Titre. « Au pont des Arches ».
Lieu de l'action. Liège.
Héros. Paul Planquet, étudiant volage.
Forme. Récit de mœurs.
Première publication. Bénard, Liège, janvier 1921.
RICARDO GUTIÉRREZ
Georges
Sim. C'est le pseudonyme que Simenon appose en tête de son premier
roman. Il l'achève en septembre 1920. L'auteur, jeune reporter à
« La Gazette de Liége », a 17 ans. C'est l'âge de son héros,
Paul Planquet, étudiant désœuvré en mal de reconnaissance sociale et de
sensations amoureuses. L'univers étroit de la pharmacie familiale, à
l'enseigne du « Pont des Arches », ne l'incite qu'à s'évader,
fuir le conformisme du père Joseph et de la mère Ursule.
Paul
s'offre donc une maîtresse, Julia, fille facile. Il s'affiche,
s'imagine libre. Un temps seulement. Jusqu'aux retours pressés avant
l'aube, histoire de ne pas tirer trop brusquement les Planquet de leur
torpeur de classe.
Il en est un, pourtant, qui viendra rompre
l'équilibre de la communauté : l'oncle Timoléon, Brusseler aisé
retiré des affaires en Cité ardente. Timoléon finit par persuader
Joseph d'appliquer les méthodes du commerce de masse à la spécialité de
l'établissement : les pilules purgatives pour pigeons... Elles
se multipliaient, submergeaient Liége, encombraient les pharmacies de
Belgique, du monde entier, sauvaient des milliers de pigeons, tandis
que s'élevait un hymne de gratitude et de gloire en l'honneur du
célèbre philanthrope Joseph Planquet (p. 81).
L'intrigue
est divertissante, plus que franchement comique. Les clichés abondent.
Et le récit manque de tenue, souffre d'incohérences. L'intérêt est
ailleurs... Un grand écrivain, note en préface Francis Lacassin, se laisse deviner jusque dans les ébauches et les balbutiements de ses débuts.
De
fait, le lecteur s'amuse à repérer les atmosphères
« simenoniennes » du récit, détecter ses détails
obsessionnels, récurrents, d'un roman à l'autre (le petit chapeau rouge
de l'héroïne ; la montre laissée en gage pour payer la chambre
d'hôtel...), deviner ses évidentes références autobiographiques (Paul,
traqueur de jupons, est le double de l'auteur, comme la dominante
Ursule est le miroir de sa mère).
Pas d'humour, en revanche. Pas
plus que dans la longue série d'articles qu'il écrira dans « La
Gazette de Liége », sous le titre générique « Le Péril
Juif ! ». Brûlots d'un antisémitisme convaincu et forcené.
Signés Georges Sim.
« Jehan Pinaguet », « Au
pont des Arches », « Les Ridicules », Georges SIM,
Presses de la Cité, 1991.