Titre. « Le relais d'Alsace »
Lieu de l'action. Col de la Schlucht.
Héros. Monsieur Serge, alias le Commodore, célibataire, âge mûr, escroc international. Originaire de la Schlucht.
Forme.
L'histoire, qui se déroule sur une semaine, est racontée du point de
vue d'un spectateur détaché d'action. Elle comporte des retours au
passé de Monsieur Serge.
Première publication. Fayard, 1931.
ÉRIC DEFFET
L'automne venu, on ne se bouscule guère au
Grand Hôtel et au Relais d'Alsace, les deux adresses pour touristes qui
meublent le col de la Schlucht. Sauf le dimanche quand le petit peuple
de Munster ou de Colmar vient prendre un peu de bon temps autour d'une
pinte de bière ou d'un verre de quetsche. Par temps clair, le panorama
est magnifique et la promenade agréable.
Le Grand Hôtel sert de
refuge aux époux Van de Laer, de riches Hollandais qui détonnent dans
ce coin perdu avec leur Packard grand luxe et leur chauffeur stylé. Le
Relais d'Alsace, plus modeste, tient plus de la pension de famille.
Monsieur Serge y a pris ses quartiers. Plutôt bel homme, de bonnes
manières, mais curieux personnage, vraiment : « C'est au
sujet de votre petite note... », ose enfin lui dire Madame Keller,
la patronne.
On la comprend : au régime pension complète
depuis des mois, Monsieur Serge n'a pas encore réglé un franc. On ne le
voit guère, parce qu'il passe des heures à marcher dans la campagne. Le
soir, autour du repas, sa compagnie est agréable. Et il fait rire et
rougir Gredel et Lena, les deux petites servantes, ce qui est plutôt
sympathique. Mais l'ardoise s'allonge, tout de même !
« Je
vous paierai demain matin... », finit par promettre l'étrange
vacancier. Et cette nuit-là, comme par hasard, les Van de Laer sont
soulagés de 60.000 francs lourds qu'ils gardaient dans leur chambre.
Dépêché sur les lieux, le commissaire Labbé mène l'enquête à pas
feutrés. Façon Maigret. Il soupçonne Monsieur Serge. Forcément :
tout dans ce curieux personnage dont il observe le moindre
mouvement lui rappelle le Commodore, un escroc international de haut
vol dont il a croisé autrefois la route.
« Le relais
d'Alsace » est une histoire qui fait mine de mélanger les
genres : le policier d'atmosphère et le roman d'aventures.
Monsieur Serge est comme un coq en pâte chez Madame Keller. Mais
l'ombre du Commodore, la légende de ses exploits planétaires et de son
habileté à déjouer les pièges tendus par la police ne sont jamais bien
loin. Dans quelle direction l'enquête du commissaire Labbé va-t-elle
basculer ? Simenon va-t-il maintenir son héros dans le calme
douillet d'une pension de province ou guider le lecteur par la plume
vers les velours des palaces vénitiens ? De page en page, Simenon
est sur la tangente.
La scène finale résout l'équation. On en
laissera la surprise au lecteur. Mais monsieur Serge est décidément un
curieux personnage.