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lundi 14 juillet 2003

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L'assassin se parfume à l'eau de rose

Nom. « La femme qui tue. »
Lieu de l'action. Paris, le nord de l'Allemagne, La Rochelle, l'île d'Aix…
Héros. Yves Jarry, « détective aventurier ».
Forme. Roman populaire, avec toutes ses conventions…
Première publication. 1930, éd. Arthème Fayard & Cie.

GUY MARON

Avouons-le d'entrée : n'eût été le prestigieux label Simenon, il est vraisemblable que ce roman, publié en 1928 sous la signature de Georges Sim, n'aurait jamais quitté les cachots de l'oubli où s'annonçait une peine de perpétuité.

Le titre, d'abord, qui annonce toutes trompettes sonnantes son roman à deux sous : « La femme qui tue ». L'histoire, ensuite. Elle débute dans l'Orient-Express où un jeune homme assassine un noble espagnol avant de se réfugier dans le compartiment d'un certain Jarry. Elle se poursuit de Paris à La Rochelle en passant par l'île d'Aix, met aux prises Jarry avec une famille royale nordique, un prince allemand, un grand d'Espagne, à la recherche qui de sa fille, qui de sa femme, qui d'un trésor immergé.

Ajoutez un zeste d'érotisme (qui devait paraître bien coquin à l'époque), des tas de rebondissements et de coups de théâtre. Et voilà une histoire bien invraisemblable, tout au premier degré, où les coups de feu et de couteau ne sont mortels que pour les méchants et où le mot « fin » s'inscrit en pétales de rose sur fond de miel.

Quel peut donc être alors l'intérêt de ce roman à 2,25 F (prix recommandé en 1930) ? Essentiellement documentaire, et sans doute réservé aux inconditionnels de l'écrivain. Ceux-ci feront ici la connaissance d'Yves Jarry, un des dix-huit personnages annonciateurs de Maigret. Mais le seul pour lequel l'auteur conservera une tendresse certaine, l'évoquant à plusieurs reprises dans son œuvre et dans ses entretiens - Lorsque j'écrivais des romans populaires, j'avais commencé à dessiner un personnage nommé Jarry qui me séduisait particulièrement. (…) Et puis Maigret est venu qui l'a supplanté, et je m'aperçois que Maigret est une transposition de Jarry. (…)

En outre, sous la logorrhée à l'eau de rose de Georges Sim perce déjà la plume de Simenon. Comme si, dans ces œuvrettes de commande strictement calquées sur les canons du roman populaire, l'écrivain s'aiguisait le style, en cachette et en prévision de l'œuvre future. Oh ! rien de spectaculaire, mais, de-ci, de-là, quelques notes d'atmosphère, quelques fulgurances que le lecteur attentif prendra plaisir à découvrir, telles quelques perles de la plus belle eau dans une charretée d'huîtres communes.

« La femme qui tue », dans « Simenon avant Simenon. Yves Jarry, détective aventurier », Presses de la Cité, 22,20 euros.

Le Soir du lundi 14 juillet 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002