Titre. « Les trois crimes de mes amis. »
Lieu de l'action. Liège, Paris et Boulay-les-Trous.
Héros. Simenon lui-même et trois assassins.
Forme. Récit à la première personne de souvenirs de jeunesse.
Première publication. Gallimard, 1938.
PIERRE MAURY
Présenté
comme le contraire d'un roman, « Les trois crimes de mes
amis » embarrasse Simenon. Les pages initiales sont d'un auteur
qui semble ne pas savoir par où entreprendre une histoire où il sera
question de personnes - plutôt que de personnages, encore que ces
personnes-ci font de fameux personnages - qu'il a bien connues
dans sa jeunesse, et où il parle aussi de lui sous son propre nom.
Quant à dire qu'il s'agissait d'amis, c'est peut-être excessif. Par
ailleurs, il y a plus de trois crimes. Le titre lui plaisait
probablement ainsi, puisqu'il dit avoir commencé par là.
Impossible de raconter des vérités avec ordre, avec netteté, écrit-il : elles paraîtront toujours moins vraisemblables qu'un roman.
Le
voici à décrire le climat qui régnait à Liège pendant l'occupation
allemande de la Première Guerre mondiale, et ce qu'il en est advenu
ensuite. Après la découverte des plaisirs faciles, de l'argent gagné
tout aussi facilement, dans un climat délétère où les mœurs, c'est le
moins qu'on puisse en dire, s'étaient considérablement relâchées.
C'est
dans ce contexte que se suicide K., le plus fragile d'une bande de
jeunes exaltés à la vocation d'artistes qui ont baptisé leur groupe
« la caque ». A suivre Simenon, on est là devant la version
authentique de l'événement dont il a aussi tiré un roman, « Le
pendu de Saint-Pholien ».
Alors que passent les figures de
deux frères, qui terrorisent leur mère et finiront mal, les deux
protagonistes principaux font leur apparition : Danse, un libraire qui
aime la gloire et la chair fraîche ; et Deblauwe, un journaliste,
confrère du jeune Simenon par conséquent, dont l'essentiel des revenus
vient d'une jeune personne qui travaille pour lui « en
maison », comme on disait alors, à Barcelone.
Deblauwe tuera
le danseur mondain pour qui sa maîtresse l'a quitté. Danse, lui, tuera
en France sa maîtresse et sa mère, puis son confesseur en Belgique pour
échapper à la peine de mort - c'est une idée présente dans « Le
locataire », publié quatre ans plus tôt. Simenon ne détestait pas
repasser les plats.
Il est vrai que ce plat-ci a le goût d'une
question fondamentale : pourquoi ces deux-là sont-ils devenus des
meurtriers alors qu'il a, de son côté, échappé à un destin identique ?
De
cette question et des réponses qui y sont plus ou moins apportées, il
sort un livre où Simenon se montre tel qu'il était - ou au moins tel
qu'il se voit avoir été - à l'âge où il situe la fin des années
d'apprentissage.
« Les trois crimes de mes amis ». Folio Policier, n° 123, 181 pp., 4,60 € et Tout Simenon, tome 21. Omnibus.