ÉRIC RENETTE
On
attendait beaucoup (trop ?) de l'exposition « Simenon... un
siècle », dont l'inauguration officielle, hier, marquait le point
de départ de l'Année Simenon à Liège. Aux manettes : Jeannot
Kupper, déjà concepteur de l'expo « Tout Simenon » qui, de
manière originale, célébrait le... nonantième anniversaire de la
naissance du père de Maigret et qui avait attiré 220.000
visiteurs !
Dix ans plus tard, pour renouveler l'exploit,
l'équipe d'EuroCulture devait donc relever un défi technique
(renouveler une mise en scène qui a fait ses preuves) et conceptuel (ne
pas se répéter). L'option a donc été de privilégier une approche
thématique là où Simenon était exposé chronologiquement en 1993. A
première vue (mais le montage de l'exposition n'était pas encore achevé
lors de la visite de presse), l'objectif est atteint, à moitié au
moins...
L'exposition se découvre donc à travers différents
espaces et reconstitutions réalistes. L'aventure commence dans un
square 1900 où sont illustrés les premiers pas dans l'écriture du
« petit Sim ». Puis, les couloirs d'un paquebot content des
voyages où se côtoient - mais en s'y répétant de manière
lassante - les chambres de Simenon, Gide, Céline, Hemingway.
Viennent
alors la naissance de Maigret et la comparaison de son bureau avec
celui de quelques confrères (Nestor Burma, Philippe Marlowe, Sherlock
Holmes), mais aussi d'une plus récente consœur (la morgue de la médecin
légiste Kay Scarpetta).
Dans le registre classique, on découvrira
encore quelques reconstitutions de plateaux de cinéma, pour montrer
l'influence de l'œuvre simenonienne dans le 7e art, ainsi qu'une
salle de projection rappelant les extraits des plus célèbres
adaptations. La reproduction d'une péniche amarrée à une écluse est
supposée traduire l'« ambiance simenonienne » par excellence.
Beaucoup d'effort pour peu d'effet ?
On entre aussi plus
intimement dans le monde de l'écrivain à travers ses romans « de
la destinée » ou à travers une « galerie » de Simenon et
ses (10.000) femmes réalisées à la fois de manière pudique mais
néanmoins complète.
Le bureau du grand Georges trône au centre de
l'exposition. Autour de lui, l'espace est réservé aux « rituels de
l'écriture », ces manies du romancier indispensables pour
« se mettre en écriture ». Autour, les habitudes ritualisées
d'autres écrivains sont ébauchées à travers de simples textes. Enfin,
avant de déboucher sur la bibliothèque (une « rue » bordée de
130 dos de livres de Simenon), une salle en forme de trou de serrure
ouvre le regard vers un Simenon plus privé encore (amis, maisons...).
Réussite : tout au long de ces espaces, c'est la voix de Simenon qui guide le public et commente les événements.
Mais
si l'exposition se veut un des éléments marquants de l'Année Simenon à
Liège, elle souffre néanmoins quelques critiques. Se voulant de
rayonnement international, elle méritait plus qu'un bilinguisme partiel
français-néerlandais - les germanophones et anglophones devront se
contenter d'un simple plan traduit... Le passage en revue des autres
auteurs du siècle reste... littéraire et anecdotique. Enfin, et
surtout, de l'avis des connaisseurs (en est-il de même pour le grand
public ?), la version 2003 est beaucoup plus froide, moins
interactive que sa petite sœur de 1993.
Une manière comme une
autre de souligner que les concepteurs ont eu raison dix ans trop
tôt... mais qui ne suffira sans doute pas à justifier le prix d'entrée
(9 euros pour les adultes).
Jusqu'au 30 septembre, tous les jours de 10 à 18 heures (22 heures le vendredi). Réserv. : 02-412.58.58.