Titre. « La boule noire »
Lieu de l'action. Williamson dans le Connecticut et Oldbridge, ville natale du héros.
Héros. Walter J. Higgins, gérant de supermarché, marié, quatre enfants, 45 ans.
Forme. Récit jalonné par les réflexions du héros.
Première publication. Presses de la Cité, 1955.
GUY MARON
A 45 ans, Walter Higgins présente tous les signes extérieurs du
bonheur. Il est gérant d'un supermarché à Williamson, une petite ville
du Connecticut, et possède une jolie maison dans le nouveau quartier
huppé. Il forme avec Nora un couple solide et leurs quatre enfants ne
sont pas des voyous. Une vie réglée, à un bémol près : Walter
Higgins rêve d'intégrer le Country Club local, un cercle de notables où
l'on n'est admis que sur vote des membres. Et, en ce début de
printemps, pour la deuxième fois, sa candidature est rejetée :
l'un des votants a glissé dans l'urne une boule noire, synonyme de veto.
A
partir de là, tout commence à basculer. Qui s'obstine à le
blackbouler ? Et pourquoi ? D'origine modeste, Higgins a
gravi l'échelle sociale par son seul travail. Lui reproche-t-on
aujourd'hui d'avoir débuté comme simple livreur ? Et sa mère,
alcoolique et malade mentale, a-t-elle pesé dans la décision ? En
dépit des apparences, est-il resté aux yeux de tous cet enfant pauvre,
sans père, tenu à l'écart d'une bonne société qui ne le tolère que pour
les services qu'il rend ? C'est la vengeance, d'abord, qui le
taraude : Je les tuerai tous ! C'est la révolte,
ensuite, qui lui fait prendre le parti des habitants les moins riches
et s'élever contre ceux du Country Club, lors d'une consultation
populaire. C'est la tentation, enfin, à l'occasion d'un retour dans sa
ville natale, de retrouver les siens, les paumés, les perdants, ceux
qu'il n'a peut-être jamais véritablement quittés.
« La boule
noire », c'est quelques jours de la vie d'un homme sur le fil du
rasoir, d'un funambule qui a perdu son balancier. De quel côté
tombera-t-il ?
Ecrit en 1955, au retour de plusieurs années
passées aux Etats-Unis, ce roman aborde de front l'un des thèmes
omniprésents dans l'œuvre de Simenon : peut-on s'extirper de sa
classe sociale ? Peut-on oublier et faire oublier ses racines, ou
est-on condamné à errer sans fin entre un monde que l'on a renié et un
autre qui vous rejette ?
A l'époque, quoique couvert de
gloire et cité plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature,
Simenon traversait une grave période de doute. Avec « Le petit
homme d'Arkhangelsk » écrit un an plus tard, « La boule
noire » est probablement l'un de ses romans les plus poignants.
Dans « Tout Simenon », tome 8, Omnibus, 832 pp., 23 €.