Titre. « Le pendu de Saint-Pholien ».
Lieu de l'action. Bruxelles,
Brême, Paris, Reims. Et surtout, Liège.
Héros. Maigret et Jean Lecocq d'Arneville, alias Louis Jeunet.
Forme.
Une enquête itinérante qui permet à Maigret de découvrir Liège, la
ville natale de son créateur, lequel s'inspire ici d'un fait divers
réel de sa jeunesse.
Première publication. A. Fayard et Cie, 1931.
MARC VANESSE
Dans
un bistrot de Bruxelles, Maigret remarque un client au comportement
étrange. Malgré son air miteux, l'homme manipule une importante somme
d'argent qu'il glisse dans une enveloppe avant de l'envoyer par la
poste. Pipe au bec, Maigret hume le parfum de l'étrange :
« Trente mille francs voyageant comme du simple papier
journal ! ». Intrigué, le commissaire décide de suivre ce
personnage curieux qui émoustille son sens de la conformité.
Rue Neuve, l'homme achète une valise en imitation fibre.
Maigret aussi. Gare du Nord, l'homme saute dans un train. Arrivé à
Brême, l'homme s'installe dans un hôtel miteux. Pris au jeu, le
commissaire colle son homme comme un maître suit son chien.
Profitant
d'un moment d'inattention, le policier échange sa valise avec celle de
l'inconnu. Ce dernier ouvre ce qu'il croit être son bien et découvre de
vieux papiers journaux. L'homme tire un revolver de sa poche, ouvre la
bouche et presse la gâchette. L'enquête peut commencer. Dans la valise
du suicidé, appelé Louis Jeunet, Maigret découvre un vieux costume
ensanglanté...
Avec ce sens du récit qui prend le lecteur à la
gorge, Simenon installe l'intrigue et son mystère en quelques pages. La
suite du roman se construit comme un puzzle dont quelques pièces sont
dispersées entre Brême, Paris et Reims. Mais un faisceau d'indices et
de personnages va conduire Maigret à Liège où restait enfouie, depuis
dix ans, la clé de cette histoire inspirée d'un fait divers réel :
un homme avait été retrouvé pendu aux grilles de l'église Saint-Pholien.
Car
tout l'intérêt de ce polar (troisième Maigret de la série) réside dans
l'atmosphère lourde d'une petite société secrète, les « Compagnons
de l'Apocalypse », qui ne va pas sans rappeler la jeunesse
liégeoise de Simenon. Cette époque de « La Caque », où ses
amis artistes et intellectuels se réunissaient pour refaire le monde au
cours de soirées anarchisantes, aussi animées qu'arrosées.
Installé
à Paris depuis neuf ans, Simenon plonge une plume nostalgique dans
l'encre de ses racines liégeoises et offre comme décor à son intrigue,
un portrait de la Cité ardente que Maigret découvre au fil de son
enquête : « La vie de la ville battait son plein dans un
quadrilatère de rues qu'on appelle le Carré, où se trouvent les
magasins de luxe, les grandes brasseries, les cinémas et les dancings.
C'est là que tout le monde se rencontre ». Ancien journaliste,
Simenon conduit encore Maigret dans les locaux de « La
Meuse » : « Cela sentait l'encaustique, le vieux papier
et le luxe officiel ».
Il reste une intrigue passionnante et
finement ciselée par ce jeune romancier qui accède déjà à la célébrité
tant attendue. Quant au dénouement, Maigret laisse filer les coupables.
Non sans ajouter : « Dix affaires comme celle-ci et je donne
ma démission... Parce que ce serait la preuve qu'il y a là-haut un
grand bonhomme de Bon Dieu qui se charge de faire la police... ».
« Le pendu de Saint-Pholien », Labor, coll. Espace Nord, 184 pp, 5 €.