Titre: « La tête d'un homme »
Lieu de l'action: Paris, Saint-Cloud et le village de Nandy.
Héros: Maigret et Jean Radek, 25 ans, célibataire, Tchèque.
Forme: Roman mettant en évidence la psychologie.
Première publication: Fayard 1931
ÉRIC DEFFET
Les
spécialistes de l'œuvre de Simenon tiennent « La tête d'un homme » pour
un des meilleurs Maigret. C'est aussi un des premiers qui, deux ans
plus tard, fut mis en scène pour le cinéma par Julien Duvivier. Harry
Baur interprétait le commissaire.
En 1931, l'écrivain liégeois
façonne encore les contours de son personnage emblématique et ce roman
haletant, que l'on ne quitte qu'au point final, lui donne l'occasion de
brosser un portrait affiné du policier du Quai des Orfèvres.
« La
tête d'un homme », c'est celle de Joseph Heurtin que la guillotine
s'apprête à faire rouler dans la sciure, prison de la Santé à Paris.
Résigné à la mort, le paisible livreur de fleurs est usé d'avoir crié
son innocence. Reconnu coupable de deux meurtres à l'arme blanche, il
attend son heure dans la lugubre cellule 11. C'est là que lui parvient,
comme par miracle, un plan d'évasion qu'il met en oeuvre à l'heure
dite. Sans trop y croire parce qu'il sait que son sort, au fond,
n'intéresse personne.
La course éperdue du condamné dans les
couloirs puis dans la cour de la prison est une des scènes fortes de «
La tête d'un homme ». Maigret est là, tapi dans l'ombre : l'idée de
cette évasion lui appartient. Tout accable cet anonyme, sauf qu'il
n'avait pas de mobile et que la violence des faits ne semble pas
appartenir au monde de Joseph Heurtin. L'idée du policier ? Quand le
vrai coupable saura que le « pigeon » est sorti de sa cage, il sera
obligé de sortir de l'ombre. Il commettra une erreur.
Sur ce
coup-là, sur cette tête-là, Maigret risque sa carrière. Le juge
Coméliau, qui n'approuve pas l'initiative du policier, lui met le
quitte ou double sous le nez quand le scénario commence à prendre l'eau
:
- Votre carrière, commissaire...
- Il y a aussi sa tête qui est en jeu...
Tout
Maigret en une réplique cinglante. Maigret au grand cœur pour les sans
grades et les victimes, Heurtin cette fois-ci. Maigret qui s'accroche à
ses convictions. Maigret qui ne déteste pas prendre des risques pour
découvrir la vérité. Maigret, enfin, qui brise les apparences, dépasse
les évidences et provoque les événements quand l'histoire qu'il tente
de détricoter semble filer à l'envers.
Après celle de l'évasion,
Simenon écrit ici plusieurs scènes d'anthologie. Les pages où Maigret,
d'une miteuse chambre d'hôtel, observe son petit monde évoluer dans le
bistrot voisin sont magistrales. Et que dire de l'épisode final où le
policier confond le Tchèque Radek, autre personnage complexe et central
du roman, haïssable et presque touchant à la fois.
Maigret a sauvé la tête d'un homme. La sienne, aussi.
« La tête d'un homme », Le livre de Poche, 187 pp, 5 €.