Titre. « Malempin ».
Lieu de l'action. Paris.
Héros. Le médecin Edouard Malempin, marié, père de deux jeunes fils.
Forme. Narration à la première personne sous la forme d'un journal intime.
Première publication. Chez Gallimard en 1940.
PIERRE MAURY
Au début du roman, le docteur Malempin
devrait être tout guilleret. Mais une sourde crainte le ronge. C'est
son dernier jour de travail avant les vacances, qu'il passera, hors
saison, dans le Midi - pour la première fois, comme une échappée
hors de ses habitudes... En outre, il rentre chez lui avec une nouvelle
voiture.
La journée passe vite, comme dans un souvenir d'enfance
où sa course s'était accélérée jusqu'à s'arrêter brusquement à un mètre
d'un tramway : Est-ce que, ce jour-là, je courais plus vite parce que j'avais une intuition, parce que je sentais la catastrophe ?
Il
retrouve la même hâte qu'autrefois, sans raison apparente, et comprend
la signification de cette nouvelle intuition quand il entre dans
l'appartement : Bilot, un de ses deux fils, est malade, et c'est
grave. Envolées, les vacances ! Il ne reste plus qu'à tenter de
maintenir l'enfant en vie, même si le pronostic est inquiétant.
Mais
ce combat-là n'est, dans « Malempin », qu'un prétexte,
l'événement qui fait basculer une existence pour en découvrir des pans
inédits.
Son fils fiévreux le regarde et Malempin se demande quelle image il gardera de lui plus tard : Est-ce que mon père était bien comme ça ?
On pense au Modiano d'aujourd'hui
Lui-même
n'a jamais voulu savoir qui était vraiment son père et, tout à coup,
là, au chevet du fils, il en éprouve de la honte. En quelques lignes,
Georges Simenon met en place l'énigme familiale : l'oncle Tesson
qui a disparu, la tante qui est une chipie, le père enterré… Alors, au
cours des longues heures près de Bilot, tout le passé revient comme un
flot amer, avec enfin la volonté de comprendre ce qui est arrivé, et
pourquoi.
Le mécanisme de ce roman paru en 1940 fait penser au
Modiano d'aujourd'hui, avec ses jeux de mémoire qui superposent deux
époques, renvoyant inlassablement de l'une à l'autre. C'est pourtant
bien du Simenon. Et un Simenon attaché à dépouiller une histoire
familiale de ses traditions en forme de faux-semblants, pour en
extraire la vérité.
Bien sûr, Malempin reconstitue cette histoire
longtemps après, il lui en manque quelques éléments. Mais il en
retrouve assez, dans des souvenirs qu'il croyait avoir perdus, pour
reconstituer un puzzle qui lui parle de lui-même. Et l'oblige à se
regarder en face : époux et père de famille tout à coup décidé,
dans un dernier chapitre plein de points de suspension, à ne pas
reproduire le gâchis de la génération précédente.
Folio, n°1193, 4,60 €.
Fiche réalisée à partir de « L'univers de Simenon », sous la direction de Maurice Piron, éditions Presses de la Cité.