Titre. Le Coup-de-Vague.
Lieu de l'action. Le Coup-de-Vague, hameau de Marsilly, La Rochelle, Alger.
Héros. Jean Laclau, célibataire, 28 ans.
Forme. Histoire de l'anéantissement d'un couple par un clan familial.
Première publication. Gallimard, 1939.
PIERRE MAURY
On
l'a dit et répété, Simenon n'est pas toujours très à l'aise avec les
personnages féminins. Pourtant, dans « Le Coup-de-Vague », ce
sont elles qui portent la culotte. Deux d'entre elles, au moins :
Hortense et Emilie, les tantes de Jean qui s'est laissé aménager, sans
se poser de questions, une vie tranquille, toute de travail pour lui -
à la culture des moules. Il apprécie ses journées bien réglées, les
repas prêts sans avoir à y penser. Il ne se rend même pas compte, en
revanche, de la situation de dépendance dans laquelle il se trouve.
Forcément, puisque cela ne le dérange pas.
Mais l'engrenage bien
huilé grippe, par sa faute, une petite faute aux grandes conséquences.
Il a donné rendez-vous à Marthe dans le petit bois près du village, ils
y ont fait ce qu'y font tous les jeunes depuis des générations -
l'endroit est réputé. Et Marthe est enceinte.
L'autorité des
femmes, dès lors, est totale : Hortense elle-même conduit Marthe
chez une sage-femme pour un avortement qui ne se passe pas très bien.
Il faut faire appel à un médecin. Et c'est Hortense, encore, qui
négocie avec Sarlat, le père de Marthe, pour l'inévitable mariage.
L'anecdote
est une chose, les lignes de force qui donnent sa profondeur au roman
en sont une autre. Outre la domination des femmes, qui finiront par
envoyer Jean à Alger sous le prétexte d'améliorer les relations
commerciales avec un client acheteur de moules - en réalité, pour
l'éloigner le temps d'une opération que doit subir Marthe dont le corps
est resté blessé -, deux thèmes puissants courent à travers tout le
livre.
Il y a, d'abord, le profond dégoût qu'éprouve Jean pour le
corps de sa femme dès lors qu'il n'est pas seulement destiné à son
plaisir. Marthe malade, il doit subir des allusions peut-être
involontaires mais toujours désagréables à ces problèmes. Il le
supporte mal : Mais, pour l'amour de Dieu, qu'on ne lui donne
pas tous ces détails-là ! Les femmes ne peuvent-elles donc garder
leurs misères pour elles ?
Il y a ensuite, et peut-être
surtout, le mystère de ses origines. Si on lui a attribué des père et
mère qu'il n'a jamais connus, les sourires et les allusions qui le
suivent souvent dans le village supposent peut-être une tout autre
vérité, sur laquelle le voile se lèvera au moins partiellement.
Les pouvoirs et les mystères des femmes sont un territoire qui lui restera, malgré tout, bien étranger…
Georges Simenon, « Le Coup-de-Vague », Folio Policier, no 101, 157 pp., 3 €, et « Tout Simenon », tome XXI, Omnibus.