Titre. « Le fils Cardinaud ».
Lieu de l'action. Les Sables-d'Olonne et environs.
Héros. Hubert Cardinaud, 32 ans, employé, marié, 2 enfants.
Forme. Le roman qui se déroule sur une semaine met à nu l'incommunicabilité entre deux êtres.
Première publication. Gallimard, 1942.
PIERRE MAURY
Parmi
ses frères, Hubert est le seul qu'on appelle « Le fils
Cardinaud » aux Sables-d'Olonne. Il est sorti du rang, assume
naïvement la fierté de son statut social : employé de M. Mandine,
assureur, mais presque associé, la promesse lui en a été faite souvent
et il s'y voit déjà. Il aime sa femme Marthe, couve ses deux enfants
d'une affection sans limites. Dans six ans, quand il aura fini de payer
les traites, il sera même propriétaire de sa maison.
Ce dimanche
matin-là, tout s'est passé comme d'habitude : la messe dont il connaît
bien les rites pour avoir été autrefois enfant de chœur (comme le fut
Simenon) ; l'arrêt à une terrasse, un vermouth pour lui, un sirop de
groseille pour son fils Jean ; la pâtisserie achetée aux demoiselles
Dufour, et une madeleine en cadeau pour Jean ; puis le retour à la
maison où Marthe a dû préparer le repas.
Mais, ce dimanche
matin-là, les habitudes en prennent un sacré coup : dans le four, le
rôti est brûlé. Ni Marthe ni le bébé ne sont là… Celui-ci est chez une
voisine à qui Marthe l'a confié jusqu'au retour d'Hubert, sans autre
explication. Hubert s'agite, passe chez ses beaux-parents qui n'ont pas
vu son épouse, chez ses parents qui n'en savent pas davantage mais
comprennent vite, à entendre la première question de la mère :
- Ta femme est partie ?
Une
question qui vaut une affirmation, et qui oblige Hubert à voir la
réalité en face : non seulement Marthe est partie mais en outre elle a
emporté les trois mille francs mis de côté pour payer la traite
mensuelle de la maison. Un monde s'écroule, qu'il faut étayer en parant
au plus pressé. Engager quelqu'un pour s'occuper des enfants. Emprunter
de l'argent à son patron, qui refuse dans un premier temps avant
d'accepter le lendemain quand la rumeur, qui court vite, est arrivée
jusqu'à lui.
Ne comprenant rien à ce qui lui tombe dessus, Hubert
refuse sa nouvelle situation. Il se met en tête de retrouver Marthe
pour la ramener à la maison. Le voici sur la piste d'un aventurier dont
la vie, apprend-il, a déjà croisé celle de sa femme. Hubert s'obstine,
interroge, enquête. Il côtoie des voyous, sans s'en émouvoir. Et
accepte quelques accommodements avec sa morale, toujours dans le même
but : rendre à Marthe le sens du droit chemin.
Le roman est bâti
sur un paradoxe : le fils Cardinaud lutte pour restaurer chez lui un
ordre petit-bourgeois peu enthousiasmant. Pourtant, il n'y parvient
qu'en montrant une grandeur d'âme peu commune.
Georges Simenon, « Le fils Cardinaud ». « Tout Simenon », tome 23. Omnibus.