Titre. « Le Bateau d'Emile ».
Lieu de l'action. Fécamp.
Héros. Emile Bouet, modeste pêcheur devenu armateur.
Forme. Récit de la folie meurtrière qui s'empare d'un homme en mal de reconnaissance sociale.
Première publication. Gallimard, 1954.
WILLIAM BOURTON
Ce
jour-là, à l'étude du notaire Chave, Emile Bouet est dans ses petits
souliers. Comprenez-le : tout gosse, il commença à travailler
comme simple mousse sur les chalutiers de François Larmentiel et voilà
qu'aujourd'hui, arrivé à l'âge mur, à force de sueur et d'huile de
bras, il lui rachète « Les Deux-Frères », le meilleur bateau
de sa flotte !
Pourtant, ce grand moment, l'aboutissement
de toute sa vie, va virer au cauchemar. Et cela par la faute de ces
deux bourgeois décadents, l'armateur et le notaire, qui lui font
comprendre que, pour être vraiment des leurs, pour entrer dans leur
monde, Emile devra quitter l'ex-catin avec qui il vit pour épouser une
autre fille facile... mais qui porte le prestigieux nom de Larmentiel.
« Le
Bateau d'Emile » est l'une des neuf histoires d'un recueil au
titre éponyme, sorti en 1954. A la différence de l'attitude qui prévaut
à l'égard de la nouvelle dans le monde des lettres anglo-saxonnes, ce
genre est habituellement déconsidéré en France. A tort !
« Le Bateau d'Emile » est un parfait résumé de ce qui fait la qualité, l'essence de la prose simenonienne.
Il
y a le style, d'abord : économe et efficace. Le thème récurrent de
la haine de la bourgeoisie et du linge sale qu'elle lave en famille. Et
puis l'indéfinissable arrière-goût de cendre que l'on conserve, une
fois le bouquin refermé : ce fameux « style gris » qui a
fait sa légende.
Si toutes les nouvelles ne sont pas d'égal
intérêt, le plaisir de lecture peut au moins être multiplié par trois.
Le recueil contient en effet deux autres perles : « La Femme
du Pilote » et « Valérie s'en va ».
« Le Bateau d'Emile » in « Tout Simenon » tome 25, Omnibus, 46 euros.