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lundi 3 mars 2003

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« La Boule noire », histoire d'un funambule

Titre. « La boule noire »
Lieu de l'action. Williamson dans le Connecticut et Oldbridge, ville natale du héros.
Héros. Walter J. Higgins, gérant de supermarché, marié, quatre enfants, 45 ans.
Forme. Récit jalonné par les réflexions du héros.
Première publication. Presses de la Cité, 1955.

GUY MARON

A 45 ans, Walter Higgins présente tous les signes extérieurs du bonheur. Il est gérant d'un supermarché à Williamson, une petite ville du Connecticut, et possède une jolie maison dans le nouveau quartier huppé. Il forme avec Nora un couple solide et leurs quatre enfants ne sont pas des voyous. Une vie réglée, à un bémol près : Walter Higgins rêve d'intégrer le Country Club local, un cercle de notables où l'on n'est admis que sur vote des membres. Et, en ce début de printemps, pour la deuxième fois, sa candidature est rejetée : l'un des votants a glissé dans l'urne une boule noire, synonyme de veto.

A partir de là, tout commence à basculer. Qui s'obstine à le blackbouler ? Et pourquoi ? D'origine modeste, Higgins a gravi l'échelle sociale par son seul travail. Lui reproche-t-on aujourd'hui d'avoir débuté comme simple livreur ? Et sa mère, alcoolique et malade mentale, a-t-elle pesé dans la décision ? En dépit des apparences, est-il resté aux yeux de tous cet enfant pauvre, sans père, tenu à l'écart d'une bonne société qui ne le tolère que pour les services qu'il rend ? C'est la vengeance, d'abord, qui le taraude : Je les tuerai tous ! C'est la révolte, ensuite, qui lui fait prendre le parti des habitants les moins riches et s'élever contre ceux du Country Club, lors d'une consultation populaire. C'est la tentation, enfin, à l'occasion d'un retour dans sa ville natale, de retrouver les siens, les paumés, les perdants, ceux qu'il n'a peut-être jamais véritablement quittés.

« La boule noire », c'est quelques jours de la vie d'un homme sur le fil du rasoir, d'un funambule qui a perdu son balancier. De quel côté tombera-t-il ?

Ecrit en 1955, au retour de plusieurs années passées aux Etats-Unis, ce roman aborde de front l'un des thèmes omniprésents dans l'œuvre de Simenon : peut-on s'extirper de sa classe sociale ? Peut-on oublier et faire oublier ses racines, ou est-on condamné à errer sans fin entre un monde que l'on a renié et un autre qui vous rejette ?

A l'époque, quoique couvert de gloire et cité plusieurs fois pour le prix Nobel de littérature, Simenon traversait une grave période de doute. Avec « Le petit homme d'Arkhangelsk » écrit un an plus tard, « La boule noire » est probablement l'un de ses romans les plus poignants.

Dans « Tout Simenon », tome 8, Omnibus, 832 pp., 23 €.

Le Soir du lundi 3 mars 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002