Titre. Mémoires intimes.
Lieu de l'action. Liège, Bruxelles et au Pays-Bas, en France, aux Etats-Unis et en Suisse.
Héros. Georges Simenon.
Forme. Récit autobiographique.
Première publication. Presses de la Cité, 1981.
BERNARD DEMONTY
A
quoi reconnaît-on un romancier ? Même lorsqu'il rédige un ouvrage,
où il jure de raconter platement sa vie, sans fard ni pudeur, il ne
peut s'empêcher d'utiliser les bonnes vieilles ficelles du récit à
suspense.
Les « mémoires intimes » de Georges Simenon
se lisent comme un Simenon... Le récit foisonne de procédés du
type : « cet événement, en apparence anodin, va pourtant
prendre une importance considérable par la suite ». Alléché, le
lecteur se laisse mener par le bout du nez au fil d'une vie aussi
mouvementée que celle des personnages du romancier.
Jamais le
« non-simenologue » ne saura si, du roman, Georges Simenon
s'est contenté d'utiliser les ficelles ou s'il a carrément romancé sa
vie. Le soupçon est permanent. Il arrive à Simenon de se contredire et
il est peu crédible, quand, par exemple, il revendique son appartenance
au monde des petites gens tout en confessant des amitiés et
fréquentations plutôt choisies (les médecins, Chaplin, Renoir, Gide,
Fellini, Cocteau, Deneuve, etc).
Georges Simenon a écrit ses
mémoires en 1981, peu de temps après le suicide de sa fille Marie-Jo, à
l'âge de 25 ans. Frappé par ce drame - « il m'était difficile
d'ouvrir la bouche sans éclater en sanglots » - il entendait ainsi
léguer à ses quatre enfants, la défunte y comprise, le récit de ses
jeunes années.
Il évoque très brièvement ses années à Liège et
préfère raconter ses débuts à Paris, puis son voyage en Frise, où,
« dans une barge à moitié pourrie où nageaient les rats », il
donnera naissance au commissaire Maigret.
Simenon raconte aussi,
par le menu, les années de guerre. Déjà acquise, sa notoriété lui
permettra d'obtenir divers passe-droits. Il ne s'en cache pas. Il vivra
dans une paix relative dans le sud-ouest de la France, élevant des
animaux. Il livre divers témoignages de sa générosité, lorsqu'il
apporte une aide à la résistance. Il ne souffle mot, en revanche, des
accusations de collaboration qu'il a subies après la guerre, pour avoir
publié des romans dans des journaux aux mains des nazis et vendu des
droits cinématographiques à la Continantal, sous contrôle allemand.
Simenon
est en revanche beaucoup plus prolixe sur sa vie aux Etats-Unis, après
la guerre et la rencontre avec sa seconde épouse, Denyse Ouimet (qu'il
ne condescend à désigner que sous la lettre « D. »). Le
lecteur comprend alors que l'ouvrage n'est pas dénué d'intentions
revanchardes. Simenon le romancier distille patiemment les symptômes de
la folie dans laquelle sa seconde épouse va plonger et qui finira par
briser l'existence de l'homme Simenon. Celui-ci se défend, à maintes
reprises de toute animosité à l'égard de son épouse, mais le récit sent
la haine d'une femme qui finira par mettre ses menaces à exécution et
qu'il tient pour responsable du suicide de sa fille.·
Georges Simenon, « Mémoires intimes », « Tout Simenon », tome 27, Omnibus, 700 pages.