Titre. « Le port des brumes ».
Lieu de l'action. Ouistreham, Caen et Paris.
Héros. Maigret et face à lui Raymond Grandmaison, industriel norvégien d'origine française, célibataire d'âge mûr, un fils.
Forme. Une enquête bouclée en quatre jours dans un climat pesant où tous les personnages ont une importance égale.
Première publication. Fayard, 1932.
PIERRE MAURY
Le
capitaine Joris n'a plus toute sa tête quand Maigret le ramène à
Ouistreham, où il était chef du port avant de disparaître dans la brume
le soir du 16 septembre. Six semaines plus tard, quand on l'a retrouvé
à Paris, il portait sur le crâne la cicatrice d'une blessure par balle
et son compte en banque avait été crédité de trois cent mille francs.
L'énigme
finit de se mettre en place quand Joris, à peine rentré chez lui avec
Julie, sa gouvernante, meurt empoisonné à la strychnine. Elle est aussi
épaisse que le brouillard dans lequel Maigret se cherche des points de
repère : En somme, l'univers se réduit à quelques mètres carrés de
clarté relative et à un grand trou noir où l'on devine de la terre
ferme et de l'eau. La mer est là-bas, à gauche, à peine bruissante.
Dans
cette enquête, Maigret connaît un problème singulier : il est un
terrien face à des marins qui ne lui parlent guère. Entre eux, ils se
jaugent d'un regard, qu'expliqueraient-ils à quelqu'un qui ne peut les
comprendre ? Il y a donc des silences très lourds dans un roman où
Simenon a dû s'amuser, on l'imagine, à utiliser sa propre connaissance
des bateaux sans la transmettre à son commissaire.
Ce n'est pas
son seul problème : fidèle à lui-même, il s'est mis, aussitôt arrivé, à
côtoyer la petite société de la Buvette de la Marine. Le maire n'est
pas du même monde et ne voit pas d'un bon œil les fréquentations de
Maigret. Autant dire que la plupart des portes lui sont fermées et
qu'il doit faire seul son chemin parmi une population qui ne l'accepte
pas.
Une nuit, alors qu'il veut empêcher le départ d'un bateau
dont l'équipage lui semble suspect, il est maîtrisé, ficelé et jeté
sans ménagement sur le quai où il passe la nuit, sous la pluie, avant
d'être libéré par un pêcheur. Il ne tiendra pas vraiment rigueur de
cette mésaventure à ceux qui la lui ont fait subir. Et ira même jusqu'à
modifier les résultats de ses investigations afin de satisfaire tout le
monde. L'obsession de la vérité est moins grande chez lui que le souci
de la paix sociale.
Quand tout est terminé, Maigret ne se décide
pas à partir : il a trouvé, à la Buvette de la Marine, la chaleur
humaine qui lui convient, la pipe aux dents, un verre de bière à
portée de la main, écoutant les histoires que racontaient autour de lui
des hommes en bottes de caoutchouc et en casquette de marin.
Georges Simenon, « Le port des brumes », Pocket, n° 6233, 300 pp., 4,70 €.