Home   Bibliography  Reference  Forum  Plots  Texts  Simenon  Gallery  Shopping  Film  Links


lundi 3 mars 2003

Index

« Malempin » ou les échos d'un gâchis passé

Titre. « Malempin ».
Lieu de l'action. Paris.
Héros. Le médecin Edouard Malempin, marié, père de deux jeunes fils.
Forme. Narration à la première personne sous la forme d'un journal intime.
Première publication. Chez Gallimard en 1940.

PIERRE MAURY

Au début du roman, le docteur Malempin devrait être tout guilleret. Mais une sourde crainte le ronge. C'est son dernier jour de travail avant les vacances, qu'il passera, hors saison, dans le Midi - pour la première fois, comme une échappée hors de ses habitudes... En outre, il rentre chez lui avec une nouvelle voiture.

La journée passe vite, comme dans un souvenir d'enfance où sa course s'était accélérée jusqu'à s'arrêter brusquement à un mètre d'un tramway : Est-ce que, ce jour-là, je courais plus vite parce que j'avais une intuition, parce que je sentais la catastrophe ?

Il retrouve la même hâte qu'autrefois, sans raison apparente, et comprend la signification de cette nouvelle intuition quand il entre dans l'appartement : Bilot, un de ses deux fils, est malade, et c'est grave. Envolées, les vacances ! Il ne reste plus qu'à tenter de maintenir l'enfant en vie, même si le pronostic est inquiétant.

Mais ce combat-là n'est, dans « Malempin », qu'un prétexte, l'événement qui fait basculer une existence pour en découvrir des pans inédits.

Son fils fiévreux le regarde et Malempin se demande quelle image il gardera de lui plus tard : Est-ce que mon père était bien comme ça ?

On pense au Modiano d'aujourd'hui

Lui-même n'a jamais voulu savoir qui était vraiment son père et, tout à coup, là, au chevet du fils, il en éprouve de la honte. En quelques lignes, Georges Simenon met en place l'énigme familiale : l'oncle Tesson qui a disparu, la tante qui est une chipie, le père enterré… Alors, au cours des longues heures près de Bilot, tout le passé revient comme un flot amer, avec enfin la volonté de comprendre ce qui est arrivé, et pourquoi.

Le mécanisme de ce roman paru en 1940 fait penser au Modiano d'aujourd'hui, avec ses jeux de mémoire qui superposent deux époques, renvoyant inlassablement de l'une à l'autre. C'est pourtant bien du Simenon. Et un Simenon attaché à dépouiller une histoire familiale de ses traditions en forme de faux-semblants, pour en extraire la vérité.

Bien sûr, Malempin reconstitue cette histoire longtemps après, il lui en manque quelques éléments. Mais il en retrouve assez, dans des souvenirs qu'il croyait avoir perdus, pour reconstituer un puzzle qui lui parle de lui-même. Et l'oblige à se regarder en face : époux et père de famille tout à coup décidé, dans un dernier chapitre plein de points de suspension, à ne pas reproduire le gâchis de la génération précédente.

Folio, n°1193, 4,60 €.

Fiche réalisée à partir de « L'univers de Simenon », sous la direction de Maurice Piron, éditions Presses de la Cité.

Le Soir du lundi 3 mars 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002