Nom. « L'âne rouge ».
Lieu de l'action. Nantes et Paris.
Héros. Jean Cholet, journaliste débutant, célibataire, 16 ans.
Forme. Un roman inspiré en partie par l'expérience journalistique liégeoise de l'auteur.
Première publication. Fayard, 1933.
ÉRIC DEFFET
On
sort de « L'âne rouge » avec un solide coup de blues. Ce
roman des premiers temps met pourtant en scène un jeune homme de 19
ans, Jean Cholet, à qui la vie semble devoir sourire. Un travail et des
perspectives d'avancement, une famille modeste certes, mais unie...
Le
destin du garçon bascule cependant rapidement et l'exercice de la
liberté, auquel il s'adonne sans retenue, le conduit d'échec en
désillusion. Jusqu'au point d'arrêt final : la mort du père. Jean
Cholet rentre alors dans le rang. L'espoir est mort.
L'histoire
racontée par Simenon a d'évidentes dimensions autobiographiques. Le
héros est un journaliste débutant et court les chiens écrasés et la
chronique locale, comme le romancier à ses débuts. Simenon travaillait
pour « La Gazette de Liège » ; Cholet écrit dans
« La Gazette de Nantes ». Les deux villes sont somme
toute de taille semblable et vivent toutes deux au rythme d'un fleuve,
la Meuse ici, la Loire là-bas.
Journaliste débutant, Cholet
pousse un soir les portes de « L'âne rouge », un bar minable
où se produit Lulu d'Artois dont il ne tarde pas à s'enticher. Premiers
émois amoureux et érotique, premières cuites, premières dépenses
inconsidérées, premières mauvaises fréquentations. La grande vie,
quoi !
Sauf qu'il y a cette mère qui l'étouffe et lui reproche de sentir la femme
quand il rentre à la maison à la fine pointe de l'aube. Sauf qu'il y a
aussi cette rédaction de la « Gazette » avec ses petites
mains fonctionnarisées, son rythme de travail immuable, ses horaires à
respecter. Cholet étouffe dans ce quotidien de province. Lulu remonte à
Paris. Il la suit sans un sou en poche...
On laissera au lecteur le soin de suivre la trace parisienne du jeune homme, jusqu'au coup de théâtre final.
Simenon
produit là un roman noir comme le ciel de Nantes un soir d'hiver. La
course éperdue et un peu sotte au bonheur que mène Jean Cholet est
vouée au cul-de-sac sentimental et humain. La bulle d'oxygène que
s'offre le jeune journaliste n'est qu'un mensonge qu'il se fait à
lui-même et qu'il entretient. A vingt ans, c'est déjà la fin de
l'histoire : le journaliste a perdu toutes ses illusions et rentre
à la maison. En 1933 par contre, le parcours de Georges Simenon ne
faisait, lui, que commencer.
« L'âne rouge » (1933), Le livre de poche, collection Noir Pocket, 4 €.