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mercredi 6 août 2003

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Mais qui était Monsieur Bouvet ?

Titre. « L'enterrement de Monsieur Bouvet ».
Lieu de l'action. Paris.
Héros. René Bouvet, vieil homme en apparence sans histoire.
Forme. Enquête à rebondissements sur l'identité d'un homme qui vient de mourir.
Première publication. Presses de la Cité, 1952.

WILLIAM BOURTON

Monsieur Bouvet aura eu ce qu'il est convenu d'appeler « une belle mort ». Il chinait, comme presque tous les jours, parmi les bacs à bouquins et à gravures du bord de Seine, du côté de Notre-Dame. Le soleil d'été était généreux ce matin-là. Un train de péniche glissait sous le pont Saint-Louis… et notre homme s'est écroulé, sans un bruit, dans son complet clair, le visage aussi calme que lorsqu'il regardait ses chromos quelques minutes plus tôt.

La police ramena son corps dans le petit appartement qu'il louait depuis avant la guerre, à quelques pâtés de maisons, rue de Poissy. La concierge, Mme Léliard, expliqua aux agents qu'elle ne lui connaissait pas de famille. Elle installa le défunt sur son lit, au deuxième, envoya le gamin de la voisine chercher un peu d'eau bénite à l'église la plus proche, nettoya la chambre et ferma les volets.

Tout était calme, tout était prêt pour les visites, puis l'enterrement. Seule la tache blanche et rouge des scellés apposés par la police sur les meubles humiliait un peu la concierge : comme si l'idée de retourner les affaires du défunt avait pu lui traverser l'esprit ; comme s'il y avait quelque chose à dérober dans ce modeste logis…

Et pourtant !

Les jours suivant, la brave Mme Léliard devra se rendre à deux évidences : 1) l'héritage de M. Bouvet intéressait beaucoup de monde, 2) selon la sentence consacrée, souvent « l'habit ne fait pas le moine »…

Un étranger vêtu de noir

Qui me ressemble comme un frère.

Dans le sillage de Musset, de très nombreux écrivains ont exploré la figure du double ou de l'ombre, comme archétype (dans le vocabulaire de Jung) du mal en nous.

Georges Simenon pousse ici le jeu un peu plus loin, en nous brossant, par touches successives (et sur le mode de l'enquête policière, dont il maîtrise parfaitement la mécanique), le portrait d'un être polymorphe, véritable caméléon, répondant parfaitement à la définition que Malraux a donné de l'homme : Un (misérable) petit tas de secrets

Au total, « L'enterrement de M. Bouvet » constitue un récit plutôt plaisant, léger, fort différent en tout cas des romans gris qui ont fait la réputation du Belge.

Georges Simenon, « L'enterrement de M. Bouvet », Le Livre de Poche, 192 p., 5,13 €.

Le Soir du mercredi 6 août 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002