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Il méprisait cinéma et télé... qui lui ont pourtant rapporté gloire et argent La production Simenon
L'écrivain ne faisait guère confiance à l'image pour traduire l'atmosphère de ses romans. Il avait tort. Exemple frappant avec « La Maison du canal ». Même s'il dut son immense notoriété à sa plume féconde, Simenon ne put nier ou éviter la mainmise du cinéma et de la télé sur son oeuvre. Les réalisateurs n'ont-ils pas souvent bien servi les talents de « médecin des âmes » du romancier liégeois ? Alain Berliner (« Ma vie en rose ») compte désormais parmi ceux-ci. Sa « Maison du canal » (un roman de 1953) est une petite perle bienvenue en ces temps de commémoration. Elle met en scène une jeune femme (Isild Le Besco, alias Edmée, vue récemment dans « Les filles ne savent pas nager ») plongée dans l'univers étouffant de ses cousins flamands, entre désirs larvés et ciel si bas... Avec ses « climats » du nord (le canal de Damme), ses moeurs campagnardes déroutantes pour une jeune fille de la ville, ses péniches sortant de la brume, et ses pieux secrets, « La Maison du canal » cumule toutes les qualités inhérentes aux romans de Simenon. Les intérieurs, les conversations, la rivalité entre frères pour la troublante Edmée, les sillons gras des champs environnants, et l'eau noire où stagnent les espoirs de vie meilleure, tout est admirablement traduit en images. Simenon aurait sans doute été content du résultat final. Télé/cinéma et littérature sont finalement très imbriqués dans la « carrière » de Simenon. Ils ont forgé la légende en y prenant leurs parts respectives. A l'autopsie, la patte de Simenon semble aisément adaptable, voire transposable de la version papier à la pellicule. « Tout est atmosphère » « Chez Simenon, tout est atmosphère », prétend Pierre Granier-Deferre, un fin connaisseur du romancier. Entre le mythe et l'auteur de romans de gare, il faut selon lui adopter une 3` voie, centrée sur les méandres de l'humain. Il y a une seconde lecture, qui vous permet de sonder la profondeur psychologique des personnages, leurs failles... et de capter le désespoir latent qui règne dans l'oeuvre de Simenon. Cette ligne claire du récit contredite par l'épaisseur des caractères fournit un bon matériau aux cinéastes. Tout s'entremêle chez Simenon, son vécu et son imaginaire. Alain Berliner a sans doute saisi, lui aussi, ce double jeu accentué ici par les échos très belges de « La Maison du canal » (on y parle flamand, y compris Jean-Pierre Cassel, doublé pour la circonstance). Simenon se définit (si c'est possible) comme un impressionniste des ressorts intimes des hommes et des femmes traversant ses récits. Une toile opaque faite d'aveux plus ou moins retenus. Il savait faire naître la vie. Une vie un peu glauque qui vous saute aux yeux. Son mérite a été de savoir créer des ambiances, peindre des caractères, en n'utilisant que quelques mots, et toujours avec une extrême finesse de trait, juge Bruno Cremer alias Maigret depuis douze ans. Moments de crise, abîmes personnels, instincts refoulés, « J'aime penser de Simenon qu'il est un romancier de l'inconscient », ajoute le dernier interprète du célèbre commissaire. Simenon ou l'art d'habiter une maison privée, noyée dans le canal des sentiments... Bernard Meeus.
jeudi 13/2, RTBF I, 20h55.
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