Titre. « Faubourg ».
Héros. Réne Chevalier,célibataire, 41 ans, sans profession fixe.
Forme. Courtes scènes s'enchaînant sans transition avec de nombreux retours en arrière.
Première publication. Gallimard, 1937.
PIERRE MAURY
René
Chevalier, qui se fait appeler de Ritter, peut-il encore croire qu'il
est le même homme quand il revient après vingt-cinq ans dans la ville
de sa jeunesse ? Il est accompagné d'une jeune femme de mœurs légères,
Léa, dont les charmes sont bien utiles pour trouver un peu d'argent.
Car l'aventurier qu'il est devenu arrive sans le sou, ou presque. Dans
un premier temps, personne ne le reconnaît, même pas sa mère. Il est
comme un étranger dont Léa se demande ce qu'il est venu chercher…
A
contrecœur, il doit emprunter mille francs à sa tante Mathilde, qui
n'est d'ailleurs pas sa tante mais une vieille amie de sa mère, et qui
est la première personne de la ville à le reconnaître. Elle lui souffle
que Marthe Soubirot, la fille du marchand de chaussures, doit toujours
être amoureuse de lui. Pendant que Léa tient sous sa coupe le patron de
l'hôtel, dont l'épouse est prête à payer une forte somme pour éloigner
l'aventurière, un plan mûrit dans l'esprit de Chevalier : se marier
avec un magasin de chaussures !
A vouloir gagner sur tous les
tableaux, Marthe côté officiel et Léa côté louche, il est évident que
Chevalier court droit à la catastrophe. Il est en quête de
respectabilité, mais aussi et surtout il veut faire fortune, c'est
d'ailleurs pourquoi il a choisi de revenir :
- Les
imbéciles, disait René, parlent avec mépris des petites villes ! Moi
qui ai fait plusieurs fois le tour du monde, je sais que c'est dans les
petites villes que s'amassent les fortunes… Et quelle paix ! Quelle
sérénité !
« Faubourg » est un roman dans lequel
Simenon restitue l'atmosphère d'une petite ville de province, avec ses
secrets que tout le monde a éventés depuis longtemps. Avec la minutie
qui le caractérise, il baptise chaque rue, chaque place, bien que la
ville elle-même ne soit pas nommée. Il utilise aussi son expérience de
journaliste quand il fait entrer de Ritter (plutôt que Chevalier) dans
le monde de la presse.
Le contraste est saisissant entre ce que
Chevalier dit avoir vécu sur tous les continents et sa nouvelle quête
immobile ancrée dans les lieux de son passé plus lointain. Les
histoires qu'il raconte fascinent, bien qu'elles soient si
extraordinaires que certains commencent à en douter. Mais l'aventure,
la vraie, est au coin de la rue : la double vie qu'il mène s'effondrera
pour un sentiment qu'il s'imaginait mal connaître, la jalousie.
Georges Simenon, « Faubourg », Gallimard, 5,18 €, et Folio Policier, n°121, 3 €.