Titre. « L'enterrement de Monsieur Bouvet ».
Lieu de l'action. Paris.
Héros. René Bouvet, vieil homme en apparence sans histoire.
Forme. Enquête à rebondissements sur l'identité d'un homme qui vient de mourir.
Première publication. Presses de la Cité, 1952.
WILLIAM BOURTON
Monsieur
Bouvet aura eu ce qu'il est convenu d'appeler « une belle
mort ». Il chinait, comme presque tous les jours, parmi les bacs à
bouquins et à gravures du bord de Seine, du côté de Notre-Dame. Le
soleil d'été était généreux ce matin-là. Un train de péniche glissait
sous le pont Saint-Louis… et notre homme s'est écroulé, sans un bruit,
dans son complet clair, le visage aussi calme que lorsqu'il regardait
ses chromos quelques minutes plus tôt.
La police ramena son corps
dans le petit appartement qu'il louait depuis avant la guerre, à
quelques pâtés de maisons, rue de Poissy. La concierge,
Mme Léliard, expliqua aux agents qu'elle ne lui connaissait pas de
famille. Elle installa le défunt sur son lit, au deuxième, envoya le
gamin de la voisine chercher un peu d'eau bénite à l'église la plus
proche, nettoya la chambre et ferma les volets.
Tout était calme,
tout était prêt pour les visites, puis l'enterrement. Seule la tache
blanche et rouge des scellés apposés par la police sur les meubles
humiliait un peu la concierge : comme si l'idée de retourner les
affaires du défunt avait pu lui traverser l'esprit ; comme s'il y
avait quelque chose à dérober dans ce modeste logis…
Et pourtant !
Les
jours suivant, la brave Mme Léliard devra se rendre à deux
évidences : 1) l'héritage de M. Bouvet intéressait beaucoup
de monde, 2) selon la sentence consacrée, souvent « l'habit ne
fait pas le moine »…
Un étranger vêtu de noir
Qui me ressemble comme un frère.
Dans
le sillage de Musset, de très nombreux écrivains ont exploré la figure
du double ou de l'ombre, comme archétype (dans le vocabulaire de Jung)
du mal en nous.
Georges Simenon pousse ici le jeu un peu
plus loin, en nous brossant, par touches successives (et sur le mode de
l'enquête policière, dont il maîtrise parfaitement la mécanique), le
portrait d'un être polymorphe, véritable caméléon, répondant
parfaitement à la définition que Malraux a donné de l'homme : Un (misérable) petit tas de secrets…
Au
total, « L'enterrement de M. Bouvet » constitue un récit
plutôt plaisant, léger, fort différent en tout cas des romans gris qui
ont fait la réputation du Belge.
Georges Simenon, « L'enterrement de M. Bouvet », Le Livre de Poche, 192 p., 5,13 €.