Titre. « Mon ami Maigret. »
Lieux. Paris et Porquerolles.
Héros. Mister Pyke, inspecteur de Scotland Yard.
Forme. Pyke oblige Maigret à modifier sa tactique habituelle.
Première publication. Presses de la Cité, 1949.
PIERRE MAURY
Maigret
est bien ennuyé : on lui a collé sur le dos un visiteur
encombrant, l'inspecteur Pyke, venu de Scotland Yard observer les
méthodes de travail du célèbre commissaire français.
Pyke est
extrêmement discret et ne dit pas grand-chose. Mais il observe, depuis
trois jours déjà, et Maigret se sent épié, situation désagréable. A la
limite de la mauvaise humeur, il accepte pourtant d'emmener Pyke à
Porquerolles, où un certain Marcellin a été assassiné quelques heures
après s'être vanté, plus qu'à moitié ivre, d'être l'ami de Maigret…
C'est
l'un des meilleurs aspects de « Mon ami Maigret » :
comment le commissaire, sous le regard de Pyke, se sent contraint
d'agir à la manière qu'on attend de lui plutôt qu'à une autre, plus
naturelle. Ainsi, à peine arrivé sur l'île, et alors qu'il n'a aucune
envie de faire défiler les habitants pour des interrogatoires
classiques, il les convoque malgré tout dans le bureau de la mairie où
il a été installé. A contrecœur, et toujours à cause de Pyke, cet
empêcheur de flâner en rond : Le prendrait-on au sérieux s'il
se mettait à rôder dans l'île en homme qui n'a rien d'autre à
faire ? Pourtant, c'était l'île qui l'intéressait en ce moment, et
non telle ou telle personne en particulier.
Le rôle de
composition que se donne Maigret provoquera des moments cocasses, quand
il se rendra compte, en interrogeant Pyke, que certains enquêteurs
britanniques prennent aussi leur temps et n'ont pas plus de méthode que
lui.
Une autre donnée forte de ce roman très réussi est l'espèce
de moiteur sexuelle qui imprègne l'atmosphère. Il y a là des couples
illégitimes qui parfois se baignent nus, une tenancière de maison
close, un retraité du « milieu » qui fait venir sa poule pour
le week-end…
Il y a surtout Jojo, la petite servante de l'Arche
de Noé où loge Maigret. Celui-ci lui donne entre 16 et 20 ans (il
apprendra qu'elle en a 19) et la détaille, au fil des jours, en homme
empli d'un vague désir dont il sait qu'il ne mènera à rien. Elle a une
odeur particulière : C'était à la fois sourd et épicé, pas désagréable. Elle a de petits seins pointus. Dans l'escalier, on apercevait la petite culotte rose qui enveloppait son petit derrière. Le matin, sa robe trop courte lui colle à la peau, et elle paraissait nue en dessous… C'en est presque obsessionnel.
Là-dessus
se greffe une enquête que Maigret clôt avec hâte, pour échapper à la
« porquerollite » que lui a promise un habitant d'une île où
il fait bon (trop bon ?) vivre et se laisser vivre.
Georges Simenon, « Mon ami Maigret », le Livre de poche, no 14244, 221 pp., 5 euros, et dans « Tout Simenon », tome III, Omnibus.