Les
Presses de la Cité ont également réédité « La chambre
bleue », court roman qui, à sa publication dans les années 60,
passa quasiment inaperçu. Certes, on n'y trouve pas la figure populaire
de Maigret mais il s'agit là d'un Simenon de haute volée, où le lecteur
suit pas à pas les angoisses de Tony, accusé d'un double meurtre.
Tout
débute dans la chambre bleue. Tony et Andrée s'y retrouvent
régulièrement pour assouvir leur passion. Pour Tony, il s'agit avant
tout d'une complicité physique qu'il ne s'explique d'ailleurs pas tout
à fait. Pour Andrée, il s'agit d'une véritable passion. Ce jour-là,
Andrée pose à Tony la question de tous les dangers : « Si je
devenais libre… tu te rendrais libre aussi ? » Tony ne
répondra pas et Andrée prendra ce silence pour une forme
d'acquiescement.
Dès les premiers pages, c'est Tony qui parle,
soit littéralement lors de ses interrogatoires face au juge et au
psychiatre, soit en pensée, tandis que son esprit évoque l'engrenage
infernal qui le mènera à la condamnation. Le mari d'Andrée est mort, la
femme de Tony également. Tout le monde au village est persuadé qu'il
s'agit d'un double meurtre. Tony lui-même en est convaincu. Mais tout
le monde pense que Tony est coupable alors que seul lui et Andrée
savent qu'il n'y est pour rien.
Passionnant de bout en bout,
« La chambre bleue » nous fait vivre ce parcours dans la peau
d'un homme ordinaire, que toutes les apparences condamnent. Et on reste
comme lui, pétrifié, par le sourire d'Andrée qui à l'énoncé de la
double condamnation lui crie, triomphante : « Ils ne nous ont
pas séparés ».
Roman implacable, l'histoire de Tony est de celles qui ne vous lâchent plus.
J.M. Wy.
« La chambre bleue », Presses de la cité, 14,50 €.