Titre. « Le cercle des Mahé ».
Lieu de l'action. Porquerolles, Saint-Hilaire (en Vendée) et Hyères.
Héros. François Mahé, médecin, marié, une fille et un garçon.
Forme. Marqué par l'idée du clan familial, ce roman accorde une part importante au rêve.
Première publication. Gallimard, 1946.
PIERRE MAURY
Trois
ans avant « Mon ami Maigret », où le commissaire se rendra à
Porquerolles pour y découvrir une atmosphère moite propice aux dérives,
Simenon avait déjà planté un « roman dur » dans ce décor :
« Le cercle des Mahé » met en scène un médecin qui s'est
laissé convaincre par un ami d'y passer ses vacances, et qui s'y trouve
mal à l'aise. Ses parties de pêche sont presque stériles, les coups de
soleil sont douloureux, sa femme a l'estomac dérangé par la cuisine du
Midi. Bref, il regrette leur séjour habituel, toujours dans le même
hôtel de Saint-Laurent-sur-Sèvre et se demande pourquoi il ne quitte
pas l'île. Il sait que sa femme a elle aussi envie de partir. Au lieu
de quoi il ne cesse de vanter la beauté du lieu, animé par la honte de
l'échec.
Curieusement, l'année suivante, alors qu'il a déjà
réservé une chambre à l'endroit familier, il change soudain d'avis et
décide de retourner à Porquerolles. Il serait bien incapable de dire
pourquoi. Tous les souvenirs qu'il en garde sont décevants, négatifs : à Porquerolles, les choses lui étaient hostiles.
Il
s'agit malgré tout de comprendre ce choix absurde, imposé par une
double nécessité qui n'apparaît pas encore clairement au docteur Mahé.
Une
image presque subliminale, qui le travaille malgré lui, l'a frappé lors
des premières vacances, au moment où il a été appelé pour constater le
décès d'une femme en l'absence du médecin de l'endroit : une fillette
en robe rouge qui l'intrigue et le fascine. Les années suivantes, il ne
parvient pas à se délivrer de l'obsession, même en poussant dans les
bras de la gamine un neveu qui les a accompagnés. C'était une
hantise, voilà le mot. Et cela avait commencé dès le premier jour, mais
faiblement, insidieusement, comme les maladies incurables dont on ne
s'aperçoit que quand il n'est plus temps de les soigner.
Et
puis, il y a le poids des conventions auxquelles il s'est toujours
plié, continuant d'accepter la présence envahissante de sa mère,
subissant ce qu'il appelle maintenant un obscur complot organisé contre lui, comme pour l'enfermer dans un cercle sacré, infranchissable.
Il n'a pas le droit d'y échapper ? Il y échappera malgré les pressions,
il rompra « Le cercle des Mahé », quel que soit le prix à
payer : un cabinet à reprendre, à Porquerolles bien entendu, pour une
somme excessive. Et un prix plus élevé, peut-être encore…
Comment
un homme en vient à ne plus supporter la prison confortable où il s'est
laissé enfermer, c'est tout l'enjeu de ce roman.·
Georges
Simenon, « Le cercle des Mahé ». Folio Policier, n° 99, 191
pp., 4,60 euros, et « Tout Simenon », tome 25, Omnibus.