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lundi 8 septembre 2003

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Georges vu par Simenon

Titre. Mémoires intimes.
Lieu de l'action. Liège, Bruxelles et au Pays-Bas, en France, aux Etats-Unis et en Suisse.
Héros. Georges Simenon.
Forme. Récit autobiographique.
Première publication. Presses de la Cité, 1981.

BERNARD DEMONTY

A quoi reconnaît-on un romancier ? Même lorsqu'il rédige un ouvrage, où il jure de raconter platement sa vie, sans fard ni pudeur, il ne peut s'empêcher d'utiliser les bonnes vieilles ficelles du récit à suspense.

Les « mémoires intimes » de Georges Simenon se lisent comme un Simenon... Le récit foisonne de procédés du type : « cet événement, en apparence anodin, va pourtant prendre une importance considérable par la suite ». Alléché, le lecteur se laisse mener par le bout du nez au fil d'une vie aussi mouvementée que celle des personnages du romancier.

Jamais le « non-simenologue » ne saura si, du roman, Georges Simenon s'est contenté d'utiliser les ficelles ou s'il a carrément romancé sa vie. Le soupçon est permanent. Il arrive à Simenon de se contredire et il est peu crédible, quand, par exemple, il revendique son appartenance au monde des petites gens tout en confessant des amitiés et fréquentations plutôt choisies (les médecins, Chaplin, Renoir, Gide, Fellini, Cocteau, Deneuve, etc).

Georges Simenon a écrit ses mémoires en 1981, peu de temps après le suicide de sa fille Marie-Jo, à l'âge de 25 ans. Frappé par ce drame - « il m'était difficile d'ouvrir la bouche sans éclater en sanglots » - il entendait ainsi léguer à ses quatre enfants, la défunte y comprise, le récit de ses jeunes années.

Il évoque très brièvement ses années à Liège et préfère raconter ses débuts à Paris, puis son voyage en Frise, où, « dans une barge à moitié pourrie où nageaient les rats », il donnera naissance au commissaire Maigret.

Simenon raconte aussi, par le menu, les années de guerre. Déjà acquise, sa notoriété lui permettra d'obtenir divers passe-droits. Il ne s'en cache pas. Il vivra dans une paix relative dans le sud-ouest de la France, élevant des animaux. Il livre divers témoignages de sa générosité, lorsqu'il apporte une aide à la résistance. Il ne souffle mot, en revanche, des accusations de collaboration qu'il a subies après la guerre, pour avoir publié des romans dans des journaux aux mains des nazis et vendu des droits cinématographiques à la Continantal, sous contrôle allemand.

Simenon est en revanche beaucoup plus prolixe sur sa vie aux Etats-Unis, après la guerre et la rencontre avec sa seconde épouse, Denyse Ouimet (qu'il ne condescend à désigner que sous la lettre « D. »). Le lecteur comprend alors que l'ouvrage n'est pas dénué d'intentions revanchardes. Simenon le romancier distille patiemment les symptômes de la folie dans laquelle sa seconde épouse va plonger et qui finira par briser l'existence de l'homme Simenon. Celui-ci se défend, à maintes reprises de toute animosité à l'égard de son épouse, mais le récit sent la haine d'une femme qui finira par mettre ses menaces à exécution et qu'il tient pour responsable du suicide de sa fille.·

Georges Simenon, « Mémoires intimes », « Tout Simenon », tome 27, Omnibus, 700 pages.

Le Soir du lundi 8 septembre 2003
© Rossel et Cie SA, Le Soir en ligne, Bruxelles, 2002