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lundi 5 mai 2003

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La confession des autres


Titre. « Les trois crimes de mes amis. »
Lieu de l'action. Liège, Paris et Boulay-les-Trous.
Héros. Simenon lui-même et trois assassins.
Forme. Récit à la première personne de souvenirs de jeunesse.
Première publication. Gallimard, 1938.

PIERRE MAURY

Présenté comme le contraire d'un roman, « Les trois crimes de mes amis » embarrasse Simenon. Les pages initiales sont d'un auteur qui semble ne pas savoir par où entreprendre une histoire où il sera question de personnes - plutôt que de personnages, encore que ces personnes-ci font de fameux personnages - qu'il a bien connues dans sa jeunesse, et où il parle aussi de lui sous son propre nom. Quant à dire qu'il s'agissait d'amis, c'est peut-être excessif. Par ailleurs, il y a plus de trois crimes. Le titre lui plaisait probablement ainsi, puisqu'il dit avoir commencé par là.

Impossible de raconter des vérités avec ordre, avec netteté, écrit-il : elles paraîtront toujours moins vraisemblables qu'un roman.

Le voici à décrire le climat qui régnait à Liège pendant l'occupation allemande de la Première Guerre mondiale, et ce qu'il en est advenu ensuite. Après la découverte des plaisirs faciles, de l'argent gagné tout aussi facilement, dans un climat délétère où les mœurs, c'est le moins qu'on puisse en dire, s'étaient considérablement relâchées.

C'est dans ce contexte que se suicide K., le plus fragile d'une bande de jeunes exaltés à la vocation d'artistes qui ont baptisé leur groupe « la caque ». A suivre Simenon, on est là devant la version authentique de l'événement dont il a aussi tiré un roman, « Le pendu de Saint-Pholien ».

Alors que passent les figures de deux frères, qui terrorisent leur mère et finiront mal, les deux protagonistes principaux font leur apparition : Danse, un libraire qui aime la gloire et la chair fraîche ; et Deblauwe, un journaliste, confrère du jeune Simenon par conséquent, dont l'essentiel des revenus vient d'une jeune personne qui travaille pour lui « en maison », comme on disait alors, à Barcelone.

Deblauwe tuera le danseur mondain pour qui sa maîtresse l'a quitté. Danse, lui, tuera en France sa maîtresse et sa mère, puis son confesseur en Belgique pour échapper à la peine de mort - c'est une idée présente dans « Le locataire », publié quatre ans plus tôt. Simenon ne détestait pas repasser les plats.

Il est vrai que ce plat-ci a le goût d'une question fondamentale : pourquoi ces deux-là sont-ils devenus des meurtriers alors qu'il a, de son côté, échappé à un destin identique ?

De cette question et des réponses qui y sont plus ou moins apportées, il sort un livre où Simenon se montre tel qu'il était - ou au moins tel qu'il se voit avoir été - à l'âge où il situe la fin des années d'apprentissage.

« Les trois crimes de mes amis ». Folio Policier, n° 123, 181 pp., 4,60 € et Tout Simenon, tome 21. Omnibus.

Le Soir du lundi 5 mai 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002