Titre. « L'écluse Nº1 ».
Lieu de l'action. Charenton, Paris, Samois.
Héros. Emile Ducrau, amateur de péniches, marié, deux enfants.
Forme. La « dernière enquête » de Maigret à la veille de la retraite.
Première publication. Fayard, 1933.
PIERRE MAURY
Une
gaieté presque déplacée habite le début de « L'écluse N°1 ».
Il n'y a pourtant pas de raisons de s'amuser : Emile Ducrau, le
propriétaire d'une entreprise qui possède de nombreuses péniches, a
reçu un coup de couteau, avant d'être jeté à l'eau.
Pourtant,
quand Maigret arrive le lendemain à Charenton, sur le canal de la
Marne, par le tramway 13, tout semble le faire sourire : la
servante de Ducrau qui se rajuste, le commissaire devine
pourquoi ; les rodomontades de Ducrau, complètement rétabli, tout
empli de sa fortune et de ses bonnes fortunes auprès des femmes qui
cependant lui coûtent cher, avec lequel Maigret éprouve une surprenante
complicité.
Le paysage. Une jeune fille entrevue par la fenêtre.
Tout est bonheur au policier. Peut-être en raison de la douceur due aux
premiers soleils d'avril. Peut-être aussi parce qu'il est à la retraite
dans une semaine… - Madame Maigret s'inquiète du déménagement, les
meubles partent à la campagne. Cette circonstance pousse d'ailleurs
Ducrau à lui demander de mettre rapidement un nom sur le mystérieux
agresseur, d'autant plus qu'il ajoute personnellement une récompense de
20.000 francs... - comme si Maigret était un détective
privé ! Mais l'entrepreneur a coutume d'agir à sa guise avec tout
le monde, il est le tyran de ceux qui l'entourent. Il dit même : Tous ces gens-là, qui m'appartiennent…
Il
faut vraiment que Maigret soit de bonne humeur ! Il faut aussi
qu'il y ait autre chose, que Maigret a pressenti et qui, un peu plus
tard, deviendra clair dans son esprit : Il y avait bien deux
Ducrau : celui qui paradait, même vis-à-vis de lui-même, parlait
fort, se gonflait en une interminable partie théâtrale, et l'autre, qui
oubliait soudain de se regarder vivre et qui n'était qu'un homme assez
timide et maladroit.
Ensuite, les choses se gâtent avec deux
morts, le fils de Ducrau et l'éclusier. Ainsi qu'avec les secrets qui
séparent les hommes en attisant les rancœurs et sur lesquels Maigret
lève lentement le voile, comme s'il avait un peu peur de ce qu'il va
découvrir - de quoi effacer le sourire, remplacé par un désagréable vertige.
L'humeur
de Maigret - comme souvent mais avec davantage de présence que de
coutume - fixe l'allure du roman : presque contemplatif au
début, puis plus rapide, car il faut bien en finir, cela n'a plus rien
de drôle !·
« L'écluse N°1 », « Tout Simenon », tome 18, Omnibus.