Titre. « Le locataire ».
Lieux de l'action. Bruxelles, Charleroi et La Rochelle.
Héros. Elie Nagéar, Turc d'origine portugaise, célibataire, 35 ans.
Forme. L'enquête policière, très mince, soutient une étude psychologique d'un criminel et de son entourage.
Première publication. Gallimard, 1934.
PIERRE MAURY
Elie Nagéar aime trop l'argent facile. A
Bruxelles, la vente de tapis dans laquelle il aurait dû être
intermédiaire semble coincer et les deux cent mille francs promis
s'éloignent. Alors, il prend le train de nuit pour Paris avec un riche
Hollandais, le tue entre Saint-Quentin et Compiègne, lui prend son
argent puis revient tranquillement à Bruxelles. Il y retrouve sa
compagne d'aventures, Sylvie, entraîneuse dans une boîte de nuit, au
moment où le récit du meurtre est déjà dans le journal, heureusement
pour lui très incomplet.
La menace d'une enquête qui conduirait
les policiers jusqu'à l'assassin est néanmoins bien réelle et Sylvie
décide de l'envoyer à Charleroi, chez sa mère qui loue des chambres
garnies. Elie découvre une maison menée d'une main ferme par
madame Baron, dont l'époux, conducteur de trains, a des horaires
chaotiques... De jeunes hommes de nationalités diverses y vivent,
étudiants pour la plupart - vient inévitablement à l'esprit
l'époque où le jeune Simenon côtoyait, chez lui, les étudiants russes
auxquels sa mère louait des chambres et qui lui firent découvrir leur
littérature nationale.
Antoinette, la jeune sœur de Sylvie, qui
vit toujours chez ses parents, sera la première à comprendre que la
situation est beaucoup plus compliquée qu'elle n'en a l'air. Sa mère
est tombée sous le charme du voyou et son père apprécie plutôt ce
locataire. Les autres, plus ou moins consentants, acceptent de taire
leurs soupçons, puis leurs certitudes.
L'essentiel du roman
réside dans l'attitude des membres de cette maison et dans celle
d'Elie, tenté de commettre un autre meurtre en Belgique pour être jugé
dans un pays qui n'applique pas la peine de mort. Quant à madame Baron,
elle est le personnage le plus saisissant, pathétique jusqu'à son
étonnante présence dans la dernière scène…
Folio policier, n°45, 181 pp., 3 €.