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lundi 23 juin 2003

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L'homme qui sait tout

Titre. « Maigret et l'indicateur ».
Lieu. Paris et Bandol.
Héros. Justin Crotton, l'indicateur, célibataire, 45 ans.
Forme. Maigret ne découvrira pas le coupable.
Première publication. Presses de la Cité, 1971.

PIERRE MAURY

Maigret n'est pas omniscient. Il a beau humer l'atmosphère, deviner d'où vient le vent, soupçonner des liens inavoués, il peut aussi reconnaître que d'autres sont parfois mieux informés que lui sur le terrain d'une enquête.

C'est pourquoi deux hommes jouent un rôle majeur dans ce « Maigret et l'indicateur ». L'indicateur lui-même, voix mystérieuse qui téléphone pour annoncer qu'un mauvais coup se prépare, et qui n'a jamais rien demandé en échange à son correspondant, l'inspecteur Louis - le deuxième homme. Effacé dans son costume de veuf, celui-ci connaît tout le monde à Montmartre, où une figure haute en couleur - un restaurateur qui fut autrefois truand - a été assassinée.

Il y a plusieurs énigmes en une. La principale consiste à trouver le meurtrier de Maurice Marcia, et accessoirement le mobile du crime. Mais elle n'est pas, au fond, la plus complexe. La lumière se fait assez vite quand il paraît évident que Line, l'épouse de Marcia, était la maîtresse de Manuel Mori, soupçonné de bien des méfaits jamais prouvés.

L'énigme secondaire est peut-être plus riche en surprises : qui se cache derrière la voix du téléphone ; et quel rôle a-t-il joué pour être à ce point effrayé tant que Mori n'est pas arrêté ?

L'homme est appelé la Puce, Maigret lui-même ne tarde pas à l'apprendre, au grand désespoir de l'inspecteur Louis qui se reproche de ne pas y avoir pensé.

La Puce se révèle un être pétri de contradictions, que Maigret devra démêler pour mettre à plat tous les éléments d'une enquête à tiroirs. Dont l'un restera pourtant fermé jusqu'au bout, y compris lors du procès. Qui a tiré sur Marcia ? Line ou Manuel ? Lors de l'interrogatoire final, Maigret les regarde se charger mutuellement plus qu'il ne les écoute : Ils étaient aussi capables de mentir l'un que l'autre. Et il renonce à ouvrir le dernier tiroir, dans lequel il les laisse patauger tous les deux : Il était las. Il avait envie de penser à autre chose.

On ne saura jamais. Et c'est sans importance puisque, dans l'esprit de Maigret, tous deux sont pareillement coupables.

Simenon, « Maigret et l'indicateur », Le Livre de Poche, n° 14210, 187 pp., 5 €, et dans « Tout Simenon », tome 15, Omnibus.

Le Soir du lundi 23 juin 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002