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lundi 24 mars 2003

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Maigret enquête au pays de Liège

Titre. « Le pendu de Saint-Pholien ».
Lieu de l'action. Bruxelles,
Brême, Paris, Reims. Et surtout, Liège.
Héros. Maigret et Jean Lecocq d'Arneville, alias Louis Jeunet.
Forme. Une enquête itinérante qui permet à Maigret de découvrir Liège, la ville natale de son créateur, lequel s'inspire ici d'un fait divers réel de sa jeunesse.
Première publication. A. Fayard et Cie, 1931.

MARC VANESSE

Dans un bistrot de Bruxelles, Maigret remarque un client au comportement étrange. Malgré son air miteux, l'homme manipule une importante somme d'argent qu'il glisse dans une enveloppe avant de l'envoyer par la poste. Pipe au bec, Maigret hume le parfum de l'étrange : « Trente mille francs voyageant comme du simple papier journal ! ». Intrigué, le commissaire décide de suivre ce personnage curieux qui émoustille son sens de la conformité.

Rue Neuve, l'homme achète une valise en imitation fibre. Maigret aussi. Gare du Nord, l'homme saute dans un train. Arrivé à Brême, l'homme s'installe dans un hôtel miteux. Pris au jeu, le commissaire colle son homme comme un maître suit son chien.

Profitant d'un moment d'inattention, le policier échange sa valise avec celle de l'inconnu. Ce dernier ouvre ce qu'il croit être son bien et découvre de vieux papiers journaux. L'homme tire un revolver de sa poche, ouvre la bouche et presse la gâchette. L'enquête peut commencer. Dans la valise du suicidé, appelé Louis Jeunet, Maigret découvre un vieux costume ensanglanté...

Avec ce sens du récit qui prend le lecteur à la gorge, Simenon installe l'intrigue et son mystère en quelques pages. La suite du roman se construit comme un puzzle dont quelques pièces sont dispersées entre Brême, Paris et Reims. Mais un faisceau d'indices et de personnages va conduire Maigret à Liège où restait enfouie, depuis dix ans, la clé de cette histoire inspirée d'un fait divers réel : un homme avait été retrouvé pendu aux grilles de l'église Saint-Pholien.

Car tout l'intérêt de ce polar (troisième Maigret de la série) réside dans l'atmosphère lourde d'une petite société secrète, les « Compagnons de l'Apocalypse », qui ne va pas sans rappeler la jeunesse liégeoise de Simenon. Cette époque de « La Caque », où ses amis artistes et intellectuels se réunissaient pour refaire le monde au cours de soirées anarchisantes, aussi animées qu'arrosées.

Installé à Paris depuis neuf ans, Simenon plonge une plume nostalgique dans l'encre de ses racines liégeoises et offre comme décor à son intrigue, un portrait de la Cité ardente que Maigret découvre au fil de son enquête : « La vie de la ville battait son plein dans un quadrilatère de rues qu'on appelle le Carré, où se trouvent les magasins de luxe, les grandes brasseries, les cinémas et les dancings. C'est là que tout le monde se rencontre ». Ancien journaliste, Simenon conduit encore Maigret dans les locaux de « La Meuse » : « Cela sentait l'encaustique, le vieux papier et le luxe officiel ».

Il reste une intrigue passionnante et finement ciselée par ce jeune romancier qui accède déjà à la célébrité tant attendue. Quant au dénouement, Maigret laisse filer les coupables. Non sans ajouter : « Dix affaires comme celle-ci et je donne ma démission... Parce que ce serait la preuve qu'il y a là-haut un grand bonhomme de Bon Dieu qui se charge de faire la police... ».

« Le pendu de Saint-Pholien », Labor, coll. Espace Nord, 184 pp, 5 €.

Le Soir du lundi 24 mars 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002