Titre. « Maigret et le marchand de vin ».
Lieu de l'action. Paris.
Héros. Oscar Chabut, négociant en vin, marié, environ 45 ans.
Forme. Un récit où les points de vue des personnages donnent des visions différentes d'un même événement.
Première publication. Presses de la cité, 1970.
PIERRE MAURY
Oscar
Chabut, marchand de vin, est un homme plein de mépris pour ses
semblables. « Etait », faut-il dire, puisque Maigret doit
interrompre l'interrogatoire d'un petit assassin quand il apprend le
meurtre de Chabut devant un hôtel de passe haut de gamme. Sa compagne
de jeux érotiques est encore là : sa secrétaire, dite « La
Sauterelle ». Mais c'est à peine si une vague silhouette trapue a
été aperçue entre deux véhicules au moment des coups de feu…
Chabut
couchait avec toutes les femmes, pour se rassurer lui-même. Il traitait
avec dureté les membres masculins de son personnel comme les maris de
ses maîtresses. Bref, ils étaient nombreux à avoir des raisons de le
haïr. Voire de le tuer.
Le monde où gravitait Chabut est celui
des gens qui ont réussi. Maigret ne s'y trouve pas à l'aise et s'étonne
de leurs comportements : J'ai rarement vu autant de personnages peu ragoûtants dans une seule enquête, dira-t-il à un adjoint. La grippe qui le mine est probablement pour quelque chose dans le dégoût de Maigret.
Alors même que les pistes s'épuisent en raison de solides alibis, un homme se manifeste brièvement par téléphone : Je voulais seulement vous dire de ne pas vous en faire pour le marchand de vin. C'était une ignoble crapule.
Maigret
a compris : le coupable a besoin de se faire arrêter. Encore
faut-il que le besoin soit assez puissant pour qu'il en accepte l'idée.
Et cesse de s'enfuir chaque fois qu'il se montre. Qui est-il ? Un
comptable qui a puisé dans la caisse les augmentations que sa femme
réclamait et qu'il n'osait pas demander au patron. Le jour où les
malversations ont été découvertes, le marchand de vin l'a humilié
devant la secrétaire. Une gifle a suivi les injures. Pigou a ruminé sa
honte, sa colère, et le geste fatal lui est venu comme sans y penser.
« Maigret
et le marchand de vin » est à peine une énigme, tant la solution
en apparaît tôt. C'est plutôt la confrontation entre le maître et
l'esclave, jusqu'au moment où celui-ci se rebiffe dans un sursaut
d'orgueil.·
Georges Simenon, « Maigret et le marchand de
vin », Le Livre de Poche, nº14209, 190 p., 4,57 euros,
« Tout Simenon », tome 14, Omnibus.