Nom. « La femme qui tue. »
Lieu de l'action. Paris, le nord de l'Allemagne, La Rochelle, l'île d'Aix…
Héros. Yves Jarry, « détective aventurier ».
Forme. Roman populaire, avec toutes ses conventions…
Première publication. 1930, éd. Arthème Fayard & Cie.
GUY MARON
Avouons-le
d'entrée : n'eût été le prestigieux label Simenon, il est
vraisemblable que ce roman, publié en 1928 sous la signature de Georges
Sim, n'aurait jamais quitté les cachots de l'oubli où s'annonçait une
peine de perpétuité.
Le titre, d'abord, qui annonce toutes
trompettes sonnantes son roman à deux sous : « La femme qui
tue ». L'histoire, ensuite. Elle débute dans l'Orient-Express où
un jeune homme assassine un noble espagnol avant de se réfugier dans le
compartiment d'un certain Jarry. Elle se poursuit de Paris à La
Rochelle en passant par l'île d'Aix, met aux prises Jarry avec une
famille royale nordique, un prince allemand, un grand d'Espagne, à la
recherche qui de sa fille, qui de sa femme, qui d'un trésor immergé.
Ajoutez
un zeste d'érotisme (qui devait paraître bien coquin à l'époque), des
tas de rebondissements et de coups de théâtre. Et voilà une histoire
bien invraisemblable, tout au premier degré, où les coups de feu et de
couteau ne sont mortels que pour les méchants et où le mot
« fin » s'inscrit en pétales de rose sur fond de miel.
Quel
peut donc être alors l'intérêt de ce roman à 2,25 F (prix
recommandé en 1930) ? Essentiellement documentaire, et sans doute
réservé aux inconditionnels de l'écrivain. Ceux-ci feront ici la
connaissance d'Yves Jarry, un des dix-huit personnages annonciateurs de
Maigret. Mais le seul pour lequel l'auteur conservera une tendresse
certaine, l'évoquant à plusieurs reprises dans son œuvre et dans ses
entretiens - Lorsque j'écrivais des romans populaires, j'avais
commencé à dessiner un personnage nommé Jarry qui me séduisait
particulièrement. (…) Et puis Maigret est venu qui l'a supplanté, et je m'aperçois que Maigret est une transposition de Jarry. (…)
En
outre, sous la logorrhée à l'eau de rose de Georges Sim perce déjà la
plume de Simenon. Comme si, dans ces œuvrettes de commande strictement
calquées sur les canons du roman populaire, l'écrivain s'aiguisait le
style, en cachette et en prévision de l'œuvre future. Oh ! rien de
spectaculaire, mais, de-ci, de-là, quelques notes d'atmosphère,
quelques fulgurances que le lecteur attentif prendra plaisir à
découvrir, telles quelques perles de la plus belle eau dans une
charretée d'huîtres communes.
« La femme qui tue »,
dans « Simenon avant Simenon. Yves Jarry, détective
aventurier », Presses de la Cité, 22,20 euros.