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lundi 3 mars 2003

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Un « Locataire » séduisant et encombrant

Titre. « Le locataire ».
Lieux de l'action. Bruxelles, Charleroi et La Rochelle.
Héros. Elie Nagéar, Turc d'origine portugaise, célibataire, 35 ans.
Forme. L'enquête policière, très mince, soutient une étude psychologique d'un criminel et de son entourage.
Première publication. Gallimard, 1934.

PIERRE MAURY

Elie Nagéar aime trop l'argent facile. A Bruxelles, la vente de tapis dans laquelle il aurait dû être intermédiaire semble coincer et les deux cent mille francs promis s'éloignent. Alors, il prend le train de nuit pour Paris avec un riche Hollandais, le tue entre Saint-Quentin et Compiègne, lui prend son argent puis revient tranquillement à Bruxelles. Il y retrouve sa compagne d'aventures, Sylvie, entraîneuse dans une boîte de nuit, au moment où le récit du meurtre est déjà dans le journal, heureusement pour lui très incomplet.

La menace d'une enquête qui conduirait les policiers jusqu'à l'assassin est néanmoins bien réelle et Sylvie décide de l'envoyer à Charleroi, chez sa mère qui loue des chambres garnies. Elie découvre une maison menée d'une main ferme par madame Baron, dont l'époux, conducteur de trains, a des horaires chaotiques... De jeunes hommes de nationalités diverses y vivent, étudiants pour la plupart - vient inévitablement à l'esprit l'époque où le jeune Simenon côtoyait, chez lui, les étudiants russes auxquels sa mère louait des chambres et qui lui firent découvrir leur littérature nationale.

Antoinette, la jeune sœur de Sylvie, qui vit toujours chez ses parents, sera la première à comprendre que la situation est beaucoup plus compliquée qu'elle n'en a l'air. Sa mère est tombée sous le charme du voyou et son père apprécie plutôt ce locataire. Les autres, plus ou moins consentants, acceptent de taire leurs soupçons, puis leurs certitudes.

L'essentiel du roman réside dans l'attitude des membres de cette maison et dans celle d'Elie, tenté de commettre un autre meurtre en Belgique pour être jugé dans un pays qui n'applique pas la peine de mort. Quant à madame Baron, elle est le personnage le plus saisissant, pathétique jusqu'à son étonnante présence dans la dernière scène…

Folio policier, n°45, 181 pp., 3 €.

Le Soir du lundi 3 mars 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002