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lundi 3 mars 2003

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Le premier roman, raté

Titre. « Au pont des Arches ».
Lieu de l'action. Liège.
Héros. Paul Planquet, étudiant volage.
Forme. Récit de mœurs.
Première publication. Bénard, Liège, janvier 1921.

RICARDO GUTIÉRREZ

Georges Sim. C'est le pseudonyme que Simenon appose en tête de son premier roman. Il l'achève en septembre 1920. L'auteur, jeune reporter à « La Gazette de Liége », a 17 ans. C'est l'âge de son héros, Paul Planquet, étudiant désœuvré en mal de reconnaissance sociale et de sensations amoureuses. L'univers étroit de la pharmacie familiale, à l'enseigne du « Pont des Arches », ne l'incite qu'à s'évader, fuir le conformisme du père Joseph et de la mère Ursule.

Paul s'offre donc une maîtresse, Julia, fille facile. Il s'affiche, s'imagine libre. Un temps seulement. Jusqu'aux retours pressés avant l'aube, histoire de ne pas tirer trop brusquement les Planquet de leur torpeur de classe.

Il en est un, pourtant, qui viendra rompre l'équilibre de la communauté : l'oncle Timoléon, Brusseler aisé retiré des affaires en Cité ardente. Timoléon finit par persuader Joseph d'appliquer les méthodes du commerce de masse à la spécialité de l'établissement : les pilules purgatives pour pigeons... Elles se multipliaient, submergeaient Liége, encombraient les pharmacies de Belgique, du monde entier, sauvaient des milliers de pigeons, tandis que s'élevait un hymne de gratitude et de gloire en l'honneur du célèbre philanthrope Joseph Planquet (p. 81).

L'intrigue est divertissante, plus que franchement comique. Les clichés abondent. Et le récit manque de tenue, souffre d'incohérences. L'intérêt est ailleurs... Un grand écrivain, note en préface Francis Lacassin, se laisse deviner jusque dans les ébauches et les balbutiements de ses débuts.

De fait, le lecteur s'amuse à repérer les atmosphères « simenoniennes » du récit, détecter ses détails obsessionnels, récurrents, d'un roman à l'autre (le petit chapeau rouge de l'héroïne ; la montre laissée en gage pour payer la chambre d'hôtel...), deviner ses évidentes références autobiographiques (Paul, traqueur de jupons, est le double de l'auteur, comme la dominante Ursule est le miroir de sa mère).

Pas d'humour, en revanche. Pas plus que dans la longue série d'articles qu'il écrira dans « La Gazette de Liége », sous le titre générique « Le Péril Juif ! ». Brûlots d'un antisémitisme convaincu et forcené. Signés Georges Sim.

« Jehan Pinaguet », « Au pont des Arches », « Les Ridicules », Georges SIM, Presses de la Cité, 1991.

Le Soir du lundi 3 mars 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002