à peine entrevue, travaillait depuis près d'un an dans un Prisunic de la rue de Réaumur. La rue de Réaumur se trouve à côté de la rue du Sentier. Sur la même ligne de métro.64

Tout cela se groupait dans le même quartier: la rue de Brey, l'Hôtel Wagram, le restaurant de Pozzo, rue des Acacias, le garage où l'auto avait été louée.65

Il n'avait fait, pendant des heures, qu'arpenter un secteur étroit, entre l'Etoile, la place des Ternes et la porte Maillot.66

— C'est tout près d'ici. Tout se passe dans le quartier. Il n'y avait pas cinq cents mètres, en effet, entre le bar de la rue Pigalle et l'appartement d'Arlette, et la même distance à peu près séparait le bar de la rue Victor-Massé.67

Le roman policier de Maigret possède, alors, ceux que Roger Caillois considère comme les traits distinctifs du «récit de déduction»: «Le roman policier se passe dans un univers clos (...). L'unité de lieu et l'unité de temps rentrent en faveur.»68

Il est évident, d'autre part, que Simenon possédait bien claire, devant ses yeux, la géographie de Paris, l'aménagement de ses rues à l'intérieur de chaque quartier.

Mais Maigret à son tour, comme le démontrent les dernières citations, témoigne d'une extraordinaire familiarité, non seulement avec la ville de Paris, mais avec sa topographie en particulier.

 
Le rapport qu'a Maigret avec la géographie routière de Paris est sans aucun doute un rapport de dominateur. La maîtrise et la connaissance du plan de la ville dont il fait preuve, relèvent effectivement de l'extraordinaire.

Si, en effet, on n'oubliera pas que «tant d'années de Police Judiciaire y compris la brigade des rues et des gares»69 ont assuré à Maigret une remarquable expérience directe de la ville, cela ne suffit pas à justifier la maîtrise des boulevards, des rues, des impasses et des avenues qui parsèment maints passages de ses enquêtes.

Qu'on l'observe, à titre d'exemple, lorsqu'il dispose ses hommes pour une «planque»:

— Prends note... Avenue Trudaine, près du lycée Rollin. Il y a les chantiers et les ateliers de Louis Mahossier, peintre en bâtiment... Je n'ai pas la moindre idée de ce qui pourrait arriver, mais je serai plus tranquille si je sais que les lieux sont surveillés... Deuxième planque... Devant l'appartement du même Mahossier, rue de Turbigo...70
Bien sûr, la maîtrise du réseau routier de la capitale rentre encore ici dans les limites de la normalité. Ainsi que lorsque Maigret témoigne de connaître nettement la subdivision de la ville en différentes zones de juridiction:
D'abord, il n'avait aucun droit d'opérer du côté de Maisons-Laffitte, qui était en dehors de son territoire. Selon les règlements, il aurait dû en référer à la rue de Saussaies, qui aurait envoyé des hommes de la Sûreté rationale, ou obtenir une commission rogatoire pour la gendarmerie de Seine-et-Oise, ce qui aurait pris des heures.71
C'est toujours dans Maigret, Lognon et les gangsters, que l'on rencontre cependant ce que je n'hésiterais pas à définir l'un des passages les plus déconcertants à ce propos.

Le commissaire, qui s'est aperçu qu'il était filé dans la nuit par un gangster qui veut l'attirer dans un guet-apens, donne des dispositions à l'inspecteur Bonfils, au téléphone, afin qu'il prépare une action pour le secourir et pour attraper le criminel:

J'ai me mieux que l'opération se déroule dans une rue déserte. La rue Grange-Batelière fera l'affaire. Elle n'est pas longue et il sera facile de la fermer aux deux bouts. Tu vas ensuite envoyer deux ou trois agents en uniforme dans la rue Drouot (...). Nicolas et Davers iront prendre place sur les marches du passage Jouffroy.Je suppose qu'à cette heure-ci les grilles du passage sont fermées? (...) Quant à toi, tu prendras quelques sergents de ville et tu refermeras la rue Faubourg-Montmartre.72
On dirait que Maigret a le plan de la ville gravé dans sa tête; le dédale des rues parisiennes, y compris les passages minuscules, est imprimé dans la mémoire du commissaire. Si parfois le commissaire fait recours à un plan de la ville, ce n'est pas lui qui en a besoin, mais plutôt ses hommes, auxquels fait défaut la totale maîtrise de la disposition des rues, apanage exclusif du commissaire:
[Maigret] les réunit tous les quatre dans son bureau et, devant un plan de Montmartre, leur expliqua ce qu'il attendait d'eux.73
Par ailleurs, cette compétence semble se limiter à la seule dimension urbaine de Paris. Maigret aussi, une fois sorti de la capitale, peut bien se perdre. Et cela se produit là où le cadre des routes de la ville ne peut plus l'aider, là où le plan de Paris n'est plus en jeu.

Toujours pendant la recherche des gangsters, par exemple, Maigret doit sortir de sa juridiction et quitter Paris; à ce moment-là, la disposition des rues abandonne son status d'aide impeccable aux mouvements du commissaire et se transforme en un obstacle presque incontournable:

Ce furent des explications à n'en plus finir. Maigret dut appeler le chauffeur, car il ne s'y retrouvait pas dans les carrefours qu'on lui désignait, ni dans les tournants à droite et à gauche.74
De telles situations nous laissent pressentir que la maîtrise dont Maigret fait normalement preuve est le résultat d'un rapport privilégié, qui s'instaure entre le commissaire et Paris ou, plus correctement, entre le commissaire et la carte géographique de la ville.

A l'appui de cette hypothèse, je citerai un passage du conte Maigret et l'inspecteur malgracieux, où le commissaire se rend dans la vaste salle de Police-Secours voir son neveu qui travaille à la centrale téléphonique.

Cette salle se trouve de l'autre côté de la rue par rapport au siège de la Police Judiciaire. «Inconnue de la plupart des Parisiens, [quoi qu'elle soit] pourtant le coeur même de Paris»75, c'est la salle de prédilection de Maigret. Ce qu'il y apprécie davantage, c'est le plan de la ville attaché au mur, et qui reproduit tous les endroits où se trouvent les appareils pour appeler d'urgence la police: «l'immense plan de Paris qui était sur tout un pan du mur.»76

L'attitude de Maigret face au plan de la ville couvert de lumières clignotantes trahit une véritable considération:

Maigret a toujours prétendu que les jeunes inspecteurs devraient être tenus de faire un stage d'un an au moins dans cette salle afin d'y apprendre la géographie criminelle de la capitale, et lui-même, à ses moments perdus, vient volontiers y passer une heure ou deux.77
«Apprendre la géographie criminelle de la capitale»: voilà l'une des raisons qui poussent Maigret vers la salle de Police-Secours pour y passer volontiers une heure ou deux.

Cette fréquentation explique, du moins en partie, la familiarité extraordinaire avec le réseau routier de Paris qui caractérise Maigret, mais elle éclaire surtout la nature du lien qui l'unit à l'espace urbain: pour Maigret, cet énorme plan attaché au mur de Police-Secours est le coeur de Paris. Le noyau vital de la ville est un plan qui reproduit ses rues, ses ruelles, ses impasses et ses boulevards...

Afin de proposer une hypothèse d'interprétation de ce trait relevant du rapport entre Maigret et la géographie routière de Paris, il est indispensable d'introduire une brève réflexion générale sur l'un des aspects fondamentaux du roman policier.

L'une des stratégies que l'on rencontre à la base du roman policier «classique» est la représentation de l'effort dont le succès s'avère très rassurant pour le lecteur — que l'on accomplit afin de reconstituer un ordre (celui qu'assurent les normes socialement acceptées) qui a été compromis par l'acte criminel.

Le malfaiteur est assuré de la Justice, ce qui suggère une sorte de réparation qui rétablit et confirme, au niveau social, l'état des choses préalable au crime.

C'est surtout dans le roman d'énigme que «l'enquête matérielle se transforme en une aventure de la pensée logique et déductive qui cherche moins à capter physiquement le criminel qu'à comprendre intellectuellement un phénomène inexplicable»78.

De l'inexplicable au compréhensible, de la confusion à la linéarité, du chaos au cosmos.

Autrement dit, «le roman à énigme s'accorde la mission sacrée de restaurer la lisibilité du monde. Au terme de l'enquête, la société retrouvera miraculeusement son ordre social et son équilibre judiciaire».79

L'acteur qui opère la conversion qui ramène du chaos à l'ordre, est la figure de l'agent de police ou de l'enquêteur. Cela est valable aussi pour le commissaire Maigret. Dans La première enquête de Maigret, on livre au lecteur une exigence profonde qui hante l'âme du jeune Jules absorbé dans une méditation sur les choix qu'il devra opérer dans sa vie professionnelle lorqu'il aura atteint l'âge adulte:

Pour tout dire, le métier qu'il avait toujours eu envie de faire n'existait pas. Tout jeune, dans son village, il avait eu l'impression que des tas de gens n'étaient pas à leur place, prenaient un chemin qui n'était pas le leur, uniquement parce qu'ils ne savaient pas.
Et il imaginait un homme très intelligent, très compréhensif, surtout, a la fois medecin et prêtre, par exemple, un homme qui comprendrait du premier coup d'oeil le destin d'autrui (...)
On serait venu consulter cet homme-là comme on consulte un docteur. Il aurait été, en quelque sorte, un raccommodeur de destins. Pas seulement parce qu'il était intelligent. Peut-être n'avait-il pas besoin d'être d'une intelligence exceptionnelle? Mais parce qu'il était capable de vivre la vie de tous les hommes, de se mettre dans la peau de tous les hommes. (...)
Et les policiers, justement, ne sont-ils pas parfois des raccommodeurs de destins?80
La même exigence se propose de nouveau à l'occasion d'un autre moment de réflexion, dans Maigret et le corps sans tête, cette fois, c'est la figure du psychanalyste et non plus celle de l'agent de police qui se manifeste comme la réalisation, possible quoiqu'imparfaite, de cette profession fantomatique:
Lorsqu'il était jeune et qu'il rêvait de l'avenir, n'avait-il pas imaginé une profession idéale qui, malheureusement, n'existe pas dans la vie réelle? Il ne l'avait dit à personne, n'avait jamais prononce les deux mots à voix haute, fût-ce pour lui-même: il aurait voulu être un «raccommodeur de destinées.»
Curieusement, d'ailleurs, dans sa carrière de policier, il lui était arrivé assez souvent de remettre à leur vraie place des gens que les hasards de la vie avaient aiguillés dans une mauvaise direction. Plus curieusement, au cours des dernières années, une profession était née, qui ressemblait quelque peu à celle qu'il avait imaginée: le psychanalyste, qui s'efforce de révéler à un homme sa vraie personnalité. 81
Raccommodeur de destins, raccommodeur de destinées: cette expression singulière signale, de manière implicite, une instance qui pousse à réparer, à essayer de porter remède à un mal, en supprimant (dans la limite du possible) ses effets négatifs. Une instance qui tend à rétablir un état initial positif qui, pour quelque raison, a été perdu.

Dans le vague des réflexions hésitantes du futur commissaire, perce le désir de reconstruire, d'assurer l'ordre là où, d'une manière ou d'autre, il a été entamé.

L'admiration pour cet énorme «plan de Paris» de la salle de Police-Secours est l'admiration pour la reproduction du rangement de l'espace urbain.

Avoir bien clair dans la tête le cadre du réseau routier de la ville, la représentation de sa géographie, c'est posséder l'instrument qui livre, de manière rationnelle, ordonnée, lisible, la réalité urbaine — assurément complexe et articulée — sur laquelle le commissaire Maigret doit veiller.

Il n'est donc pas étonnant que le rapport entre le «raccommodeur» et la réalité urbaine passe par les coordonnées spatiales, comme les rues et les boulevards, parce qu'ils sont les paramètres qui permettent d'ordonner la ville même, en la disposant de manière linéaire sous les yeux de Maigret.

Ne pouvant pas étendre cette attitude — qui assure la sauvegarde de l'harmonie et de la sûreté — à toute la réalité, Maigret contrôle et gouverne, par sections spatiales, sa ville:

Faute de pouvoir couvrir toute la France, Maigret s'en tenait à Montmartre, il n'avait pas pu dire au juste pourquoi.82
C'est peut-être la manifestation la plus subtile des exigences intimes qui président à l'âme du commissaire Maigret. Le «plan de Paris» est nécessairement gravé dans sa mémoire, en tant que modèle et moyen, à la fois, pour satisfaire aux instances primaires qui font agir Maigret: ordonner et classer.

Il me semble que la lecture critique que j'ai menée jusqu'ici signale que le système des rues de Paris se révèle sans aucun doute important; non pas tellement parce qu'il contribue, à travers l'évocation des toponymes, à intensifier la coloration de véridicité de l'histoire, mais plutôt pour ce qu'il représente aux yeux de Maigret.

Les noms des rues identifient méthonymiquement les différentes affaires auxquelles s'intéresse le commissaire; l'identification d'un boulevard ou d'un quartier communique immédiatement la classe sociale à laquelle appartient celui qui y habite; le réseau routier parisien que Maigret garde en mémoire lui permet de contempler le modèle d'ordre vers lequel semble systématiquement tendre tout lien qu'il ait avec les rues de Paris et de l'exploiter en sa faveur.

C'est en raison de leur capacité de satisfaire aux instances d'ordre et de classement de Maigret que les rues de Paris, ses boulevards et ses places deviennent le point de repère grâce auquelle commissaire coordonne et organise la réalité qui l'entoure ou qu'il garde en lui.

A ce propos, un dernier épisode, un petit passage de Maigret et la Grande Perche me paraît exemplaire.

Ernestine, qui s'est rendue au bureau du commissaire lui demander secours, fait remettre un billet à Maigret pour qu'il la reçoive:

Ernestine, dite la Grande Perche (ex-Micou, actuellement Jussiaume), que vous avez arrétée, il y a dix-sept ans, rue de la Lune, et qui s'est mise à p... pour vous faire enrager, sollicite l'honneur de vous parler83
Le texte fait allusion à une anecdote qui remonte aux débuts de la carrière de Maigret: il s'était rendu au quartier Saint-Denis, dans la chambre où logeait la jeune fille pour l'arrêter, sous l'accusation de vol. Alors, Ernestine s'était complètement déshabillée, s'était allongée sur son lit et, pour le provoquer, avait enfin invité le jeune inspecteur à la conduire en prison. Le pauvre Maigret avait dû demander l'intervention de deux agents du quartier. Ceux-ci avaient enveloppé la jeune fille dans une couverture et l'avaient emportée, à bout de bras, sous le regard de ses voisins et la gêne du jeune inspecteur.

Un tel épisode ne devrait pas s'effacer facilement de la mémoire. Cependant, Maigret, en lisant le billet, sera à même de dissiper le brouillard du passé seulement lorsqu'une coordonnée spatiale, le nom d'une rue, viendra à son secours en lui livrant la maîtrise de la situation:

Maigret ne se rappelait ni ce nom Micou, ni Jussiaume, ni ce surnom de Grande Perche, mais il gardait un souvenir précis de la rue de la Lune, par un jour très chaud comme aujourd'hui, qui rend le bitume élastique sous les semelles et imprègne Paris d'une odeur de goudron.84


NOTES
1.  M. PIRON, L'univers de Simenon, Paris, Presses de la Cité, 1983, p. 15.
2.  Cfr., à ce propos, M. LEMOINE, Les lieux de Maigret in AA.VV., Simenon: l'homme, l'univers, la création, Bruxelles, Editions Complexe, 1993, pp. 94-109; F. FRANCK, Het Parijs van Simenon, Antwerpen, Uitgeverij Ontwikkeling, 1969; Le Paris de Simenon. Photographies de Daniel Langendries, «Cahiers Simenon», 2, 1988, pp. 65-96. Quelques études representent une exception partielle: M. DÉCAUDIN, Topographie et imaginaire chez Simenon, «La Licorne», 12, 1986; M. LEMOINE, Quelques particularités toponymiques dans l'oeuvre romanesque de Georges Simenon, «TRACES», 2, 1992, pp. 21-46 (bien qu'il ne porte pas sur l'espace parisien); R. ADRIANNE, L'imaginaire urbain chez Simenon in R. FRICKX, D. GULLENTOPS, Le Paysage urbain dans les Lettres françaises de Belgique, Bruxelles, VUB Press, 1994, pp. 83-90.
3.  G. SIMENON, Maigret en meublé, Paris, Presses de la Cité, 1990 p. 15. Tous les romans du cycle Maigret seront indiqués en note, après la première citation, uniquement par leur titre.
4.  G. SIMENON, Le revolver de Maigret, Paris, Presses de la Cité 1995, p.81.
5.  G. SIMENON, Maigret chez le ministre, Paris, Presses de la Cité 1990, p. 79.
6.  G. SIMENON, La première enquête de Maigret, Paris, Presses de la Cité, 1990, p. 50.
7.  G. SIMENON, Maigret et l'homme tout seul, Paris, Presses de la Cité, 1990, p. 82.
8.  G. SIMENON, Maigret et l'inspecteur malgracieux, Paris, Presses de la Cité, 1977, pp. 7-50, cit. p. 10.
9.  Maigret et l'homme tout seul, p. 9.
10.  Ibid., p. 19.
11.  Ibid., p. 49.
12.  Ibid., p. 44.
13.  Ibid., p. 50.
14.  G. SIMENON, Maigret et la Grande Perche, Paris, Presses de la Cité, 1995, p. 14.
15.  G. SIMENON, On ne tue pas les pauvres types in Maigret et l'inspecteur malgracieux, cit., pp. 141-185, cit. p. 178.
16.  Maigret et la Grande Perche, p. 54.
17.  La première enquête de Maigret, p. 10.
18.  Maigret et l'homme tout seul, p. 55.
19.  Maigret et l'inspecteur malgracieux, pp. 10-11.
20.  Ibid., p. 20.
21.  G. SIMENON, Maigret, Lognon et les gangsters, Paris, Presses de la Cité, 1990, p. 20.
22.  G. SIMENON, Maigret se trompe, Paris, Presses de la Cité, 1995, p. 21.
23.  Cfr. Ibid., passim.
24.  Maigret, Lognon et les gangsters, p. 146.
25.  Ibidem.
26.  M. PIRON, op. cit.,p. 15.
27.  La première enquête de Maigret, p. 13.
28.  Ibid., p. 71
29.  G. SIMENON, Maigret au Picratt's, Paris, Presses de la Cité, 1995, pp. 5-6.
30.  Maigret et l'homme tout seul, p. 20.
31.  SS. VAN DINE, Vingt règles pour le crime d'auteur in M. LITS, Pour lire le roman policier, Bruxelles, Deboek/Duculot, 1994, pp. 19-22 (règle n.° 1 6). Le texte original a paru comme préface à The Great Detective Stories (1927) et dans «The American Magazine» en 1928.
32.  J. DUBOIS, Le roman policier ou la modernité, Paris, Nathan, 1992, p. 122.
33.  J.-N. BLANC, Polarville, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1991, p. 29.
34.  J.-M. KLINKENBERG, Réalites d'un discours sur le réel dans C. GOTHOT-MERSCH, J. DUBOIS, J.-M. KLINKENBERG, D. RACELLE-LATIN, Ch. DELCOURT, Lire Simenon, Paris-Bruxelles, Nathan-Labor, 1980, pp. 117-138, cit. pp. 130-131.
35.  R. BARTHES, op. cit.. p. 24.
36.  Ibidem.
37.  R. ADRIANNE, op. cit., p. 84.
38.  J.-M. KLINKENBERG, op. cit., p. 135.
39.  L. GRIMALDI, Il giallo e il nero, Milano, Pratiche Editrice, 1996, pp. 24-25.
40.  Cfr. ce que remarque Jean FABRE dans Enquête sur un enquêteur, Maigret. Un essai de sociocritique, Montpellier, Editions du C.E.R.S., 1981, à propos du paysage: «un paysage (Paris notamment) dont les édifices publics non fonctionnels (autres que le Quai des Orfèvres ou la Morgue) ne sont à peu pres jamais décrits ni même évoqués. Les noms des rues seuls écrivent l'action en minuscules, gommant les majuscules des monuments dans lesquels d'ordinaire se concentre et se concrétise le temps historique» (p. 30).
41.  Maigret et l'inspecteur malgracieux, p. 34.
42.  On ne tue pas les paueres types, p. 173.
43.  Maigret et l'homme tout seul, p. 153.
44.  La première enquête de Maigret, p. 28.
45.  Maigret se trompe, pp. 110-111.
46.  M. LITS, op. cit., p. 99.
47.  J. DUBOIS, Politique de Maigret, «T.R.A.C.E.S.», 2, 1990, pp. 7-23, cit. P. 10.
48.  Maigret et l'homme tout seul, p. 18.
49.  J.-N. BLANC, op. cit., p. 176.
50.  Maigret et l'homme tout seul, p. 20.
51.  Maigret, Lognon et les gangsters, p. 72.
52.  La première enquête de Maigret, pp. 29-30.
53.  ; Maigret, Lognon et les gangsters, p. 168
54.  Maigret se trompe, p. 51.
55.  Ibid., pp. 51-52.
56.  De là, le narrateur parvient à plusieurs conséquences narratives, qui dépassent la simple dimension de la toponomastique urbaine. Le personnage qui, d'une manière ou d'une autre, n'est pas à «sa» place est non seulement soupçonné — comme il arrive à Lulu dans Maigret se trompe — d'actions tout autres que limpides, mais il se révèle, fort probablement (sans que cela se transforme en une règle de composition inflexible) l'auteur d'actes criminals: la stripteaseuse du «Picratt's», Arlette, est tuée par Oscar Bonvoisin, «originaire de l'Auvergne» (Maigret au Picratt's, p. 143), Les coupables de Maigret, Lognon et les gangsters sont, comme le titre le suggère, étatsuniens; Madame Gouin, meurtrière de la maitresse de son mari «n'etait qu'une obscure infirmière (...) devenue du jour au lendemain Mme Gouin» (Maigret se trompe, p. 172): femme d'un célèbre chirurgien, elle n'est pas seulement d'humbles origines, mais son père «était pêcheur en Bretagne» (p. 60).
57.  J. DUBOIS, Le roman policier ou la modernité, cit., p. 171.
58.  M. LITS, op. cit., p. 98.
59.  Marc Lits à part, cfr. aussi E. MANDEL, Delightful Murder. A Social History of the Crime Story, Minneapolis, University of Minnesota Press, 1984 («What characterizes the classics of the detective story and separates them from their precursors as much as from subsequent writers is the extremely conventionalized and formalized character of their plots. To a large extent this marks a return to Aristotle's famous rules of the drama: unity of time, place and action», p. 25), T. STEELE The Structure of the Detective Story: Classical or Modern?, «Modern Fiction Studies», 4, winter 1981-82, vol. 27, pp.555-570 («The detective story is undeniably Aristotelian in a variety of ways, and whatever the customary attitude towards it, it is unquestionably sustained by literary conventions which have a long history», p. 556).
60.  Autour de l'espace dans le roman policier, cfr., entr'autres, A. PIETROPAOLI, Ai confini del giallo, Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane, 1986.
61.  H. VELDMAN, La tentation de l'inaccessible, Amsterdam, Rodopi, 1981, p. 63.
62.  Ibid., p. 67. A l'appui de cette anecdote concernant la rédaction des romans de Simenon, cfr. aussi G. SIMENON, L'âge du roman, Bruxelles, Editions Complexe, 1988, pp. 67 et 79.
63.  On ne tue pas les pauvres types, p. 157.
64.  Ibid., pp. 159-160. C'est moi qui souligne.
65.  Maigret, Lognon et les gangsters, p. 61. C'est moi qui souligne.
66.  La première enquête de Maigret, pp. 105-106.
67.  Maigret au Picratt's, p. 58. C'est moi qui souligne.
68.  R. CAILLOIS, Approches de l'imaginaire, Paris, Gallimard, 1974, p. 183.
69.  Maigret et l'homme tout seul, pp. 23-24.
70.  Ibid., p. 130.
71.  Maigret, Lognon et les gangsters, p. 143.
72.  Ibid., pp. 119-121.
73.  Maigret au Picratt's, p. 150.
74.  Maigret, Lognon et les gangsters, p. 148.
75.  Maigret et l'inspecteur malgracieux, p. 8.
76.  Ibid., p. 7.
77.  Ibid., p. 9.
78.  F. EVRARD, Lire le roman policier, Paris, Dunod, 1996, p. 94.
79.  A. BERTRAND, Georges Simenon, Lyon, La manufacture, 1988, p. 19.
80.  La première enquête de Maigret, pp. 90-91. C'est moi qui souligne.
81.  G. SIMENON, Maigret et le corps sans téte, Paris, Presses de la Cité, 1978, pp. 62-63.
82.  Maigret et l'homme tout seul, p. 66.
83.  Maigret et la Grande Perche, p. 5.
84.  Ibid., pp. 6-7.

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