"LA MARIE DU PORT" (1938)

écrit à Port-en-Bessin (France)

On vient d'enterrer son père. Ses frères et sœurs cadets sont recueillis par des oncles. Sa sœur aînée est la maîtresse dolente d'un patron de brasserie à Cherbourg, Marré veut rester à Port-en-Bessin et s'embauche comme serveuse dans un bar à pêcheurs. Elle sait qu'un jour elle épousera un propriétaire de bateau et possédera une maison dans le quartier des riches...

« Il crachinait. Le pavé était gras, couvert d'une fine boue noire qui gardait la trace des pas et des roues. On voyait les deux cheminées penchées d'un paquebot allemand à la gare maritime où on attendait le train transatlantique. »

« Pouvait-on deviner que tout ce qu'on disait se mélangeait étrangement dans l'esprit de Viau ?
Pendant des années et des années, il n'avait guère bu plus qu'un autre, plutôt moins. On n'avait jamais rien eu à lui reprocher, au contraire ! C'était un homme qui, comme il le disait volontiers, faisait ce qu'il pouvait et n'hésitait pas à rendre service.
- Il est méritant...
C'était le mot. Il méritait mieux que ces malheurs qui lui tombaient dessus et, depuis que son bateau était vendu, depuis qu'il voyait des gens, dans le port, occupés à le remettre à neuf, cette idée de fatalité malveillante tournait à l'idée fixe. »

« Il faisait encore noir. Elles étaient trois ou quatre sur le quai, en sabots, en châle, les cheveux pas peignés et sur les trois, deux portaient un gosse et une en traînait deux par la main. Quand le bateau commença à avancer, les femmes avancèrent en même temps, sur le quai, et à la fin elles devaient courir. Puis il arriva un moment où on ne vit plus de bateau et où elles s'arrêtèrent, se retrouvèrent ensemble et revinrent lentement, en serrant leur châle, car le froid du matin se sentait davantage. »